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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202056

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202056

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 juin 2022 et les 1er et 27 septembre 2022, M. A F, représenté par Me Vieillemaringe, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer l'irrecevabilité du mémoire en défense de la préfète d'Indre-et-Loire, enregistré le 31 mai 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé le renouvellement de son certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé son pays d'origine, l'Algérie, ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer le titre de séjour demandé et l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Concernant le mémoire en défense de la préfète d'Indre-et-Loire :

- les écritures de la préfète d'Indre-et-Loire sont irrecevables dès lors qu'elles ont été rédigées par un stagiaire de l'administration et que le directeur de cabinet n'était pas compétent pour signer le mémoire en défense.

Concernant l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.

Concernant la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète a omis de saisir la commission du titre de séjour ;

- la préfète d'Indre-et-Loire a commis une erreur de droit en lui appliquant les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la situation des ressortissants algériens est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard des stipulations de l'alinéa 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sa situation personnelle démontre l'existence de circonstances humanitaires exceptionnelles.

Concernant la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F, de nationalité algérienne, est entré en France le 2 mars 2019, à l'âge de seize ans, sous couvert d'un visa C court séjour valable du 2 mars au 6 avril 2019. L'intéressé a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire datée du 13 juin 2019 en vue de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " du 21 avril 2021 au 20 avril 2022 et en a sollicité le renouvellement le 25 avril 2022. Par un arrêté du 31 mai 2022, dont M. F demande l'annulation par sa requête ci-dessus analysée, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie, pays dont il a la nationalité, ou tout autre pays où il serait légalement admissible, comme pays de destination.

Sur la recevabilité des écritures en défense :

2. Le mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, a été signé par M. C E, directeur de cabinet de la préfecture d'Indre-et-Loire. En vertu d'un arrêté du 21 mai 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, M. E bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète d'Indre-et-Loire pour signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département, en cas d'absence ou d'empêchement de la secrétaire générale de la préfecture, Mme B D. Dès lors qu'il n'est pas établi ni allégué que Mme D n'était pas absente ou empêchée lorsque l'arrêté contesté a été signé, M. E était compétent pour signer le mémoire en défense produit par la préfète d'Indre-et-Loire et enregistré le 26 août 2022 auprès du greffe du tribunal. Ainsi, dès lors qu'il est recevable, il n'y a pas lieu d'écarter ce mémoire des débats ni les pièces qui y sont jointes.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté contesté comporte les visas des textes dont la préfète d'Indre-et-Loire a entendu faire application, mentionne les raisons pour lesquelles il n'a pas été fait droit à la demande du requérant et comporte également des considérations relatives à sa vie privée et familiale. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que cet arrêté est insuffisamment motivé. Le moyen est, par suite, écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à la délivrance d'un titre de séjour à l'étranger qui a dix-huit ans, a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et justifie suivre une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, il incombe au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas seulement examiné le renouvellement du certificat de résidence algérien dont bénéficiait M. F, mais s'est également saisie d'office de la situation du requérant au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant que le requérant est arrivé sur le territoire national en mars 2019 à l'âge de seize ans. Il était accompagné de son père qui est reparti par la suite dans son pays d'origine en laissant le requérant seul en France. M. F a été confié à l'aide sociale à l'enfance dès le 13 juin 2019. Ainsi, et contrairement à ce que soutient le requérant, en lui faisant application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionnées au point 4 dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas commis d'erreur de droit et le moyen doit, par suite, être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

8. Pour soutenir que la préfète d'Indre-et-Loire a commis une erreur dans l'appréciation de ses liens personnels et familiaux, l'intéressé se prévaut de sa parfaite intégration sur le territoire national depuis 2019 et de sa maitrise de la langue française. Il est constant qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dès 2019. Il déclare, sans l'établir, avoir suivi une première année de certificat d'aptitude professionnelle boulangerie à Bastia. Cependant, hormis ses allégations, le requérant n'apporte aucune preuve d'une insertion particulière en France. S'il soutient qu'il n'a plus de contacts avec sa famille depuis que son père l'a abandonné en France, il n'apporte, toutefois, aucun élément démontrant qu'il serait dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où il a vécu la majorité de sa vie. Par suite, la préfète d'Indre-et-Loire, qui a bien examiné la situation du requérant au regard des dispositions mentionnées au point 7, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant la décision attaquée.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". En vertu de ces dispositions, la préfète n'est tenue de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent les conditions prévues aux articles précités, ou aux stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre.

10. Il résulte de ce qui précède que M. F ne remplit pas les conditions prévues par les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, équivalentes à celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'un vice de procédure faute pour la préfète d'Indre-et-Loire d'avoir saisi pour avis la commission du titre de séjour doit, dès lors, être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, M. F n'établit pas l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour. Ainsi, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle l'obligeant à quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. F est entré en France en 2019 à l'âge de seize ans et a été confié à l'aide sociale à l'enfance suite à l'abandon par son père sur le territoire national. Toutefois, ainsi qu'il a été développé au point 8, le requérant ne produit aucun élément justifiant de l'existence de liens personnels et familiaux sur le territoire français et n'établit pas davantage être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de M. F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but poursuivi. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

14. En troisième lieu, M. F ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision attaquée lui faisant obligation de quitter le territoire français, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. M. F n'établit pas l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour ni celle de l'obligation de quitter le territoire français dont elle est assortie. Ainsi, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de celle fixant le pays de destination.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. F tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète d'Indre-et-Loire du 31 mai 2022 doivent être rejetées. Il y a lieu également de rejeter, ensemble et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La présidente-rapporteure,

Patricia G

L'assesseur le plus ancien,

Sébastien VIEVILLELa greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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