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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202195

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202195

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Konate, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret à titre principal, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, au réexamen de sa situation ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard aux risques qu'elle encourt dans son pays d'origine en l'absence de diagnostic et de traitement de l'endométriose en Mauritanie.

Par un mémoire enregistré le 27 septembre 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 13 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les observations de Me Konate, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante mauritanienne née le 18 janvier 1987, est, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français le 29 février 2016 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 23 février 2016 au 29 mars 2016. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée le 28 décembre 2016 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 mai 2017. Par un arrêté du 28 août 2017, le préfet du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français. Elle a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif d'Orléans qui par un jugement du magistrat désigné par le président du tribunal du 18 octobre 2017 a rejeté sa requête. Se maintenant malgré tout sur le territoire français, elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 20 mars 2019. Par une décision du 29 mars 2019, confirmée le 20 septembre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de réexamen. Le 9 juillet 2019, Mme A a fait l'objet d'un nouvel arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français. Ne déférant pas à ce nouvel arrêté, le 30 novembre 2020, elle a sollicité des services de la préfecture du Loiret son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par l'arrêté attaqué du 14 juin 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Benoît Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret, qui bénéficiait d'une délégation de signature accordée par la préfète du Loiret aux termes d'un arrêté du 27 juillet 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la motivation de l'arrêté attaqué :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la préfète du Loiret a fait application, notamment les articles L. 431-5, L. 611-1 (3°), L. 612-2 et L. 721-3 de ce code ainsi que les articles 3 et 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de la requérante, en particulier s'agissant de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français, de la présence de sa sœur et du fait qu'elle se prévaut d'une promesse d'embauche, sur lesquelles la préfète - qui n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de la requérante - s'est fondée pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. La motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, si Mme A entend se prévaloir d'une méconnaissance par la préfète du Loiret des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'établit ni même n'allègue avoir présenté une demande d'admission au séjour sur le fondement de ces dispositions, alors que la préfète n'a pas examiné sa demande sur ce fondement. Le moyen est donc inopérant et doit être écarté.

7. En second lieu, Mme A soutient que la préfète du Loiret en prenant la décision contestée a porté une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Elle se prévaut de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français et allègue y disposer d'attaches familiales et personnelles fortes. Toutefois, si Mme A peut se prévaloir, à la date de la décision attaquée, d'une présence sur le territoire français de plus de six ans, cette durée de séjour résulte, outre de la présentation d'une demande d'asile que la Cour nationale du droit d'asile n'a pas jugé fondée ainsi que d'une demande de réexamen elle-même rejetée par ladite Cour, de ce que l'intéressée n'a pas déféré aux deux mesures d'éloignement dont elle a fait l'objet en 2017 et en 2019. D'autre part, si elle fait valoir qu'elle a pu bénéficier d'une promesse d'embauche en 2019, que la société Pass'Emploi Services a présenté le 1er juillet 2020 une demande d'autorisation de travail afin de la recruter et qu'elle est particulièrement impliquée dans des activités d'alphabétisation, elle n'établit pas par la production de cinq attestations, dont l'une établie par sa sœur chez laquelle elle allègue résider sans l'établir, avoir noué en France des liens d'une particulière intensité révélant sa parfaite intégration, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle est défavorablement connue des services de police pour des faits non contestés de faux en document administratif. Par ailleurs, célibataire et sans charge de famille sur le territoire français, elle n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans et où elle a elle-même reconnu, à l'occasion de son interrogatoire par les services de police le 4 juin 2020, que ses parents et la majorité de ses frères et sœurs résident. Enfin, si la requérante fait valoir qu'elle est atteinte d'une pathologie nécessitant une prise en charge, cette circonstance, à elle-seule, si elle s'avérait établie, ne suffit pas à caractériser une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, alors que l'intéressé n'a pas sollicité un titre de séjour en qualité d'" étranger malade ", Mme A n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Loiret en lui refusant un titre de séjour portant la mention " salarié " aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale

8. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier lieu, Mme A soutient que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison des conséquences particulièrement graves qu'elle emporte sur sa situation résultant de l'impossibilité dans laquelle elle se trouverait de bénéficier, dans son pays d'origine, du traitement médical qui lui est nécessaire en raison de son état de santé. Toutefois, rien n'atteste dans le dossier de l'impossibilité pour l'intéressée de bénéficier, le cas échéant, de soins appropriés dans son pays d'origine alors qu'au demeurant, elle n'établit pas par la production d'un certificat médical établi le 23 mars 2022 faisant état de " symptômes peu évocateurs d'endométriose " et lui prescrivant une échographie pelvienne endovaginale qu'à la date de la décision contestée son état de santé nécessitait une prise en charge dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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