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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202116

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202116

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2022, M. C B, représenté par Me Cariou, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou portant la mention " étranger malade " ;

3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit comme en fait ;

- il est entaché d'un défaut de consultation préalable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il justifie que lui soit délivré un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en refusant de lui accorder un titre de séjour, le préfet méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant la Guinée comme pays de destination de la mesure d'éloignement méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard aux risques qu'il y encourt en raison de son état de santé ;

- la décision fixant à trente jours le délai accordé pour quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 22 août 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant guinéen né le 22 novembre 1998, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 10 octobre 2017 pour y solliciter l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 13 juin 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 février 2020. Par un arrêté du 10 juin 2020, le préfet de Loir-et-Cher a pris à son encontre un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 16 décembre 2020, le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa requête formée à l'encontre de cet arrêté. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, M. B a sollicité des services de la préfecture de Loir-et-Cher, en novembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 11 avril 2022, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 611-1 (3°) de ce code, indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation du requérant, notamment s'agissant de sa situation de concubinage et de la naissance d'un enfant, sur lesquelles le préfet - qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé ni d'énumérer l'ensemble des pièces produites à l'appui de la demande de titre de séjour - s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Loir-et-Cher n'aurait pas pris en compte l'ensemble des éléments portés à sa connaissance par M. B. Par ailleurs, si le requérant entend soutenir que le préfet n'a pas examiné sa demande en qualité d'étranger malade, il ne ressort pas de la demande de titre de séjour produite à l'instance qu'il ait entendu présenter une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, les moyens tirés du défaut de consultation préalable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que du défaut d'examen réel et sérieux de la demande de titre de séjour doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

5. Si M. B vit en France depuis plus de quatre ans à la date de la décision attaquée, cette durée de séjour résulte, outre de la présentation d'une demande d'asile que la Cour nationale du droit d'asile n'a pas jugé fondée, de ce que l'intéressé n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet au mois de février 2020. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de sa situation de concubinage avec une compatriote et du fait qu'ils aient eu un enfant né en avril 2021, il ressort des pièces du dossier que sa compagne, Mme A, est en situation irrégulière sur le territoire français et a fait l'objet, le 5 juillet 2021, d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de Loir-et-Cher et rien ne fait obstacle à ce que leur vie commune se poursuive hors de France, et notamment dans leur pays d'origine où M. B a vécu jusqu'à l'âge de près de dix-neuf ans et où il n'est pas contesté qu'il a un enfant né en 2017 issu d'une première union. Enfin, si le requérant fait valoir que son état de santé résultant de l'accident de la route qu'il a subi en juin 2021 risque de s'aggraver en cas de retour dans son pays d'origine, la seule production d'éléments généraux datant de 2020 sur la situation du système médical en Guinée ne suffit pas à établir le fait qu'il encourrait un risque médical en cas de retour dans ce pays. Dans ces conditions, nonobstant les efforts d'intégration sociale du requérant, en particulier les nombreuses activités bénévoles auxquelles M. B participe, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, et n'a par suite pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point précédent. Il n'a pas plus entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'il a portée sur les conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de M. B.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". La situation personnelle de M. B, telle que rappelée au point précédent, notamment en ce qui concerne ses activités de bénévolat et ses problèmes de santé, ne caractérise pas l'existence de motifs exceptionnels ni de considérations humanitaires au sens de ces dispositions. Par suite le préfet de Loir-et-Cher n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser la situation du requérant sur le fondement des dispositions précitées

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Guinée, alors notamment que l'état de santé de l'enfant que M. B a eu avec sa compagne permet leur retour dans ce pays, où par ailleurs il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas à l'avenir suivre une scolarité. Par suite, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas méconnu les stipulations citées au point précédent en faisant obligation à M. B de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué à compter du 1er mai 2021 aux dispositions de l'article L. 513-2 du même code invoquées par le requérant : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que tant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile, que le requérant serait effectivement exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des risques de torture ou de peines ou de traitements inhumains ou dégradants.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

12. L'arrêté attaqué impartit à M. B un délai de trente jours pour quitter le territoire français. Si le requérant fait valoir la durée de sa présence en France, ses problèmes de santé ainsi que ses relations avec sa compagne et l'existence d'un enfant né en France, ces circonstances ne suffisent pas à établir que le préfet de Loir-et-Cher aurait entaché son appréciation d'une erreur manifeste en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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