Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202582

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMORABITO

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. B, qui contestait l'arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 3 mars 2022 lui ordonnant de se dessaisir de toutes ses armes. Le tribunal a jugé que le préfet était en situation de compétence liée, car le bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. B mentionnait une condamnation pour violences conjugales, ce qui l'interdisait de détenir des armes en application de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. La décision de restitution des armes par le tribunal correctionnel était sans incidence sur cette obligation administrative. L'erreur de référence à l'article 222-7 au lieu de l'article 222-13 du code pénal a été considérée comme une simple erreur de plume.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Morabito, avocat, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession dans un délai d'un mois à compter de la notification de cet arrêté.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est illégal en ce qu'il méconnaît le jugement rendu par le tribunal correctionnel de Blois du 23 avril 2021 par lequel celui-ci a ordonné la restitution de l'intégralité des armes saisies lors de la perquisition qui a eu lieu dans le cadre de la flagrance ;

- cet arrêté, qui est fondé à tort sur l'article 222-7 du code de la sécurité intérieure, est entaché d'une erreur de droit.

Par un mémoire enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés sont inopérants dès lors qu'il se trouvait en situation de compétence liée du fait des mentions figurant sur le bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Toullec,

- les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Morabito, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 octobre 2020, M. B a déclaré auprès des services préfectoraux l'acquisition d'un fusil de marque Franchi. Dans le cadre de l'instruction de sa déclaration, au vu des mentions figurant sur le bulletin n° 2 de son casier judiciaire, le préfet de Loir-et-Cher, par un arrêté du 3 mars 2022, lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes en sa possession. M. B, qui a présenté un recours hiérarchique le 21 avril 2022 qui a été implicitement rejeté, demande l'annulation de l'arrêté du 3 mars 2022.

2. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : / 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () / - violences volontaires prévues aux articles 222-7 et suivants du [code pénal] () ". Aux termes de l'article 222-13 du code pénal : " Les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou n'ayant entraîné aucune incapacité de travail sont punies de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende lorsqu'elles sont commises : () / 6° Par le conjoint ou le concubin de la victime ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité () ". Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " () le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () / 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire () ".

3. Il résulte des dispositions rappelées au point précédent que lorsque le préfet constate qu'une personne détient une arme de catégorie A, B ou C alors qu'une mention figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire le lui interdit, il doit ordonner à l'intéressé de se dessaisir de ses armes, sans avoir à porter une appréciation sur les faits de l'espèce.

4. Il ressort de l'arrêté contesté du 3 mars 2022 que le préfet de Loir-et-Cher, pour ordonner à M. B de se dessaisir de toutes les armes en sa possession, s'est fondé sur l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure en retenant que le bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé comportait une condamnation mentionnée à l'article précité. Il ressort des pièces du dossier que le tribunal correctionnel de Blois a prononcé à l'encontre du requérant, le 23 avril 2021, une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant conjoint commis le 10 avril 2020. Dans ces conditions, le préfet était tenu, en application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 312-3, et des articles L. 312-16 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure de prendre à l'encontre de M. B une mesure de dessaisissement de ses armes, alors même que le jugement du tribunal correctionnel de Blois du 23 avril 2021 a ordonné la restitution à l'intéressé de l'intégralité des armes saisies lors de la perquisition qui avait eu lieu dans le cadre de la flagrance. Enfin, la circonstance que le préfet mentionne, dans son arrêté, que les faits pour lesquels le requérant a été condamné sont " prévus aux articles 222-7 du code pénal ", et non à l'article 222-13 du code pénal ou aux articles 222-7 et suivants de ce code, ne constitue qu'une simple erreur de plume.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 mars 2022 du préfet de Loir-et-Cher doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.