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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202101

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202101

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2022, Mme C A B, représentée par Me Cariou, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, d'examiner sa demande et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) dans l'attente de la délivrance de son titre de séjour, d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé tant en droit qu'en fait ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux de la part du préfet ;

- le préfet de Loir-et-Cher en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard aux risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision fixant à trente jours le délai qui lui est imparti pour quitter le territoire français est illicite.

Par un mémoire enregistré le 18 juillet 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, ressortissante angolaise née le 15 février 1977, est entrée sur le territoire français le 29 mars 2017, accompagnée de sa fille née le 30 mars 2008, munie d'un passeport revêtu d'un visa délivré par les autorités consulaires portugaises valable du 20 janvier au 5 mars 2017. Elle s'est présentée le 12 mai 2017 à la préfecture du Loiret aux fins de déposer une demande d'asile. Par un arrêté du 3 octobre 2017, le préfet d'Indre-et-Loire a ordonné sa remise aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un jugement du 31 octobre 2017, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa requête formée à l'encontre de cet arrêté. Mme A B s'étant maintenue irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration du délai de transfert, sa demande d'asile a finalement été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui l'a rejetée par une décision du 27 novembre 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 25 septembre 2020. Le 26 octobre 2020, le préfet de Loir-et-Cher a pris à son encontre un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours qu'elle a contesté devant le tribunal administratif d'Orléans. Par un jugement du 27 janvier 2021, le président du tribunal administratif a rejeté sa requête formée à l'encontre de cet arrêté. N'ayant pas déféré à l'obligation qui lui était faite de quitter le territoire français, Mme A B a, le 14 décembre 2021, présenté aux services de la préfecture de Loir-et-Cher une nouvelle demande d'admission au séjour. Par l'arrêté attaqué du 7 avril 2022, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, notamment les articles L. 431-5 et L. 611-1 (3°) de ce code, indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de la requérante sur lesquelles le préfet - qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée ni d'énumérer l'ensemble des pièces produites à l'appui de la demande de titre de séjour - s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme A B soutient que la décision de refus de titre de séjour attaquée ne répond pas " aux moyens de droit invoqués " au soutien de sa demande de titre de séjour. A l'appui de ce moyen, elle fait valoir que le préfet ne fait référence ni à la scolarisation de sa fille, ni à son implication dans le bénévolat et au fait qu'elle a trouvé un travail, ni à l'existence d'un risque encouru en cas de retour dans son pays d'origine. De tels éléments constituent des circonstances de fait et non des considérations de droit ou des " moyens de fait ". Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet, qui, comme il a été dit au point 3, n'était pas tenu d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressée, a notamment précisé que Mme A B était arrivée en France en 2017, avait fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités portugaises dans le cadre de la procédure Dublin, d'un rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile puis par la suite d'une obligation de quitter le territoire français, se déclarait veuve et mère de deux enfants dont l'un, majeur, resté dans son pays d'origine et ne disposait pas de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses sur le territoire français, ayant vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de quarante ans. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen de sa demande de titre de séjour doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

6. D'une part, si Mme A B vit en France avec sa fille depuis un peu plus de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, cette durée de séjour résulte, outre de la présentation d'une demande d'asile que la Cour nationale du droit d'asile n'a pas jugé fondée, de ce que l'intéressée n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet au mois d'octobre 2020. D'autre part, si la requérante fait valoir que sa fille est scolarisée en France depuis son arrivée, elle n'apporte aucun élément de nature à établir que cette scolarité ne pourrait pas se poursuivre en Angola. Par ailleurs, si elle fait état du fait que la scolarité de sa fille se passe bien, il ressort des derniers bulletins scolaires produits au dossier que les résultats de cette dernière sont un peu justes et que son comportement est à revoir. Dans ces conditions, alors que Mme A B n'établit pas avoir noué des liens personnels et familiaux particulièrement anciens, stables et intenses sur le territoire français nonobstant ses efforts d'intégration linguistique et sociale, en particulier les nombreuses activités bénévoles auxquelles elle participe avec la Croix-Rouge, ainsi que sa formation alléguée d'infirmière, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, et n'a par suite pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point précédent. Il n'a pas plus entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'il a portée sur les conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de la requérante.

7. En quatrième lieu, Mme A B ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 28 novembre 2012, qui sont dépourvus de caractère réglementaire.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". La situation personnelle de Mme A B telle que rappelée au point précédent, notamment en ce qui concerne ses perspectives professionnelles dans le secteur hôtelier ou la scolarité de sa fille, ne caractérise pas l'existence de motifs exceptionnels ni de considérations humanitaires au sens de ces dispositions. Par suite le préfet de Loir-et-Cher n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser la situation de la requérante sur le fondement des dispositions précitées.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

10. Mme A B fait valoir que la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet est de nature à préjudicier à l'intérêt supérieur de sa fille, dont la situation est indissociable de la sienne, dès lors que celle-ci se verrait contrainte d'abandonner sa scolarité et qu'elle encourrait le risque de se voir marier rapidement n'ayant plus aucune famille en Angola pour la protéger. Toutefois elle n'apporte aucun élément probant au soutien de ces allégations et ne conteste pas ne pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine où réside son fils majeur. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si Mme A B entend se prévaloir des stipulations citées au point précédent, elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir qu'elle-même, ou sa fille, serait personnellement exposée à des risques en cas de retour dans son pays d'origine alors qu'au demeurant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont refusé de lui reconnaître la qualité de réfugié. Par suite, le moyen tiré des risques encourus en cas de retour en Angola doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

14. La requérante fait valoir que le préfet en ne lui octroyant un délai de départ volontaire que de trente jours n'a pas pris en compte sa situation personnelle notamment au regard de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français, des liens qu'elle y a tissés et de la scolarisation de sa fille. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances particulières justifiaient qu'un délai de départ supérieur à trente jours soit accordé à Mme A B pour quitter volontairement le territoire français. Ainsi, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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