jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202044 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DENIZOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juin 2022, M. C B, représenté par Me Denizot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour attaquée méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- l'obligation de quitter le territoire français attaquée sera annulée du fait de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ;
- cette décision méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire enregistré le 25 août 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les observations de Me Denizot, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc né le 5 juin 1977, est entré en France en septembre 2013, selon ses déclarations. Père de deux enfants français, nés le 16 janvier 2005 et le 28 décembre 2005, il a, le 4 juillet 2019, présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mai 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
3. Il ressort des pièces du dossier que deux enfants sont nés de la relation de M. B et Mme D, de nationalité française, Célia née le 16 janvier 2005 à Auxerre, reconnue par son père à la naissance, et Aymeric, né le 28 décembre 2005 à Auxerre, reconnu par son père le 30 juillet 2007. Il ressort des pièces du dossier que, dans un premier temps, par des jugements des 17 février 2009, 12 mars 2015, 14 octobre 2016, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de A a accordé le bénéfice de l'exercice de l'autorité parentale exclusivement à la mère et, dans un deuxième temps, par un jugement du 26 mars 2019, a accordé le bénéfice de l'exercice de l'autorité parentale conjointement aux deux parents. Après avoir réservé les droits de visite et d'hébergement de M. B puis accordé des droits de visite en lieu neutre et fixé la contribution de M. B à l'entretien et l'éducation des enfants à 100 euros par mois et par enfant, le juge aux affaires familiales, dans un jugement du 26 mars 2019, a confié la garde d'Aymeric à M. B, organisé un droit d'hébergement pour Célia et fixé la contribution de M. B à l'entretien et l'éducation de sa fille à 100 euros par mois. A la suite du départ d'Aymeric du domicile paternel du fait de la dégradation des relations entre le père et le fils et de gestes violents de la part du père, le juge des enfants du tribunal d'Auxerre a, par un jugement du 30 septembre 2019, ordonné la mainlevée du placement d'Aymeric chez son père et confié l'adolescent à sa mère. Par un jugement du 10 juillet 2020, le juge aux affaires familiales a constaté que l'autorité parentale est exercée exclusivement par Mme D, M. B conservant un droit de contrôle de l'entretien et de l'éducation des enfants, bénéficiant d'un droit de visite et d'hébergement, et devant verser une contribution à l'entretien et l'éducation des enfants à 160 euros par mois et par enfant. Enfin, par un jugement du tribunal pour enfants de A du 26 mai 2021, le juge a instauré une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert au profit d'Aymeric au domicile de M. B à compter du 26 mai 2021 et jusqu'au 31 mai 2022. Il ressort de ce jugement qu'Aymeric est resté vivre chez son père depuis l'été 2020, contrairement à l'organisation prévue par le juge aux affaires familiales le 10 juillet 2020. Cette situation est corroborée par une attestation de l'adolescent, établie le 19 juin 2022. Toutefois, le requérant qui accueille son fils depuis août 2020 mais ne démontre pas avoir versé la contribution fixée par le juge aux affaires familiales, ainsi que le soutient la préfète, lorsque l'enfant ne résidait pas chez lui, ne peut être regardé comme établissant contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis au moins deux ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance () de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire () peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
5. Le refus de titre de séjour attaqué est notamment fondé sur le motif tiré de ce que la présence en France du requérant constitue une menace à l'ordre public. Lorsque l'administration oppose un tel motif, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que M. B a été condamné à trois reprises : à trois mois d'emprisonnement pour violence par conjoint ou concubin suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours par le tribunal correctionnel de A le 6 octobre 2005, à quatre mois avec sursis pour recours aux services d'une personne exerçant un travail dissimulé et emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail salarié le 13 septembre 2006 par le tribunal correctionnel d'Orléans et à trois cent euros d'amende pour conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points. Par ailleurs, la préfète s'est également fondé sur les mentions figurant au fichier de traitements des antécédents judiciaires (TAJ) concernant M. B pour les faits suivants : menaces de mort de violences d'attentats en 2010, menaces ou chantages dans d'autres buts et violences à dépositaire de l'autorité publique en 2008, délits au sujet de la garde des mineurs et exhibition sexuelle en 2007 et enfin non représentation d'enfant à une personne ayant le droit de le réclamer en 2020. Le requérant fait valoir que, pour ces faits, les mentions inscrites au TAJ, " qui ne distingue pas la qualité d'auteur ou de victime ", ne sont étayées par aucune suite judiciaire dénoncée par le procureur de la République, de sorte que ces faits ne sauraient valablement lui être opposés. S'il ressort des mentions du TAJ que les faits invoqués concernent M. B en tant qu'auteur, il ne ressort effectivement pas des pièces du dossier qu'ils ont fait l'objet de poursuites judiciaires ou de condamnations pénales. Dans ces conditions, eu égard au caractère ancien des condamnations et à la nature des infractions commises, le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que l'intéressé constituait, à la date de l'arrêté attaqué, une menace pour l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour.
7. Toutefois, il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur le motif, légal, tiré de ce que le requérant ne remplissait pas les conditions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 mai 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
9. Aux termes aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant ".
10. Il ressort du jugement du 26 mai 2021 du juge des enfants du tribunal de A, instaurant une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert au profit d'Aymeric au domicile de M. B à compter du 26 mai 2021 et jusqu'au 31 mai 2022, ainsi qu'il a été dit au point 3, qu'Aymeric est resté vivre chez son père depuis l'été 2020, contrairement à l'organisation prévue par le juge aux affaires familiales le 10 juillet 2020. Cette situation est corroborée par une attestation de l'adolescent, établie le 19 juin 2022. Dans les circonstances particulières de l'espèce, la préfète, en obligeant M. B à quitter le territoire français, alors que son fils résidait chez lui depuis presque deux ans à la date de l'arrêté attaqué, a ainsi méconnu l'intérêt supérieur de cet enfant.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 16 mai 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs qui la fondent, que la préfète du Loiret réexamine la situation de M. B. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète du Loiret du 16 mai 2022 est annulé en tant qu'il oblige M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de renvoi.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Loiret.
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Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026