vendredi 5 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ECHCHAYB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, M. B E, représenté par Me Echchayb, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa demande sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 200 euros à verser à son conseil.
M. E soutient que :
- la préfète s'est indûment estimée en situation de compétence liée au regard des décisions prises par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est également insuffisamment motivée en fait et en droit, son signataire n'établissant pas, par ailleurs, qu'il a reçu compétence à cet effet ;
- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- il démontre qu'il sera exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la préfète, qui n'était pas dispensée de procéder à l'examen de sa situation individuelle, a commis une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation en estimant que ce pays présentait le caractère d'un pays d'origine sûr pour lui ;
- l'obligation de pointage et l'obligation de remettre son passeport son insuffisamment motivées ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entraîne l'illégalité des obligations de pointage et de remise du passeport ; ces obligations sont disproportionnées et contreviennent à sa liberté d'aller et venir, composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 et par l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 22 août 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
La préfète soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la décision du Conseil constitutionnel n° 97-389 DC du 22 avril 1997 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant arménien né le 19 décembre 1994, est entré irrégulièrement en France le 6 novembre 2018, selon ses déclarations. Après le rejet de sa demande d'asile par une décision du 24 octobre 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis le 10 février 2020 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 27 février 2020 du préfet du Loiret. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 7 juillet 2020 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans. M. E a présenté le 6 janvier 2020 une demande de réexamen qui a été déclarée irrecevable par une décision du 18 décembre 2020 de l'OFPRA, confirmée par la CNDA le 15 mars 2021. Par un arrêté du 15 juin 2021, la préfète du Loiret lui a fait à nouveau obligation de quitter le territoire français. Le requérant, qui n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement, a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français par l'arrêté du 31 mai 2022 dont il demande l'annulation.
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme A D, préfète du Loiret, a donné délégation à M. C à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle les conditions dans lesquelles M. E est entré en France et s'y est maintenu en dépit des décisions de l'OFPRA et de la CNDA et des mesures d'éloignement prises à son encontre, relève, d'une part, que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français sans avoir effectué aucune démarche administrative auprès d'une préfecture en vue de régulariser sa situation administrative, d'autre part, qu'il tire ses revenus d'un travail sans toutefois avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 du code du travail. L'arrêté attaqué, au surplus, vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et relève que l'intéressé déclare être marié à une ressortissante arménienne en situation irrégulière et père de deux enfants mineurs dont la situation est indissociable de la sienne et que, dans ces conditions, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs l'arrêté attaqué, qui vise les articles L. 721-3 à 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle que M. E est de nationalité arménienne, relève en outre qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, et enfin constate que le requérant séjourne irrégulièrement sur le territoire français et qu'il n'y a pas d'obstacle à ce qu'il quitte la France. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé tant en ce qu'il fait obligation à M. E de quitter le territoire français et fixe le pays de destination qu'en ce qu'il fixe les obligations de l'intéressé dans le cadre de la mise en œuvre de cette mesure d'éloignement.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :
4. En premier lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la préfète du Loiret se serait estimée en situation de compétence liée et n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. E - s'agissant notamment des risques allégués en cas de retour dans son pays d'origine - avant de prendre l'arrêté attaqué.
5. En deuxième lieu, en se bornant à énoncer que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre " est entachée d'erreur de droit ", M. E n'assortit pas ce moyen des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
6. En troisième lieu, le requérant, qui ne résidait sur le territoire français que depuis moins de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué - en s'y étant d'ailleurs maintenu en dépit des mesures d'éloignement prises à son encontre - ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou sociale. Il ne conteste pas que sa compagne, qui a la même nationalité que lui, est également en situation irrégulière. Par ailleurs, la situation des deux enfants mineurs du couple est indissociable de la situation de leurs parents et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, alors notamment que le requérant n'établit pas, par la production de pièces qui ne suffisent pas à établir la véracité du récit qu'il fait des agressions prétendument subies en Arménie, la réalité des risques auxquels lui et sa compagne seraient exposés en cas de retour dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français qui est faite à M. E ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts de cette mesure. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard aux mêmes éléments, la préfète n'a pas plus entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'elle a portée sur les conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. E.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ainsi qu'il a été dit au point précédent, le requérant n'établit pas la réalité des risques auxquels lui et sa compagne seraient exposés en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination - seule décision à l'encontre de laquelle ce moyen est opérant - ne méconnait pas les stipulations précitées.
En ce qui concerne l'obligation de présentation et l'obligation de remise du passeport ou tout autre document d'identité :
8. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ". Enfin aux termes de l'article L. 814-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ". Cet article reprend les dispositions de l'article 8-1 ajouté à l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 par l'article 3 de la loi n° 97-396 du 24 avril 1997. La conformité à la Constitution de ces dispositions n'a été admise par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 97-389 DC du 22 avril 1997 que sous certaines réserves qui s'imposent à l'administration dans l'application de ce texte. Il ressort notamment de ces réserves d'interprétation que les dispositions en cause ont " pour seul objet de garantir que l'étranger en situation irrégulière sera en possession du document permettant d'assurer son départ effectif du territoire national ", qu'il " ne saurait en aucune façon être fait obstacle à l'exercice par l'étranger du droit de quitter le territoire national et de ses autres libertés et droits fondamentaux ", et que par suite " à toute demande formulée par l'étranger de restitution du document retenu en vue d'un départ effectif du territoire national, celui-ci devra lui être remis sans délai au lieu où il quittera le territoire français ".
9. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée des illégalités invoquées, M. E n'est pas fondé à soutenir que les décisions lui imposant de se présenter aux services de police et de remettre l'original de son passeport ou tout autre document d'identité, prises pour assurer l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, devraient être annulées par voie de conséquence.
10. En deuxième lieu, l'obligation de présentation prévue par l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas conditionnée par l'existence d'un risque de fuite. En l'espèce, la préfète du Loiret n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en imposant à M. E, dans le cadre du délai de départ volontaire dont il bénéficie pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre, de se présenter chaque lundi et mercredi à 9h00 à l'hôtel de police d'Orléans pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Par ailleurs, l'obligation de remise du passeport ou tout autre document d'identité dont cette mesure est assortie est strictement proportionnée à l'exécution de la décision d'éloignement, dès lors que, conformément aux réserves d'interprétation rappelées au point 8, l'administration devra restituer ce document à l'intéressé dès qu'il quittera le territoire français - ainsi d'ailleurs que le mentionne le récépissé valant justification d'identité qui a été remis à M. E en échange de son permis de conduire.
11. En troisième lieu, dès lors que l'obligation de présentation et l'obligation de remise du passeport ou tout autre document d'identité ont été prises conformément aux dispositions législatives qui prévoient ces mesures, le moyen tiré de ce qu'elles portent atteinte à la liberté d'aller et venir du requérant ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2022 attaqué doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au profit du conseil de M. E en application de ces dispositions et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Hélène LE TOULLEC
Le président-rapporteur,
Frédéric F
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026