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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202561

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202561

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202561
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Menzel, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité dont la compétence n'est pas démontrée ;

- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux de la part de la préfète ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifiait de motifs exceptionnels pour être admis au séjour et que sa situation aurait dû être appréciée à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 28 novembre 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 1er octobre 1992, est entré de manière irrégulière sur le territoire français le 9 octobre 2020. Interpellé le 30 juin 2022, il s'est vu notifier le jour même l'arrêté attaqué par lequel la préfète du Loiret lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F H, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Loiret, qui bénéficiait, en vertu de l'article 3 de l'arrêté du 14 avril 2022 de la préfète du Loiret, Mme D E, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, d'une délégation à l'effet de signer, " en cas d'absence ou d'empêchement concomitant de M. Benoît Lemaire, secrétaire général, de M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint, et de M. C G, directeur de cabinet ", notamment " les obligations de quitter le territoire français sans refus de séjour et les décisions accessoires les accompagnant " et " les décisions précisant le pays de renvoi ". Il n'est pas établi ni même allégué que le secrétaire général, le secrétaire général adjoint et le directeur de cabinet n'auraient pas été absents ou empêchés concomitamment. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué, qui vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la préfète du Loiret a fait application, notamment les articles L. 611-1 (1°) et L. 721-3 de ce code, indique de manière précise les considérations de fait propres à la situation du requérant, notamment s'agissant de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, sur lesquelles la préfète - qui n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé - s'est fondée pour lui faire obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas pris en compte l'ensemble des éléments portés à sa connaissance par M. B.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors que la préfète n'a pas examiné d'office la situation du requérant sur le fondement de ces dispositions, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article est inopérant et doit être écarté.

7. En cinquième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 28 novembre 2012 qui sont dépourvus de caractère réglementaire.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne vit en France que depuis à peine un an et neuf mois à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, célibataire et sans charge de famille, il n'établit pas avoir noué sur le territoire français des liens particulièrement anciens, stables et intenses alors qu'il n'a quitté son pays d'origine qu'à l'âge de vingt-huit ans et qu'il a reconnu, dans le cadre de son interrogatoire par les services de police, que sa famille y réside. Dans les circonstances de l'espèce, en prenant l'arrêté attaqué, la préfète du Loiret n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels cet acte a été pris. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'emporte sa décision sur la situation du requérant.

10. En septième lieu, dès lors que l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

F METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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