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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202210

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202210

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juin 2022, M. B A, représenté par Me Naud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle l'inspectrice du travail de la 2ème section du Loir-et-Cher a autorisé son licenciement pour inaptitude médicale ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la société Sobledis a manqué à son obligation de reclassement ;

- la décision attaquée méconnait l'autorité de la chose jugée de l'arrêt du 2 février 2021 N° 19NT03824 de la cour administrative d'appel de Nantes ;

- la demande d'autorisation de licenciement est en lien avec son mandat de membre suppléant du comité social et économique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, le directeur de la direction régionale de l'économie de l'emploi, du travail et des solidarités du Centre-Val de Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, la société Sobledis conclut au rejet de la requête et ce que soit mis à la charge de M. A la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Garros, conseiller,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Hallé, représentant la société Sobledis.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2009 au sein de la société Sobledis, exerçait les fonctions d'hôte de caisse dans un hypermarché Leclerc exploité par cette société à Blois. Depuis le 25 mai 2018, il détenait un mandat de membre suppléant du comité social et économique. A l'issue d'un congé maladie débuté le 3 octobre 2017, le médecin du travail l'a, le 2 novembre 2017, déclaré inapte au poste d'hôte de caisse en raison d'une inaptitude à effectuer des gestes répétitifs et des manutentions de charges mais " apte à suivre une formation en vue d'une reconversion vers un poste adéquat ". Par une lettre du 15 décembre 2017, son employeur a sollicité de l'inspecteur du travail l'autorisation de le licencier pour inaptitude physique, mais par une décision du 18 janvier 2018 cette autorité a rejeté cette demande. Saisi d'un recours hiérarchique, le ministre du travail a annulé le 12 octobre 2017 la décision de l'inspecteur du travail et substitué à cette décision un nouveau refus d'autorisation de licenciement motivé par l'inexécution par l'employeur de son obligation de recherche de reclassement envers son salarié au motif qu'un poste d'hôte de caisse au sein de l'espace culturel d'un des établissements exploités par la société Sobledis aurait dû être proposé à M. A dans le cadre de ses obligations en matière de reclassement. Le recours formé à l'encontre de cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif d'Orléans en date du 31 juillet 2019 confirmé par un arrêt n° 19NT03824 de la cour administrative d'appel de Nantes du 2 février 2021. M. A s'étant vu ensuite proposé un poste de reclassement en tant qu' " employé SAV " par son employeur, le médecin du travail, par un premier avis en date du 13 décembre 2021, s'est prononcé en faveur d'une aptitude sous réserve d'aménagements nécessaires à ce reclassement, mais par un second avis du 23 décembre 2021 a émis un avis d'inaptitude du salarié au poste de reclassement et conclu que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. Par une lettre du 10 mars 2022, la société Sobledis a, de nouveau, sollicité de l'inspecteur du travail l'autorisation de licencier M. A pour inaptitude physique. Par une décision du 3 mai 2022, dont M. A demande l'annulation, l'inspectrice du travail de la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP) de Loir-et-Cher Loir a accordé l'autorisation de licenciement sollicitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 1226-2 du code du travail " Lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. ". Aux termes de l'article L. 1226-2-1 dudit code : " () L'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, soit du refus par le salarié de l'emploi proposé dans ces conditions, soit de la mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. " et aux termes de l'article R. 4624-42 du même code : " () Le médecin du travail peut mentionner dans cet avis que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. ".

3. Dans le cas où la demande de licenciement d'un salarié protégé est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que l'employeur a, conformément aux dispositions de l'article L. 1226-2 du code du travail, cherché à reclasser le salarié sur d'autres postes appropriés à ses capacités, le cas échéant par la mise en œuvre, dans l'entreprise, de mesures telles que mutations ou transformations de postes de travail ou aménagement du temps de travail. Le licenciement ne peut être autorisé que dans le cas où l'employeur n'a pu reclasser le salarié dans un emploi approprié à ses capacités au terme d'une recherche sérieuse, menée tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel.

