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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201986

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201986

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022 et des mémoires enregistrés le 14 juin 2022 et le 16 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Mariette, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir en date du 9 juin 20222 par lequel elle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de prendre, en tenant compte des motifs pour lesquels l'annulation aura été prononcée, une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir une autorisation provisoire de séjour, le tout sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il ne peut pas être soigné correctement et dignement en Arménie et ses douleurs chroniques se sont aggravées courant septembre 2020 ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation car il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il est dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, ses parents ainsi que son frère résidant de manière régulière sur le territoire français, sa sœur résidant en Russie, pays dont elle a d'ailleurs acquis la nationalité et aucun membre de sa famille nucléaire ne résidant plus en Arménie et sa présence aux côtés de ses parents est indispensable eu égard à l'état de santé de ceux-ci ; il regrette amèrement les faits isolés qui lui sont reprochés qu'il a commis en raison de ses difficultés financières et qu'il ne réitérera pas ;

- il méconnait les dispositions de l'article L435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée et porte une atteinte manifestement excessive à la liberté d'aller et venir.

Par un mémoire enregistré le 14 juin 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Mariette, représentant M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant arménien né le 30 avril 1993, est entré en France le 31 décembre 2018, sous couvert d'un visa de court séjour de type C en cours de validité. Il s'est maintenu sur le territoire français après le 18 janvier 2019, date à laquelle expirait la validité de son visa. Sa demande en date du 15 mars 2019, tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 juin 2019, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 mars 2020. Le 17 décembre 2020, M. B a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, par un avis du 1er mars 2021, estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par un arrêté du 9 juin 2022, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un arrêté du même jour, cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 15 juin 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article R. 776-1 du code de justice administrative a, d'une part, rejeté les conclusions dirigées contre l'arrêté litigieux en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de renvoi ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachent, les conclusions accessoires à fin d'injonction et, d'autre part, renvoyé à une formation collégiale du tribunal l'examen des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour. Par suite, il n'y a lieu, dans la présente instance, que de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte qui s'y rattachent et les conclusions relatives à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions restant à juger :

3. En premier lieu, contrairement à ce qu'oppose la préfète d'Eure-et-Loir, la requête de M. B, comporte des moyens conformément à l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

4. En deuxième lieu, l'arrêté vise les dispositions dont il a fait application, qui rappelle les conditions d'entrée et de séjour du requérant sur le territoire français et mentionne les circonstances de fait propres à sa situation personnelle et familiale. La préfète, qui n'était pas tenue d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de sa situation personnelle et familiale, a indiqué les motifs pour lesquels elle a considéré que M. B ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé ou en qualité de salarié ou au titre de la vie privée et familiale et pour lesquels il ne justifiait ni de circonstances humanitaires ni de motifs exceptionnels permettant la régularisation de sa situation. Elle a en outre indiqué les motifs pour lesquels l'arrêté attaqué ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, alors même qu'elle n'a pas précisé les raisons qui fondaient son appréciation relative au trouble à l'ordre public, la décision portant refus de titre de séjour, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle repose, est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète d'Eure-et-Loir n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

6. En quatrième lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de destination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII en date du 1er mars 2021 que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale, dont cependant le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le collège de médecins a également estimé que l'état de santé de M. B lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que le requérant, qui se borne à soutenir que les douleurs chroniques dont il souffre se sont aggravées en septembre 2020, qu'il a été depuis hospitalisé à plusieurs reprises et qu'il ne pourrait être soigné correctement et dignement en Arménie, n'apporte aucun élément de nature à infirmer le sens de l'avis du collège des médecins de l'OFII, que le préfet s'est approprié, ni à établir que son état de santé aurait connu une évolution telle que cet avis ne reflèterait pas la réalité de sa situation à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. M. B soutient que résident régulièrement en France son père, sa mère et son frère, et que sa présence est indispensable aux côtés de son père M. D B en raison de l'état de santé de celui-ci. Il produit un certificat en date du 30 mars 2022 par lequel le praticien hospitalier qui suit M. D B indique que celui-ci " n'est pas apte à gérer seul son traitement " et que " il paraît important qu'il puisse être aidé par son fils, M. B A, pour la gestion de la prise de ses médicament et de son suivi psychiatrique d'autant plus que M. B D ne parle pas du tout la langue française ", et un certificat d'un diabétologue en date du 12 janvier 2022, qui mentionne que les règles hygiéno-diététiques " ont [été] revues avec l'aide de son fils pour la traduction ". Cependant, ces éléments ne sont pas de nature, à eux seuls, à établir que seule la présence du requérant aux côtés de M. D B, dont il est constant qu'il vit avec son épouse et son autre fils, permettrait d'assurer le suivi médical de ce dernier. Dans ces conditions, la préfète d'Eure-et-Loir a pu retenir, sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, que M. B ne justifiait pas d'une considération humanitaire ou d'un motif exceptionnel justifiant la régularisation de sa situation au titre de la vie privée et familiale, pas plus, la déciison n'étant pas contestée sur ce point, qu'en qualité de salarié. Dès lors, et à supposer même que les faits d'escroquerie pour lesquels le requérant est appelé à comparaître au début de l'année 2023 ne pourraient à eux seuls permettre de considérer que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En dernier lieu, eu égard aux éléments exposés au point précédent, et compte tenu des conditions de séjour de l'intéressé sur le territoire français qui, à la date de la décision en cause, n'était présent sur le territoire français que depuis un peu plus de trois ans, et quand bien même ni ses parents ni son frère et sa sœur ne résident plus en Arménie, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans, la préfète n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision de refus de titre d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

M. Joos, premier conseiller.

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Anne C

L'assesseur le plus ancien,

Emmanuel JOOS

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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