vendredi 5 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201972 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juin 2022, Mme C A, représentée par la SCP d'avocats Cariou-Lévêque, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans les huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français attaquées sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n'a pas répondu aux moyens de droit qu'elle invoquait au soutien de sa demande de titre de séjour et n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation : il ne fait référence ni à la circulaire du 28 novembre 2012, ni au fait qu'elle a mis en avant un emploi dans un domaine où il y a pénurie de main d'œuvre, ni à la demande d'autorisation de travail ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait : il y est indiqué qu'elle a produit cinq bulletins de paie alors qu'elle a justifié d'une présence régulière dans l'entreprise Lambert depuis deux ans et de bulletins de paie sur toute cette période ;
- cette décision méconnaît les articles L. 421-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle remplit les critères de la circulaire du 28 novembre 2012 pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 2 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A a été rejetée par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante cambodgienne, née le 18 mars 1990, est entrée en France le 3 mai 2017, munie d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires allemandes, valable jusqu'au 30 mai 2017. Après le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 janvier 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile le 1er octobre 2019, Mme A a fait l'objet d'un arrêté du 21 novembre 2019 portant obligation de quitter le territoire français. Elle n'a pas déféré à la mesure et a déposé, le 28 juin 2021, une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mars 2022, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application et notamment l'article L. 611-1 (3°) de ce code, mentionne, de manière non stéréotypée, les circonstances de fait propres à la situation de l'intéressée pour lesquelles le préfet, qui n'était pas tenu d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressée, a estimé devoir rejeter sa demande de titre de séjour et l'obliger à quitter le territoire français. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, Mme A soutient que la décision de refus de titre attaquée ne répond pas " aux moyens de droit " qu'elle a invoqués dans sa demande de titre de séjour. Toutefois, à l'appui de ce moyen, elle se borne à faire valoir que le préfet ne fait référence ni au fait qu'elle travaille dans un domaine où il y a pénurie de main d'œuvre, ni à la demande d'autorisation de travail de son employeur. De tels éléments constituent des circonstances de fait et non des considérations de droit. Par ailleurs la circonstance que le préfet ne fait pas référence à la circulaire du 28 novembre 2012 n'entache pas d'illégalité l'arrêté attaqué dès lors que cette circulaire n'a pas de caractère réglementaire.
4. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet, qui, comme il a été dit au point 2, n'était pas tenu d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressée, a notamment précisé que Mme A était arrivée en France en 2017, ne présentait qu'une promesse d'embauche auprès de l'EARL Lambert et des bulletins de salaire émanant de cette entreprise sans détenir d'autorisation de travail, était célibataire et sans charge de famille et ne disposait pas de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses sur le territoire français, ayant vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa demande de titre de séjour doit être écarté.
5. En quatrième lieu, si le préfet a entaché son arrêté d'une erreur de fait en indiquant que Mme A avait présenté des bulletins de salaire " datant de juillet à octobre 2020 puis de janvier et février 2021 " alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'instruction de sa demande de titre, elle a produit, dans le cadre de plusieurs courriers, des bulletins de salaire de juillet 2020 à septembre 2021, que le préfet ne conteste pas avoir reçus, cette erreur de fait est toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que le préfet aurait pris la même décision en prenant en compte l'ensemble des bulletins effectivement produits.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ".
7. En produisant une promesse d'embauche datée du 12 avril 2021 établie par l'EARL Lambert ainsi qu'une demande d'autorisation de travail du 6 décembre 2021 signée par cette même entreprise mais dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été transmise au préfet, la requérante n'établit pas remplir les conditions posées par les dispositions précitées de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Mme A se prévaut d'une présence en France de près de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, d'une insertion professionnelle, en tant qu'ouvrière agricole dans l'EARL Lambert depuis juillet 2020, et de l'existence de liens familiaux et sociaux. Toutefois, la requérante est célibataire et sans charge de famille. Si elle justifie du décès de son père, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle n'aurait plus d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Dans ces conditions, la décision de refus de titre séjour contestée ne porte pas au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
10. En septième lieu, eu égard aux motifs exposés aux points 7 et 9, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
11. En huitième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012, qui n'a pas de caractère réglementaire.
12. En neuvième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance, par l'obligation de quitter le territoire français, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En dernier lieu, Mme A soutient qu'elle encourt des risques en cas de retour au Cambodge et produit un extrait d'un rapport d'Amnesty International qui souligne, s'agissant de la situation des droits humains dans ce pays en 2021, que " des nouveaux textes législatifs relatifs à l'utilisation d'Internet et à la lutte contre la pandémie de COVID-19 ont accru les restrictions pesant sur les droits civils et politiques ". Toutefois, et alors que sa demande d'asile a été rejetée, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait personnellement exposée à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2022 attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2023.
La rapporteure,
Hélène B
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026