lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202214 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2022, M. D B, représenté par la SCP Cariou-Lévêque, avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher d'examiner à nouveau sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans les huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français attaquées sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n'a pas répondu " aux moyens de fait et de droit " développés dans sa demande de titre de séjour et n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation : il ne fait référence ni à la demande d'autorisation de travail remplie par la société Prop'E.T Services ni à l'existence d'un conflit avec la famille A et au risque encouru en cas de retour dans son pays d'origine, ni à ses problèmes de santé ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 414-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire enregistré le 26 septembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut à ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête.
Il soutient que le recours n'a plus lieu d'être dès lors que, par courrier du 21 juin 2022, il informait le conseil du requérant que ce dernier pouvait déposer une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et que le requérant était convoqué le 30 septembre 2022 afin de pouvoir déposer cette demande.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 1er janvier 1986, est entré en France le 21 janvier 2017, selon ses déclarations, muni d'un titre de voyage italien valable jusqu'au 4 juillet 2018 et d'une carte de séjour d'une durée de deux ans délivrée à titre humanitaire, périmée depuis le 4 juillet 2018. Il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour qui a été rejetée par un arrêté du 27 juin 2018, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Il a ensuite déposé, le 8 novembre 2019, une nouvelle demande de titre de séjour en qualité de salarié, qui a également été rejetée par un arrêté du 16 janvier 2020, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Il s'est maintenu sur le territoire et a présenté, le 1er septembre 2021, une nouvelle de demande de titre de séjour en se prévalant d'une promesse d'embauche en tant que laveur de vitres et agent d'entretien polyvalent. Par un arrêté du 4 avril 2022, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Le préfet de Loir-et-Cher soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. B dès lors que par courrier du 21 juin 2022, il a informé le conseil du requérant que ce dernier pouvait déposer une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et qu'il était convoqué le 30 septembre 2022 afin de pouvoir déposer cette demande. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet a décidé de délivrer M. B un titre de séjour. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer ne peut être que rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application et notamment l'article L. 611-1 (3°) de ce code, mentionne, de manière non stéréotypée, les circonstances de fait propres à la situation de de M. B pour lesquelles le préfet, qui n'était pas tenu d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé, a estimé devoir rejeter sa demande de titre de séjour et l'obliger à quitter le territoire français. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé.
4. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision de refus de titre attaquée ne répond pas " aux moyens de fait et de droit " qu'il a invoqués dans sa demande de titre de séjour. A l'appui de ce moyen, il fait valoir que le préfet ne fait référence ni à la demande d'autorisation de travail remplie par la société Prop'E.T Services ni à l'existence d'un risque encouru en cas de retour dans son pays d'origine où il existe un conflit avec la famille A, ni à ses problèmes de santé. De tels éléments constituent des circonstances de fait et non des considérations de droit ou des " moyens de fait ". Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet, qui, comme il a été dit au point 3, n'était pas tenu d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé, a notamment précisé que M. B était arrivé en France en 2017, avait fait l'objet de deux refus de titre de séjour assortis d'une obligation de quitter le territoire français, ne disposait ni d'un visa de long séjour en application de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, ne produisant qu'une promesse d'embauche datant du 2 avril 2021, était marié et père de deux enfants restés dans leur pays d'origine et ne disposait pas de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses sur le territoire français, ayant vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente et un an. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait part de ses problèmes de santé, non dans sa demande de titre de séjour ou en cours d'instruction de cette demande, mais dans le recours gracieux qu'il a formulé le 13 avril 2022 à l'encontre de l'arrêté attaqué du 4 avril 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen de sa demande de titre de séjour doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 414-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance des cartes de séjour portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " et " travailleur saisonnier ", respectivement prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 et L. 421-34, est subordonnée à la détention préalable de l'autorisation de travail prévue aux articles L. 5221-2 et suivants du code du travail / Cette autorisation est délivrée dans les conditions prévues par le code du travail ". Aux termes de l'article L. 421-1 de ce code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ".
6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'est fondé sur le défaut de visa de long séjour et le défaut de contrat visé par " les autorités compétentes ". Dès lors que la première délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 421-1 est subordonnée à la production par l'étranger d'un visa de long séjour, le motif tiré du défaut de visa de long séjour - que ne possède effectivement pas le requérant - suffisait à lui seul pour rejeter légalement la demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce motif. La circonstance que le préfet a estimé que M. B ne présentait pas de contrat de travail visé et ne produisait qu'une promesse d'embauche alors qu'il avait fourni, dans le cadre de l'instruction de sa demande, le formulaire Cerfa de demande d'autorisation de travail rempli par la société Propr'E.T Services souhaitant l'embaucher, est, par suite, sans incidence sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 414-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.
7. En quatrième lieu, si le requérant, qui réside en France depuis plus de cinq ans à la date l'arrêté attaqué, soutient qu'il a tissé un réseau amical et affectif, il n'apporte aucun justificatif à l'appui de ces allégations. Par ailleurs, s'il soutient ne plus avoir de contact avec son épouse, dont il aurait divorcé, et ses deux enfants, qui résident au Mali, il ne produit aucune pièce de nature à justifier qu'il serait dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans - avant de s'installer en Italie à compter de 2014. Enfin, le requérant a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. Dans ces conditions, et alors même qu'il maîtrise le français et a travaillé en tant qu'agent de proprété en 2017 et 2018, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
8. En cinquième lieu M. B se prévaut d'une ancienneté de travail de près d'un an et demi en tant qu'agent d'entretien et d'une promesse d'embauche de la société Propr'E.T Services. Toutefois, ces éléments ne constituent pas, eu égard notamment à la nature de son expérience et de ses qualifications professionnelles, un motif exceptionnel de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté ;
10. En septième lieu, si le requérant soutient qu'il encourt des risques de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Mali où règne une insécurité importante, où sévissent des groupes terroristes et où sa famille est en conflit avec une autre famille, les pièces qu'il produit ne permettent pas d'établir qu'il serait personnellement exposé à des risques de tels traitements. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 513-2, devenu L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 avril 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et sur les frais d'instance :
12. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.
La rapporteure,
Hélène C
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026