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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202634

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202634

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, des mémoires et des pièces enregistrés le 11 octobre 2022 et le 21 octobre 2022 ainsi qu'un mémoire déposé le 15 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Mamet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 juillet 2022 par laquelle la commission de l'académie d'Orléans-Tours a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille de sa fille A, née le 19 novembre 2012, au titre de l'année scolaire 2022-2023;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie d'Orléans-Tours de délivrer l'autorisation d'instruire en famille A au titre de l'année scolaire 2022-2023, dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser directement à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation dès lors qu'elle se limite à indiquer que le projet présenté par la requérante n'établissait pas l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif et n'indique pas pourquoi le projet pédagogique ne serait pas conforme aux dispositions de l'article R. 131-11-5 du code de l'éducation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le projet pédagogique comprend d'autres ressources que celles citées dans la décision ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car si l'article L. 131-5 du code de l'éducation suppose une situation propre à l'enfant, l'administration doit simplement contrôler le sérieux et l'adaptation du projet sans porter d'appréciation sur la situation propre de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation car la famille établit l'existence d'une situation propre à A et le projet pédagogique comprend l'ensemble des éléments exigés par l'article R. 131-11-5 du code de l'éducation, il est construit, sérieux, illustré, et en adéquation avec le niveau scolaire de A, et se réfère à celui de son frère, Mattéo, pour lequel le contrôle pédagogique a été très positif.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2023, le recteur de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près la cour administrative d'appel de Versailles en date du 19 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mamet, représentant Mme B, et de Mme E, représentant le recteur de l'académie d'Orléans-Tours.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B est la mère de la jeune A, née le 19 novembre 2012. Par un courrier reçu le 11 mai 2022, elle a présenté une demande d'autorisation d'instruction dans la famille pour l'année scolaire 2022-2023. Par une décision du 31 mai 2022, le directeur académique des services de l'éducation nationale d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande. Elle a formé un recours administratif préalable contre cette décision auprès de la rectrice d'académie, le 30 juin 2022. Ce recours administratif préalable obligatoire a été rejeté par une décision de la commission académique le 19 juillet 2022, dont elle demande l'annulation.

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 131-11-11 du code de l'éducation :" La commission est présidée par le recteur d'académie ou son représentant. / Elle comprend en outre quatre membres : /1° Un inspecteur de l'éducation nationale ; / 2° Un inspecteur d'académie-inspecteur pédagogique régional ; / 3° Un médecin de l'éducation nationale ; / 4° Un conseiller technique de service social. / Ces membres sont nommés pour deux ans par le recteur d'académie. /Des membres suppléants sont nommés dans les mêmes conditions que les membres titulaires. "

3. La décision attaquée du 19 juillet 2022 a été signée par M. D, en qualité de président de la commission académique. Celui-ci a été nommé dans l'emploi de secrétaire général de l'académie d'Orléans-Tours par arrêté du 21 décembre 2021 et bénéficiait, à la date de la décision, d'une délégation de signature de la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours du 10 janvier 2022, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Centre Val-de-Loire le lendemain, à l'effet de signer " tous arrêtés, actes, décisions et correspondances dans la limite des compétences attribuées au recteur de l'académie ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit, dès lors, être rejeté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 7° Refusent une autorisation () ". En application de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. En l'espèce, la décision du 19 juillet 2022, par laquelle la commission de l'académie d'Orléans-Tours a rejeté le recours administratif préalable formé par la requérante, mentionne les textes dont il est fait application ainsi que les éléments de faits sur lesquels son auteur a entendu se fonder. Elle relève notamment que les éléments constitutifs de la demande d'autorisation d'instruction dans la famille n'établissent pas l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif et que le projet éducatif n'est pas adapté à la situation propre de l'enfant. Par ailleurs, il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que la commission aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la demande qui lui était soumise. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code de l'éducation, dans sa version applicable au litige : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. (.) / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap ; / 2° La pratique d'activités sportives ou artistiques intensives ; / 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public ; / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () / La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret ". Enfin, aux termes de l'article R. 131-11-5 du même code : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, elle comprend : / 1° Une présentation écrite du projet éducatif comportant les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant, à savoir notamment : / a) Une description de la démarche et des méthodes pédagogiques mises en œuvre pour permettre à l'enfant d'acquérir les connaissances et les compétences dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ; / b) Les ressources et supports éducatifs utilisés ; / c) L'organisation du temps de l'enfant (rythme et durée des activités) ; / d) Le cas échéant, l'identité de tout organisme d'enseignement à distance participant aux apprentissages de l'enfant et une description de la teneur de sa contribution ; / 2° Toutes pièces utiles justifiant de la disponibilité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant ; / 3° Une copie du diplôme du baccalauréat ou de son équivalent de la personne chargée d'instruire l'enfant. Le directeur académique des services de l'éducation nationale peut autoriser une personne pourvue d'un titre ou diplôme étranger à assurer l'instruction dans la famille, si ce titre ou diplôme étranger est comparable à un diplôme de niveau 4 du cadre national des certifications professionnelles ; / 4° Une déclaration sur l'honneur de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ".

7. Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.

8. En ce qui concerne plus particulièrement les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoyant la délivrance par l'administration, à titre dérogatoire, d'une autorisation pour dispenser l'instruction dans la famille en raison de " l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ", ces dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.

9. Si la requérante soutient que la situation propre à l'enfant mentionnée à cet article peut résulter, notamment, et dans son intérêt, de la pédagogie mise en place et s'entend donc comme le fait de proposer un projet sérieux comportant l'essentiel de l'enseignement adapté à l'enfant sans aucune autre exigence ou considération à prendre en compte, la seule réalité du projet sérieux et son adaptation à l'enfant qui en est l'objet permettant de remplir la condition posée par le 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, il résulte de ce qui précède que l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant un projet d'instruction dans la famille est au nombre des éléments que l'autorité administrative doit contrôler avant de se prononcer sur une demande d'autorisation d'instruction en famille fondée sur un tel motif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En quatrième lieu, si la requérante fait valoir que la jeune A développe une maladie de la peau, le molluscum contagiosum, lorsqu'elle se trouve en milieu scolaire uniquement, qu'elle manifeste également une appréhension et des angoisses, et qu'elle est sujette à des maux de tête, de ventre et des rongements d'ongles, ces seuls éléments, quand bien même ils sont corroborés par un certificat médical rédigé par un médecin généraliste, le 29 juin 2022, ne suffisent pas à caractériser l'existence d'une situation propre à cette enfant au sens des dispositions précitées. De même, si la requérante soutient qu'elle dispense une instruction à domicile au profit du frère aîné de A, Mattéo, né le 19 aout 2011, et produit le contrôle réalisé par l'inspection académique le 12 novembre 2021 dont les conclusions lui sont favorables, cette circonstance n'est pas davantage de nature à caractériser l'existence d'une telle situation s'agissant de A. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

11. Dans ces conditions, la commission pouvait, pour ce seul motif tiré de l'absence de situation propre, rejeter la demande. Dés lors, la circonstance, à la supposer établie, que Mme B ait formulé un projet éducatif sérieux et en adéquation avec le niveau scolaire de sa fille est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

12. En dernier lieu, si le principe d'égalité devant la loi ou devant le service public et le principe de non-discrimination imposent, en règle générale, de traiter de la même façon des personnes qui se trouvent dans la même situation, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la requérante, aurait été identique à celle des familles ayant obtenu des autorisations d'instruction dans la famille sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle présente au titre au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera transmise pour information au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

M. Joos, premier conseiller,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

L'assesseur le plus ancien,

Emmanuel JOOS

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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