4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par un avis du 2 novembre 2017 le médecin du travail a déclaré M. A inapte au poste d'hôte de caisse en raison d'une inaptitude à effectuer des gestes répétitifs et des manutentions de charges, mais " apte à suivre une formation en vue d'une reconversion vers un poste adéquat ". L'autorisation de licenciement alors sollicitée a été refusée au motif que la société Sobledis avait méconnu son obligation de recherche de reclassement dès lors qu'un poste d'hôte de caisse au sein de l'espace culturel d'un des établissements exploités par elle aurait dû être proposé à M. A. La légalité de ce refus d'autorisation de licenciement a été confirmé par un arrêt n° 19NT03824 de la cour administrative d'appel de Nantes. M. A s'étant vu ensuite proposé un poste de reclassement en tant qu' " employé SAV " par son employeur, le médecin du travail, par un avis du 23 décembre 2021, a émis un avis d'inaptitude à ce poste de reclassement et conclu que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi.

5. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, l'arrêt n° 19NT03824 de la cour administrative d'appel de Nantes du 2 février 2021, bien qu'intéressant les même parties, ne se rapporte pas à la même procédure de licenciement, cet arrêt ayant statué sur la légalité de la décision ministérielle du 12 octobre 2018 s'inscrivant dans les suites d'un entretien préalable du 7 décembre 2017 consécutif à un avis d'inaptitude au poste du médecin du travail du 2 novembre 2017, alors que la décision en litige s'inscrit dans les suites d'un entretien préalable du 11 février 2022 consécutif à un avis d'inaptitude avec dispense d'obligation de reclassement du 23 décembre 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée s'attachant à cet arrêt ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, si le requérant soutient que l'avis médical du 23 décembre 2021 ne saurait s'être " substitué " à celui du 2 novembre 2017 et que la société Sobledis n'était pas déliée de son obligation de le reclasser, la nouvelle procédure de licenciement est, ainsi qu'il vient d'être dit, indépendante de la précédente. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 1226-2-1 du code du travail citées au point 2 que l'employeur est dispensé de procéder à une recherche de reclassement du salarié déclaré inapte dans le cas où l'avis du médecin du travail, auquel il incombe de se prononcer sur l'aptitude du salarié à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment ou à exercer d'autres tâches existantes, fait expressément état de ce que le maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. Dès lors que l'avis du 23 décembre 2021 indique explicitement l'impossibilité de reclasser M. A dans un autre emploi en raison de son état de santé, l'inspecteur du travail n'avait pas à contrôler le caractère sérieux des recherches de reclassement effectuées par l'employeur, dispensé dans ce cas d'y procéder. Par suite, le moyen tiré de ce que la société Sobledis aurait manqué à ses obligations de reclassement doit être écarté.

7. En dernier lieu, en vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Par ailleurs, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée.

8. S'il ressort des pièces du dossier qu'ainsi que le soutient le requérant, la société Sobledis ne l'a jamais convoqué aux réunions de délégués du personnel ou de comité d'entreprise lorsque son contrat était suspendu en 2017 pour cause de maladie, entravant ainsi l'exercice de son mandat syndical et que la première demande d'autorisation de licenciement le 15 décembre 2017 a été refusée le 18 janvier 2018, au motif, notamment, que la mesure envisagée n'était pas dénuée de tout lien avec ledit mandat, il n'est pas établi ni même allégué que ces faits se seraient reproduits postérieurement à cette première décision et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la nouvelle demande de licenciement initiée le 10 mars 2022, fondée sur l'inaptitude, serait en rapport avec les fonctions représentatives et l'appartenance syndicale de M. A. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Sobledis, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la société Sobledis au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société Sobledis présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la ministre du travail et de l'emploi, et à la société Sobledis.

Copie en sera adressée, pour information, à la préfète de la région Centre-Val de Loire (direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Centre-Val de Loire).

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

Nicolas GARROS

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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