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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201982

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201982

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP HARDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, M. B A, représenté par Me Hardy, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, ensemble l'arrêté du 14 février 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui octroyer le récépissé prévu par les dispositions de l'article 17 du décret n° 46-1574 du 30 juin 1946 modifié ;

3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa situation justifie une régularisation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est insuffisamment motivée en fait comme en droit en méconnaissance des dispositions de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 et de l'article 17 du décret n° 46-1574 du 30 juin 1946 ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ainsi qu'à celui de son épouse tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de la situation politique actuelle au Cambodge.

Par un mémoire enregistré le 2 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée par une décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant cambodgien né le 18 novembre 1980, est entré sur le territoire français le 13 août 2016 muni d'un visa de court séjour valable du 12 août 2016 au 17 septembre 2016. A la suite de son mariage avec une compatriote le 2 septembre 2017 à Blois, il a sollicité, le 6 mai 2019, des services de la préfecture de Loir-et-Cher la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 14 février 2020, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un jugement du 29 septembre 2020, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa requête présentée à l'encontre de cet arrêté. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, M. A a de nouveau présenté une demande de titre de séjour le 12 avril 2021, complétée le 28 janvier 2022. Par l'arrêté attaqué du 11 avril 2022, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du même code dans sa version antérieure au 1er mai 2021 : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

3. M. A fait valoir qu'il s'est marié, le 2 septembre 2017, avec une compatriote séjournant régulièrement sur le territoire français et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche. Toutefois, d'une part, l'intéressé, qui entre, selon les termes non contestés sur ce point de la décision attaquée, dans la catégorie des personnes susceptibles de bénéficier du droit au regroupement familial, n'est, de ce fait, pas fondé à soutenir que le préfet de Loir-et-Cher aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité. D'autre part, le requérant, qui s'est maintenu de façon irrégulière sur le territoire français à l'expiration de la durée de validité de son visa et après une première obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 14 février 2020, n'établit pas que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer au Cambodge, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans et où résident ses parents, une sœur et deux frères ainsi que ses deux enfants, dont il n'est pas contesté qu'ils sont encore mineurs. Enfin, si M. A invoque le fait qu'il chercherait avec son épouse à avoir un enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils aient entamé des démarches médicales en ce sens. Dans ces conditions, malgré la réalité de ses perspectives d'embauche et la stabilité du lien l'unissant avec son épouse, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par elle et méconnaîtrait, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions de l'article L. 313-14 du même code dans sa version antérieure au 1er mai 2021 : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de cet article que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que ce dernier fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

5. Eu égard aux éléments exposés au point 3, la situation personnelle et familiale de M. A sur le territoire français à la date de la décision attaquée ne caractérise pas une circonstance humanitaire ou un motif exceptionnel justifiant la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que M. A dispose d'une promesse d'embauche de la part de la Maison Darragon à Vouvray pour des contrats saisonniers en tant qu'ouvrier agricole, alors même que cette entreprise a reçu un avis favorable de la plateforme nationale du service de la main d'œuvre étrangère, ne peut davantage suffire à justifier de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de ces mêmes dispositions. Par suite, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas entaché son appréciation d'une erreur manifeste en refusant au requérant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposé aux points 3 et 5, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Loir-et-Cher aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant à son encontre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

7. En premier lieu, le requérant soutient que la décision fixant le Cambodge comme pays de renvoi est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne contient aucun moyen personnalisé de fait ou de droit et que le préfet n'a pas envisagé d'octroyer le récépissé prévu par les dispositions de l'article 17 du décret n° 46-1574 du 30 juin 1946. L'arrêté litigieux vise cependant le code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que le code des relations entre le public et l'administration. Il précise que M. A pourra être reconduit d'office au Cambodge, pays dont il a déclaré posséder la nationalité, ou dans tout pays où il serait légalement admissible, conformément aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est également fait mention de ce qu'il ne justifie d'aucune considération humanitaire propre à exclure tout retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit, ainsi, être écarté. Par ailleurs, et en tout état de cause, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions du décret n° 46-1574 du 30 juin 1946 abrogé le 15 novembre 2006 par l'article 4 du décret n° 2006-1378 du 14 novembre 2006 relatif à la partie réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 3, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, si M. A soutient que son retour au Cambodge peut être préoccupant au regard de la situation politique actuelle dans ce pays, il ne produit toutefois aucun document ou élément de nature à établir la réalité des craintes qu'il invoque. Par suite, le requérant n'établit pas encourir le risque d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi au Cambodge alors, au demeurant, qu'il n'a présenté aucune demande d'asile en France. Dans ces conditions, à supposer que soit soulevé le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celui-ci doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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