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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202378

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202378

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Cariou, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et dans cette attente, de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même condition d'astreinte un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait comme en droit ;

- le préfet n'a pas pris en considération l'ensemble des éléments portés à sa connaissance dans le cadre de sa demande de titre de séjour et a omis de faire référence à la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation, méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de son fils tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard aux risques qu'elle encourt dans son pays d'origine ;

- il n'existe aucune perspective raisonnable d'exécution de la mesure lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 2 janvier 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 12 décembre 1980, est, selon ses déclarations, entrée de manière irrégulière sur le territoire français le 21 août 2019. Le 27 août suivant, elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 11 décembre 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 mars 2021. Elle a alors fait l'objet d'un arrêté du préfet de Loir-et-Cher en date du 21 septembre 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Saisi d'une requête en annulation contre cet arrêté, le président du tribunal administratif d'Orléans, par un jugement du 9 décembre 2021, a, d'une part, annulé cet arrêté au motif que le préfet de Loir-et-Cher avait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme B en omettant d'examiner la demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée par l'intéressée le 10 mai 2021 et d'autre part, enjoint au préfet de procéder au réexamen de la situation personnelle de Mme B dans un délai de deux mois. Mme B a alors complété son dossier de titre de séjour le 26 janvier 2022. Par l'arrêté attaqué du 26 avril 2022, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté la demande de titre de séjour de Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, notamment les articles L. 423-23, L. 435-1et L. 611-1 (3°) de ce code, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la convention internationale des droits de l'enfant. Il précise en outre les considérations de fait propres à la situation de la requérante, et notamment sa situation familiale, sur lesquelles le préfet - qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée ni d'énumérer l'ensemble des pièces produites à l'appui de la demande de titre de séjour - s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français. S'il ne vise pas la circulaire NOR INTK1229185C du 28 novembre 2012, cette circonstance est sans incidence dès lors que cette circulaire est sans portée normative. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas pris en compte l'ensemble des éléments portés à sa connaissance par la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la demande de titre de séjour manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'était présente sur le territoire français que depuis un peu moins de deux ans et huit mois à la date de l'arrêté attaqué. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 mars 2021. Se déclarant séparée de son conjoint, elle est mère de trois enfants dont le dernier, né en 2013, l'a accompagné en France où il est dorénavant scolarisé à l'école élémentaire publique Tourville de Blois. Si elle atteste que la scolarité de son fils se passe bien, elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir que cette scolarité ne pourrait pas se poursuivre dans son pays d'origine. Nonobstant ses efforts d'intégration linguistique et sociale, en particulier par les nombreuses activités bénévoles auxquelles elle participe, elle n'établit pas avoir noué des liens personnels et sociaux particulièrement anciens, stables et intenses sur le territoire français. Par ailleurs, elle n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans et où résident sa fille née en 1996 ainsi que son fils né en 1999. Dans ces conditions, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent. Il n'a pas plus entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'il a portée sur les conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de la requérante.

7. En quatrième lieu, si la requérante entend se prévaloir de sa participation à des activités d'économie solidaire au sens de l'article 2.2.3 de la circulaire du 28 novembre 2012, ainsi qu'il a déjà été dit au point 3 du présent jugement, cette circulaire n'a pas de portée normative.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". La situation personnelle de Mme B telle que rappelée au point 6, notamment en ce qui concerne la scolarité de son fils, ne caractérise pas l'existence de motifs exceptionnels ni de considérations humanitaires au sens de ces dispositions. Par suite le préfet de Loir-et-Cher n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser la situation de la requérante sur le fondement des dispositions précitées.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

10. Mme B fait valoir que la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet est de nature à préjudicier à l'intérêt supérieur de son fils, dont la situation est indissociable de la sienne, dès lors que celui-ci se verrait contraint d'abandonner sa scolarité et qu'il perdrait tous les repères qu'il s'est construits en France depuis l'âge de six ans. Toutefois elle n'apporte aucun élément de nature à établir que son fils ne pourrait pas poursuivre une scolarité normale dans leur pays d'origine où son fils a, par ailleurs, vécu jusqu'en 2019 et où elle ne conteste pas ne pas être dépourvue de toute attache familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué à compter du 1er mai 2021 aux dispositions de l'article L. 513-2 du même code invoquées par la requérante : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

12. Si Mme B entend se prévaloir des dispositions et stipulations citées au point précédent, elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir qu'elle-même ou son fils serait personnellement exposé à des risques en cas de retour dans leur pays d'origine alors qu'au demeurant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont refusé de lui reconnaître la qualité de réfugié. Par suite, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Loir-et-Cher aurait omis de vérifier que la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations et dispositions citées au point précédent, le moyen tiré des risques encourus en cas de retour en République démocratique du Congo doit être écarté. Par ailleurs, les circonstances que le pays d'origine de la requérante soit régulièrement confronté à des épidémies de maladie à virus Ebola, que le virus du covid-19 y circulerait toujours et que ce pays présenterait une instabilité politique certaine ne permettent pas à elles seules de considérer que le préfet de Loir-et-Cher aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante en prévoyant que Mme B pourra être éloignée à destination de la République démocratique du Congo accompagnée de son fils.

13. En dernier lieu, la circonstance que l'obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine ne pourrait être exécutée en raison de la crise sanitaire liée à la pandémie de covid-19 et à l'insécurité qui y règne est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de cette décision.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B à fin d'annulation de l'arrêté du 26 avril 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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