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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202491

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202491

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2022 et des mémoires, enregistrés le 9 septembre 2022, le 16 septembre 2022 et le 24 mai 2023, M. B A, représenté par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la préfète d'Indre-et-Loire du 5 juillet 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de soixante-douze heures suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve du renoncement de ce dernier à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté n'est pas motivé ;

- la décision portant refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait le droit protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le mémoire en défense présenté par la préfète est irrecevable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Viéville a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, a déclaré être entré en France irrégulièrement le 5 mars 2019. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 18 mars 2020 et il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 4 juin 2020.

Le 2 décembre 2021, il a formulé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du

5 juillet 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a rejeté la demande de titre de séjour formulée par M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. C'est l'arrêté attaqué.

Sur la recevabilité des écritures produites en défense par la préfète :

2. M. A fait valoir que les écritures produites en défense par la préfète ont été rédigées par un stagiaire ne disposant d'aucune autorisation pour rédiger en lieu et place d'un fonctionnaire titulaire. Il ajoute que le directeur de cabinet de la préfète, signataire du mémoire, ne disposait pas d'une délégation de signature. Le mémoire présenté pour la préfète d'Indre-et-Loire a été signée par M. C D, son directeur de cabinet, lequel bénéficiait en vertu d'un arrêté du 21 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, d'une délégation de signature aux fins, notamment, de signer toutes correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département en l'absence de

Mme Nadia Seghier, secrétaire générale de la préfecture d'Indre-et-Loire. Par suite,

M. D était régulièrement habilité à signer le mémoire en défense enregistré au greffe du tribunal, le 26 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Le requérant soutient, en premier lieu, que l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé. Cet arrêté comporte, cependant, les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Ainsi, il vise les dispositions dont la préfète a entendu faire application, mentionne les conditions d'entrée et de séjour du requérant sur le territoire français, le titre sollicité et les raisons pour lesquelles il ne peut être fait droit à la demande. L'arrêté précise encore les raisons pour lesquelles la mesure prononcée ne porte pas atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant et la raison pour laquelle il lui est accordé un délai de trente jours pour exécuter la mesure d'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué n'est pas motivé au regard des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article

L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : ()4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

5. En l'espèce, si le requérant soutient que la procédure de saisine de la commission du titre de séjour n'a pas été respecté, il est constant que M. A réside sur le territoire français depuis une durée inférieure à dix ans. Le moyen est, par suite, écarté.

6. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il a adressé un contrat à durée indéterminée et non une simple promesse d'embauche comme mentionné dans la décision attaquée. Cependant, si le requérant produit à l'instance un contrat de travail à durée indéterminée signé le 3 janvier 2022 en qualité d'agent d'entretien avec la société AZC services, il est constant que dans sa demande de titre de séjour déposée le 2 décembre 2021, le requérant n'a mentionné qu'une promesse d'embauche proposée par cette même entreprise. Dans ces conditions, alors qu'il appartenait au requérant d'adresser le contrat signé avec l'entreprise AZC Services pour compléter sa demande de régularisation, la préfète ne peut être regardée comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 précitées en refusant la régularisation pour motifs exceptionnels. En tout état de cause, la circonstance que le requérant dispose d'un contrat à durée indéterminée à la date de la décision attaquée pour un emploi d'agent de services ne saurait constituer une circonstance exceptionnelle au sens des dispositions précitées.

7. En quatrième lieu, dès lors que les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour sont écartés, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.

8. En dernier lieu, le requérant, pour établir la violation de son droit au respect de la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme fait valoir qu'il vit depuis trois ans avec une compatriote titulaire d'une carte de résident. Cependant, le requérant n'établit pas l'ancienneté de la relation qu'il dit entretenir avec cette compatriote alors qu'il a déclaré être célibataire dans sa demande de titre de séjour déposée en décembre 2021. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas que son épouse et ses quatre enfants mineurs résident dans son pays d'origine. Le moyen est dès lors écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 juillet 2022 de la préfète d'Indre-et-Loire doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

10. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. A. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

Sébastien VIEVILLE

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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