jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202601 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | KOBO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2022, M. A C représenté par Me Kobo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mai 2022 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté sa demande de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son enfant mineur dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision rejetant le regroupement familial est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce que la préfète du Loiret soutient que l'acte de naissance dressé en transcription du jugement et les copies dudit acte de naissance seraient entachées d'anomalies remettant en cause leur valeur probante et par suite le lien de filiation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Pajot, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C ressortissant d'origine centrafricaine, né le 15 mai 1978 à Bimbo (République Centrafricaine) est entré sur le territoire français le 9 mars 2014. Il est détenteur d'une carte de résident valide jusqu'au 16 mars 2025 et a formulé une demande de bénéfice du regroupement familial, le 23 octobre 2020, en faveur de son enfant mineure B D C née le 29 août 2006 à Bimbo et résidant en Centrafrique. Par une décision datée du 25 mai 2022, la préfète du Loiret a rejeté sa demande de regroupement familial. M. C demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfète du Loiret du même jour, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général, aux fins de signer " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il fait ainsi état de l'ensemble des anomalies ayant conduit la préfète du Loiret à dénier tout force probante aux actes d'état civil versés aux débats et les éléments pertinents relatifs à la situation familiale du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 811-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Ainsi, l'article 47 du Code civil énonce que : " tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ".
5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
6. M. C soutient que, contrairement à ce qu'indique la décision de la préfète du Loiret, la circonstance que le jugement de reconstitution de l'acte de naissance du 11 février 2019 a été rendu plusieurs années après la naissance de l'intéressée est inhérente à ce type d'acte. En outre, son pays traversé par des conflits armés, a été confronté à un phénomène de destructions des archives des documents administratifs, phénomène présent dans tout le pays et particulièrement dans la capitale et dans les préfectures environnantes. Ces destructions de documents ont contraint les officiers d'états civils municipaux à délivrer des actes de naissances à partir des jugements de reconstitution d'acte de naissance. Il ajoute que l'acte d'état civil reconstitué porte un numéro et le nom de " B " et que, par conséquent, les griefs de la préfecture relatifs l'acte de naissance délivré ne sont pas de nature à établir l'existence d'une fraude. Toutefois, il ressort de deux rapports d'analyse établis le 16 décembre 2021 par la Direction interdépartementale de la police aux frontières d'Orléans, lors de l'examen du jugement supplétif de reconstitution de l'acte de naissance et de l'acte de naissance, que ces documents ne répondent pas aux caractéristiques de documents authentiques. En effet, les documents présentent la même anomalie, les timbres humides contiennent de nombreuses fautes. Ainsi le " E " de " LE " est remplacé par un " L ", il n'y a pas d'espace entre " grand " et " instance ", le " D " de " DE " et les étoiles sont mal définis. De même, le numéro de l'acte de naissance a été rectifié et ne comporte pas l'heure de naissance. Par suite, en l'état des éléments figurant alors au dossier, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en soutenant que l'acte de naissance dressé en transcription du jugement et les copies de ledit acte de naissance seraient entachées d'anomalies remettant en cause leur valeur probante et par suite le lien de filiation. Le moyen sera dès lors écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes, de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. En l'espèce, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir la réalité, l'ancienneté et l'intensité des relations que B entretiendrait avec sa famille en France. Il ressort des pièces du dossier que B, âgée de 15 ans à la date de la décision attaquée, a toujours vécu en République Centrafricaine et ne dispose d'aucune attache familiale en France. En outre, M. C n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de lui rendre visite. Par suite, la décision attaquée n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ni méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la préfète du Loiret du 25 mai 2022 présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
M. Nehring, conseiller,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
La présidente,
Anne-Laure DELAMARRELa greffière
Martine DESSOLAS
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026