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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202009

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202009

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL GOUTAL ALIBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 juin 2022 et le 3 novembre 2022, M. B et Mme A, représentés par Me Vernerey, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel le maire de Saint-Lubin de la Haye ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de la SCEA CERES tendant à la construction d'une clôture ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint Lubin de la Haye la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté est illégal du fait de l'erreur sur les références cadastrales, du défaut d'indication de la date d'affichage de la déclaration en mairie et en ce qu'il vise un plan local d'urbanisme non applicable et en ce que le groupement foncier agricole la Moulinière n'est pas propriétaire des parcelles d'implantation du projet ;

- le dossier est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de base légale et est illégal du fait de l'illégalité du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, la commune de Saint Lubin de la Haye conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable du fait de l'absence de notification de leur requête en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et du défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 28 juillet 2022, la SCEA CERES et le Groupement foncier agricole de la Moulinière, représentés par la SCP Derriennic Associés, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est irrecevable du fait du défaut d'intérêt à agir des requérants et de l'absence de notification de leur recours en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- et les conclusions de Mme Best de Gand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 février 2022, la SCEA CERES a déposé une déclaration préalable pour la création d'une clôture sur un terrain situé D 147 sur le territoire de la commune de Saint Lubin de la Haye (Eure-et-Loir), parcelles cadastrées ZA 53 et 56. Par un arrêté du 12 avril 2022, le maire de la commune ne s'est pas opposé à la déclaration préalable.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire. "

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que la maison d'habitation de M. et Mme A est implantée sur la parcelle cadastrée AB 60 située au 1 rue de Bû sur le territoire de la commune de Saint Lubin de la Haye, distante de plus de 150 m du projet, lequel est situé sur les parcelles ZA 53 et 56. Pailleurs, le projet porte sur la création d'une clôture de type grillage ajouré de couleur anthracite avec portail, d'une hauteur de 175 cm. Les requérants soutiennent que le portail sera implanté face à leur parcelle et que ces clôtures métalliques rigides noires seront de nature à porter atteinte à l'environnement et aux paysages avoisinants et ainsi affecter directement leur cadre de vie, les conditions d'occupation ou de jouissance de leur bien. Toutefois, ils n'établissent pas, par cette argumentation générale et compte tenu de la nature du projet et de la distance de leur maison d'habitation par rapport à celui-ci, que les travaux seront susceptibles d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien. La circonstance que des bâtiments agricoles en cours de construction sont également présents sur les parcelles d'implantation n'est pas davantage de nature à justifier de leur intérêt à agir contre l'arrêté litigieux qui ne porte que sur l'édification d'une clôture. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants doit être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint Lubin de la Haye, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme A demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Saint Lubin de la Haye, de la SCEA CERES et du groupement foncier agricole de la Moulinière présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint Lubin de la Haye, la SCEA Ceres et le groupement foncier agricole de la Moulinière sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme A, à la commune de Saint Lubin de la Haye, à la SCEA CERES et au groupement foncier agricole de la Moulinière.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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