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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202382

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202382

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantDA SILVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Achille Da Silva, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 de la préfète du Loiret rejetant sa demande d'admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le Nigéria comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du délai d'un mois ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du

19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 10 septembre 1977, a été interpellé le 28 juin 2022 par les services de la police aux frontières d'Orléans. Il a déclaré être entré en France le 2 mars 2018 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 31 juillet 2018, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée le 3 octobre 2018 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 17 mai 2019 par la cour nationale du droit d'asile. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire prise le 2 mars 2020 par la préfète du Loiret à laquelle il n'a pas déféré. Le 24 février 2021, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 28 juin 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Nigéria.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande

d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable. En outre, les dispositions précitées laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Le requérant soutient que la préfète du Loiret a méconnu ces dispositions et stipulations en faisant valoir que l'homosexualité est fortement réprimée au Nigéria et peut être punie de peines de prison allant jusqu'à quatorze ans en vertu d'une loi de mai 2014, qu'il n'y a aucune protection légale contre la discrimination, que le mariage homosexuel est interdit par une loi du 8 janvier 2007, qu'une loi du 20 janvier 2009 punit de prison la participation à un mariage de personnes de même sexe et interdit toute association ou manifestation homosexuelle, qu'il fait l'objet d'insultes homophobes et de harcèlement de la part de ses camarades et des membres de sa famille et qu'il ne peut vivre pleinement son homosexualité compte tenu de son environnement familial et géographique, qu'il risque d'être exposé à des violences et à des discriminations émanant tant de la société nigériane que d'agents travaillant pour des institutions gouvernementales et qu'il a été licencié de son travail en raison de son orientation sexuelle. Il fait également valoir qu'il est sur le territoire français depuis quatre ans, qu'il a noué des relations privées et professionnelles dans ce pays, que le fait d'être célibataire ne saurait empêcher un étranger d'obtenir un titre de séjour. Toutefois, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations de nature à établir qu'il ferait l'objet de discriminations dans son pays d'origine tant de la part de sa famille que des autorités gouvernementales en raison de son homosexualité et qu'il courrait des risques en cas de retour dans son pays. D'ailleurs, la cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours, fondé sur les motifs précités, par une décision n° 18057593 du 17 mai 2019. En outre, il est entré récemment en France. Il est célibataire et sans personne à charge. Il n'établit pas avoir des liens privés et professionnels stables et continus en France. Ainsi, il ne peut ainsi être regardé comme justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels permettant de lui délivrer une carte de séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la préfète n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions. En outre, l'arrêté attaqué ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il suit de là que la préfète du Loiret n'a pas méconnu les dispositions de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel B

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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