vendredi 5 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201989 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, Mme A B, représentée par la SCP d'avocats Cariou-Lévêque, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " étranger malade " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 16 novembre 2021 mentionné dans l'arrêté attaqué existe ;
- l'absence de cet avis ne permet pas de savoir qui l'a rendu et qui a signé le compte rendu et constitue un vice de procédure qui ne saurait être régularisé par la production de cet avis en cours d'instance ;
- le préfet aurait dû consulter à nouveau le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dès lors que, ne bénéficiant que d'un hébergement ponctuel, elle a pris tardivement connaissance de deux courriers de l'OFII lui demandant des pièces complémentaires, d'une part, et la convoquant pour un examen médical le 30 septembre 2021, d'autre part, rendez-vous auquel elle n'a donc pas pu se rendre ;
- le préfet n'a pas répondu à sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le refus de lui accorder un délai de départ supérieur à trente jours est illégal.
Par un mémoire enregistré le 2 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante guinéenne, née le 15 février 1977, est entrée en France le 16 mars 2012 selon ses déclarations. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile qui a été refusée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 mars 2013, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 décembre 2013. Elle a ensuite présenté une première demande de titre de séjour qui a été rejetée par un arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 11 avril 2014 portant également obligation de quitter le territoire français. Elle n'a pas déféré à la mesure et a présenté deux nouvelles demandes de titre de séjour, le 9 novembre 2015 puis le 11 septembre 2017, fondées sur son état de santé, qui ont été rejetées par arrêtés du préfet de Loir-et-Cher du 18 janvier 2016 puis du 22 janvier 2018, assortis tous deux d'une obligation de quitter le territoire français. Les recours formés contre ces trois arrêtés ont été rejetés par jugements du tribunal administratif d'Orléans des 13 novembre 2014, 30 juin 2016 et 19 septembre 2018. Mme B s'est maintenue sur le territoire français et a, en décembre 2019 puis en décembre 2020, présenté une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ainsi qu'au regard de sa vie privée et familiale. Le préfet de Loir-et-Cher lui a délivré une autorisation provisoire de séjour d'une durée de trois mois, valable jusqu'au 14 juin 2021. Elle s'est ensuite vu délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 19 août 2021. Par courrier du 5 novembre 2021, le préfet, à la suite de la réception de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 3 novembre 2021, a informé l'intéressée qu'il envisageait de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade et l'a invitée à formuler des observations écrites et à produire tous justificatifs qu'elle jugerait utile de communiquer, afin de lui permettre d'examiner sa situation personnelle et familiale. Mme B, par l'intermédiaire de son conseil, a alors réitéré, le 1er décembre 2021, sa demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-9, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mars 2022, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". La consultation obligatoire de la commission du titre de séjour, telle qu'elle est prévue par les dispositions de l'article L. 435-1, a pour objet d'éclairer l'autorité administrative sur la possibilité de régulariser la situation administrative d'un étranger et constitue pour ce dernier une garantie substantielle.
3. La requérante fait valoir qu'elle est entrée en France le 16 mars 2012. Elle produit de nombreuses pièces attestant de sa présence en France depuis 2012. Le préfet, qui se borne à soutenir que " rien ne permet d'établir un séjour régulier de l'intéressée ", ne conteste pas utilement sa présence continue en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué du 16 mars 2022. Il était donc tenu, en application du 2e alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir pour avis la commission du titre de séjour avant de se prononcer sur la demande de titre de séjour de la requérante. Par suite, en l'absence d'une telle consultation, Mme B, qui a été privée d'une garantie, est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour du 16 mars 2022 et, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique seulement que le préfet de Loir-et-Cher procède à un nouvel examen de la demande de titre de séjour présentée par Mme B, après avoir saisi la commission du titre de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce nouvel examen et de saisir la commission du titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de délivrer à la requérante une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cariou, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cariou une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 mars 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de statuer à nouveau sur la demande de titre de séjour de Mme B, après avoir saisi la commission du titre de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Cariou, avocate de Mme B, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cariou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2023.
La rapporteure,
Hélène C
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026