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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202241

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202241

lundi 13 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202241
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP GIBIER FESTIVI RIVIERRE GUEPIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2022, M. B A, représenté par Me Gibier, demande au tribunal d'annuler les décisions du 24 janvier 2022 et du 11 mai 2022 par lesquelles le président du conseil départemental d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de permission de voirie destinée à la création et à l'aménagement d'un accès depuis sa parcelle à usage agricole cadastrée section A n° 585 à la route départementale n° 112-1.

Il soutient que le refus revient à créer une situation d'enclave, alors que l'accès à sa parcelle est un droit ainsi que le prévoient l'article 19-2 du règlement départemental de voirie et les articles R. 111-5 et R. 111-6 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2022, le conseil départemental d'Eure-et-Loir, représenté par Me Souchon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les champs de M. A ne sont pas enclavés dès lors que le requérant dispose d'un accès direct et suffisant à la parcelle n° 585 par la RD 112.1 en passant par d'autres parcelles dont il est également propriétaire ;

- la RD 112.1 dessert la parcelle cadastrée section AZ n° 35 qui mène directement à la parcelle n° 503 qui mène à son tour directement aux parcelles n° 586, 583 et 585 ;

- la parcelle cadastrée section AZ n° 35 n'est pas en indivision puisque M. A en est l'unique propriétaire ;

- une indivision n'est pas de nature à créer une enclave en application du principe " nemini res sua servit " et des dispositions des articles 637, 815-9 et 705 du code civil, la jurisprudence judiciaire refusant systématiquement toute servitude de passage demandée par un indivisaire sur un fonds indivis, la jugeant inutile par nature ;

- aucune voie d'accès n'existe entre la route RD 112.1 et la parcelle n° 585 ;

- la notice d'information annexée à l'acte de vente ne mentionne pas un accès direct entre la parcelle n° 585 et la RD 112.1 et l'extrait cadastral montre que la parcelle n° 585 est desservie par un chemin, lequel donne lui-même accès à la RD 112 ;

- M. A n'est pas fondé à se prévaloir de cette notice d'information dès lors que, prévue par aucun texte, elle n'est pas une décision administrative et ne crée pas de droit et n'offre aucune garantie ;

- l'accès demandé ne constituerait pour le requérant qu'une commodité personnelle afin d'éviter de contourner une parcelle voisine pour rejoindre l'une ou l'autre des extrémités sud de ses champs, qui ne saurait primer sur la sécurité des usagers de la route départementale, ni même sur la sécurité de l'intéressé garantie par les dispositions de l'article R. 111-6 alinéa 2 du code de l'urbanisme et celles de l'article 19-2 du règlement départemental de voierie d'Eure-Et-Loir ;

- son refus est motivé par des impératifs de sécurité routière prévus par les dispositions des articles R. 111.2 et R. 111.5 du code de l'urbanisme dès lors que la distance d'arrêt est supérieure à la distance de visibilité et ne permet donc pas d'éviter un impact en cas d'emprunt concomitant de cette portion routière entre le requérant et un autre usager ;

- la décision de refus est motivée tant en fait qu'en droit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agriculteur, est propriétaire des parcelles agricoles contiguës cadastrées section AZ n° 34 et n° 35, situées au lieudit " Les Pantoires " à Nogent-le-Rotrou (28400), des trois parcelles cadastrées section A n ° 583, n° 585 et n° 586, sises " Les Cours " à Trizay-Coutretot-Saint-Serge (28400), acquises le 11 mars 2001, ainsi que de la parcelle cadastrée section A n° 503. M. A a sollicité auprès du conseil départemental d'Eure-et-Loir la délivrance d'une permission de voirie pour l'aménagement d'un accès direct à la route départementale (RD) n° 112.1 depuis la parcelle cadastrée section A n° 585. Sa demande a fait l'objet d'une décision de rejet le 24 janvier 2022, confirmée à la suite d'un recours gracieux en date du 3 mars 2022 par décision du 11 mai 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur le cadre juridique :

2. En premier lieu, selon l'article L. 131-3 du code de la sécurité intérieure : " Le président du conseil départemental exerce les pouvoirs de police afférents à la gestion du domaine du département, notamment en ce qui concerne la circulation sur ce domaine, dans les conditions prévues à l'article L. 3221-4 du code général des collectivités territoriales ". Aux termes de l'article L. 3221-4 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil général gère le domaine du département. A ce titre, il exerce les pouvoirs de police afférents à cette gestion, notamment en ce qui concerne la circulation sur ce domaine, sous réserve des attributions dévolues aux maires par le présent code et au représentant de l'Etat dans le département ainsi que du pouvoir de substitution du représentant de l'Etat dans le département prévu à l'article L. 3221-5. ".

3. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 113-2 du code de la voirie routière : " En dehors des cas prévus aux articles L. 113-3 à L. 113-7 et de l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière, l'occupation du domaine public routier n'est autorisée que si elle a fait l'objet, soit d'une permission de voirie dans le cas où elle donne lieu à emprise, soit d'un permis de stationnement dans les autres cas. Ces autorisations sont délivrées à titre précaire et révocable ". Pour l'application de ces dispositions, l'emprise sur le domaine public routier consiste en une modification de l'assiette du domaine occupé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 682 du code civil : " Le propriétaire dont les fonds sont enclavés et qui n'a sur la voie publique aucune issue, ou qu'une issue insuffisante, soit pour l'exploitation agricole, industrielle ou commerciale de sa propriété, soit pour la réalisation d'opérations de construction ou de lotissement, est fondé à réclamer sur les fonds de ses voisins un passage suffisant pour assurer la desserte complète de ses fonds, à charge d'une indemnité proportionnée au dommage qu'il peut occasionner. ". Il ne résulte pas des dispositions précitées du code civil, invoquées par l'appelante, qu'existerait, pour les propriétaires privés, un droit inconditionnel d'accès à la voie publique ainsi qu'une interdiction pour les personnes publiques de procéder à la suppression d'un accès à une telle voie publique. Ces dispositions permettent seulement à un propriétaire privé, pour l'exercice de certaines activités, ou pour des opérations de construction, de réclamer un accès sur les fonds voisins.

5. En quatrième lieu, sauf dispositions législatives contraires, les riverains d'une voie publique ont le droit d'accéder librement à leur propriété, et notamment, d'entrer et de sortir des immeubles à pied ou avec un véhicule, sous réserve de motifs tirés de la conservation et de la protection du domaine public ou de la sécurité de la circulation sur la voie publique.

6. Dans le cas d'une voie départementale, le président du conseil départemental ne peut refuser d'accorder un tel accès, qui constitue un accessoire du droit de propriété, que pour des motifs tirés de la conservation et de la protection du domaine public ou de la sécurité de la circulation sur la voie publique.

7. Lorsque l'accès à la voie publique avec un véhicule est de nature à mettre en cause la sécurité de la circulation, le président du conseil départemental n'est pas tenu de permettre l'accès en modifiant l'emprise de la voie publique. Toutefois, il ne peut refuser un tel accès sans rechercher si un aménagement léger sur le domaine public, qui serait légalement possible, ne serait pas de nature à permettre de faire droit à la demande dans de bonnes conditions de sécurité. La réalisation et l'entretien de cet aménagement destiné à assurer la sécurité de la circulation sur la voie publique incombent au département, mais l'autorisation peut être subordonnée à la condition que le pétitionnaire accepte de prendre à sa charge tout ou partie du coût de la réalisation et de l'entretien de l'aménagement en cause, compte tenu de son utilité éventuelle pour des besoins généraux de la circulation sur la voie publique.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

8. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative: " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

9. M. A a sollicité une permission de voirie afin de pouvoir créer un accès à la RD n° 112-1 depuis la parcelle à usage agricole cadastrée section A n° 585 située sur le territoire de la commune de Trizay-Coutretot-Saint-Serge. Il ressort des pièces du dossier que le président du conseil départemental d'Eure-et-Loir a par deux décisions des 24 janvier et 11 mai 2022 refusé de faire droit à sa demande de sortie à l'endroit proposé pour un motif de sécurité publique en raison de l'absence suffisante de visibilité pour les usagers de la voie et de l'absence de situation d'enclave dès lors que les parcelles cadastrées section A n° 583, n° 585 et n° 586 dont il est propriétaire débouchent sur une voie communale en passant par les parcelle cadastrée section A n° 503 dont il est également propriétaire.

10. En premier lieu, M. A ne conteste nullement le motif de refus opposé par le président du conseil départemental tiré du risque d'atteinte à la sécurité des usagers de cette route départementale RD n° 112.1, laquelle est, au droit de la parcelle dont s'agit, large de 3,60 mètres et est bordée de talus boisés, dès lors que l'accès dont la création est envisagée est situé à 30 mètres au sortir d'un virage n'offrant pour les automobilistes qu'une visibilité égale à cette distance alors que sur cette portion de voie dont la vitesse est limitée à 90 km/h, la distance estimée de freinage est de 81 mètres. Un tel motif justifie à lui seul la décision querellée.

11. En deuxième lieu, M. A ne saurait utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 111-5 et R. 111-6 du code de l'urbanisme, ce dernier prévoyant que " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable peut imposer la réalisation de voies privées ou de tous autres aménagements particuliers nécessaires au respect des conditions de sécurité mentionnées au deuxième alinéa de l'article R. 111-5./ Le nombre des accès sur les voies publiques peut être limité dans l'intérêt de la sécurité. En particulier, lorsque le terrain est desservi par plusieurs voies, le projet peut n'être autorisé que sous réserve que l'accès soit établi sur la voie où la gêne pour la circulation sera la moindre ", dès lors que le présent litige ne porte pas sur la contestation d'un permis ou d'une décision prise à la suite du dépôt d'une déclaration préalable. Un tel moyen entaché d'inopérance ne peut, par suite, qu'être écarté.

12. En troisième lieu, M. A se prévaut uniquement de la situation d'enclave qui résulterait pour lui du refus contesté. Toutefois, dès lors qu'il résulte du principe de l'inaliénabilité des biens du domaine public que ceux-ci ne peuvent être grevés de servitudes légales de droit privé, et notamment d'un droit de passage en cas d'enclave, un tel moyen est également inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

13. La requête de M. A doit, par suite, être rejetée sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 222-1, 7° du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au conseil départemental d'Eure-et-Loir.

Fait à Orléans, le 13 janvier 2025.

Le président de la 5e Chambre

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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