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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202205

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202205

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, Mme A, représentée par Me Langagne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation en ce que la préfète ne fait ni mention du décès de ses parents ni de son activité professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle n'a pas déposé de demande de titre de séjour en faisant état d'une présence de 10 ans mais en se prévalant seulement d'une présence de 5 ans en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle justifie de considérations humanitaires et de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence en l'absence de délégation de signature de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence en l'absence de délégation de signature de son auteur ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 29 août 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.

Par ordonnance du 3 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée le 17 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier,

- et les observations de Me Langagne , avocate de Mme A.

La préfète du Loiret n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante béninoise née le 15 mai 1980 est entrée en France le 21 août 2016 sous couvert d'un visa de court séjour valable pour une durée d'un mois. L'intéressée a ensuite sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 6 octobre 2021. Par un arrêté du 14 juin 2022, la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par arrêté du 27 juillet 2021 de la préfète du Loiret, régulièrement affiché et publié au recueil des administratifs, M. Benoit Lemaire, secrétaire général de préfecture du Loiret, a reçu délégation de la préfète à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit, et des réquisitions de comptable public. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée et de séjour de Mme A en France, qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, motivée conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A.

5. En quatrième lieu, en mentionnant que Mme A ne justifiait pas d'une résidence en France depuis plus de dix ans et que, de ce fait, la commission du titre de séjour n'avait pas été saisie pour avis, la préfète ne s'est pas approprié de manière erronée les déclarations de l'intéressée mais a seulement entendu rappeler la condition de résidence énoncée au second alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué n'est entaché d'aucune erreur de droit ou de fait sur ce point.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Au soutien du moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, Mme A fait valoir qu'elle a exercé un emploi en qualité d'aide à domicile depuis 2020, qu'elle réside depuis cinq années en France ainsi que ses trois frères dont deux ont la nationalité française. Toutefois, d'une part, l'activité professionnelle ne présente pas de singularité, a été exercée pendant deux années et pour une très faible quotité horaire. Son exercice n'est donc pas de nature à caractériser un motif exceptionnel justifiant une admission au séjour sur ce fondement. D'autre part, la circonstance que l'intéressée réside en France depuis 5 années et que ses trois frères résideraient régulièrement en France ne répond pas à une considération humanitaire et ne constitue pas d'avantage un motif exceptionnel justifiant une admission au séjour. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. A l'appui de sa requête, Mme A se prévaut de sa présence en France depuis cinq années, de la résidence en France de ses trois frères, du décès de ses parents et de son emploi en qualité d'aide à domicile. Toutefois il ressort des pièces du dossier que Mme A est célibataire et sans enfant et qu'elle a résidé au Bénin jusqu'à l'âge de 36 ans. En outre, durant sa présence en France en situation irrégulière, l'intéressée n'a exercé un emploi qu'à temps très partiel durant deux années. Enfin, la requérante ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, de liens suffisamment intenses avec ses frères présents en France, cette dernière n'ayant été hébergée par l'un d'eux que pour une durée d'une année entre 2016 et 2017. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la décision de refus de séjour attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour ces mêmes motifs, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

10. En septième lieu, il est constant que Mme A a formulé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lesquelles ne sont applicables que pour une demande formulée sur ce fondement, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 et 3 du présent jugement que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et du défaut de motivation dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent être écartés.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'exception d'illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 du présent jugement que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante ne peuvent en tout état de cause qu'être écartés.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Si Mme A soutient qu'elle serait soumise à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'apporte toutefois aucun élément permettant d'établir qu'elle serait exposée personnellement à des risques actuels, graves et personnels de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Bénin. Dans ces conditions, la préfète du Loiret n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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