vendredi 2 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202412 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2022, Mme B A, représentée par la SCP d'avocats Cariou-Lévêque, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher d'examiner à nouveau sa demande et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; de dire que dans l'attente un récépissé avec autorisation de travail devra lui être délivré dans les huit jours du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 2 000 euros à verser à son conseil.
Mme A soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé tant en fait qu'en droit, dès lors qu'il n'est pas fondé sur sa situation individuelle ; les dispositions de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 et celles des articles L. 211-2 à L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ont ainsi été méconnues ;
- le préfet de Loir-et-Cher n'a pas tenu compte de l'ensemble des éléments qu'elle avait portés à sa connaissance ;
- le préfet, qui aurait dû examiner sa situation au regard de la circulaire NOR N°INTK1229185C du 28 novembre 2012, a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a en outre commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle encourt des risques en cas de retour en Arménie ; en outre un tel retour, en mettant fin au protocole de fécondation in vitro engagé par son couple auprès du centre hospitalier régional universitaire de Tours, compromettra définitivement leur seule chance de devenir parents.
Par un mémoire enregistré le 2 septembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Dorlencourt.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante arménienne née le 21 février 1985, est entrée sur le territoire français le 7 décembre 2017, selon ses déclarations. Après le rejet définitif de sa demande d'asile, le 3 juillet 2019, elle a présenté une première demande d'admission exceptionnelle au séjour qui a été rejetée. Par un arrêté du 17 octobre 2019, elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui a été annulée par un jugement du 16 janvier 2020 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans. Le 17 février 2020, elle a fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. S'étant maintenue sur le territoire français, elle a présenté le 29 novembre 2021 une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté du 4 avril 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, notamment les articles L. 423-23, L. 431-5 et L. 611-1 (3°) de ce code, indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation de la requérante sur lesquelles le préfet - qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée ni d'énumérer l'ensemble des pièces produites à l'appui de la demande de titre de séjour - s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Loir-et-Cher n'aurait pas pris en compte l'ensemble des éléments portés à sa connaissance par Mme A.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".
6. Si Mme A vit en France avec son conjoint depuis plus de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, cette durée de séjour résulte, outre de la présentation d'une demande d'asile que la Cour nationale du droit d'asile n'a pas jugée fondée, de ce que l'intéressée n'a pas déféré à la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet au mois de février 2020. L'époux de la requérante fait également l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et rien ne fait obstacle à ce que leur vie commune se poursuive hors de France, et notamment dans leur pays d'origine où Mme A a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. A cet égard, d'une part, si la requérante fait valoir que " le rejet de [sa] demande d'asile ne signifie pas pour autant qu'elle peut retourner sans risque en Arménie ", elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait personnellement exposée à des risques en cas de retour dans son pays d'origine, d'autre part, si elle fait état du protocole de fécondation in vitro engagé par elle et son conjoint, la seule production d'un consentement à l'assistance médicale à la procréation signé par le couple le 13 août 2019 ne suffit pas à établir qu'un protocole de fécondation in vitro, à le supposer déjà engagé, ne pourrait pas être poursuivi en Arménie. Dans ces conditions, nonobstant les efforts d'intégration linguistique et sociale de la requérante et de son conjoint, en particulier les nombreuses activités bénévoles auxquelles Mme A participe, ainsi que la perspective d'embauche en qualité de maçon dont M. A bénéficie, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, et n'a par suite pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point précédent. Il n'a pas plus entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'il a portée sur les conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de Mme A.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". La situation personnelle de Mme A, telle que rappelée au point précédent, notamment en ce qui concerne ses activités de bénévolat, ne caractérise pas l'existence de motifs exceptionnels ni de considérations humanitaires au sens de ces dispositions. Par suite le préfet de Loir-et-Cher n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser la situation de la requérante sur le fondement des dispositions précitées. Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions, dépourvues de valeur réglementaires, de la circulaire NOR N°INTK1229185C du 28 novembre 2012 - alors au demeurant que les activités bénévoles exercées par la requérante auprès de diverses associations et notamment du Secours Catholique ne relèvent pas de la participation " aux activités d'économie solidaire portées par un organisme agréé au niveau national par l'Etat et régi par les dispositions de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles " visée par le b) du point 2.2.3. de cette circulaire.
8. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6 ci-dessus, Mme A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait personnellement exposée à des risques en cas de retour dans son pays d'origine et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un protocole de fécondation in vitro, à le supposer déjà engagé, ne pourrait pas être poursuivi en Arménie. Par suite, le moyen tiré du " risque encouru en cas de retour en Arménie " doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 avril 2022 attaqué doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au profit du conseil de Mme A en application de ces dispositions et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Hélène LE TOULLEC
Le président-rapporteur,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026