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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202667

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202667

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVERNEREY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2022 et le 17 novembre 2022, M. B et Mme A, représentés par Me Vernerey, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le maire de Saint Lubin de la Haye a délivré un permis de construire modificatif à la SCEA CERES pour la construction de bâtiments agricoles ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint Lubin de la Haye la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté est illégal au regard de la désignation des parcelles cadastrées visées par le projet et en ce qu'il vise un plan local d'urbanisme non entré en vigueur ;

- le pétitionnaire ne justifie pas de sa qualité pour déposer la demande de permis de construire ;

- le dossier de demande de permis de construire modificatif est incomplet ;

- l'arrêté est illégal en ce qu'il autorise un changement de destination des bâtiments interdit par le règlement du plan local d'urbanisme de la commune et méconnaît les dispositions de l'article R. 151-35 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté est illégal du fait de l'illégalité du plan local d'urbanisme de la commune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, la commune de Saint Lubin de la Haye conclut au rejet de la requête et ce à qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 4 novembre 2022, la SCEA CERES et le groupement foncier agricole de la Moulinière, représentés par la SCP Derriennic Associés, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est irrecevable en ce que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- et les conclusions de Mme Best de Gand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 décembre 2020, le maire de Saint-Lubin-de-la-Haye (Eure-et-Loir) a délivré un permis de construire à la SCEA Ceres portant sur la construction de deux bâtiments agricoles pour une surface plancher créée de 2 066,79 m². Par un arrêté du 3 juin 2022, le maire de la commune a délivré un permis de construire modificatif à la SCEA Ceres portant sur la modification de l'implantation de l'atelier, la création d'une réserve incendie, les modifications de l'emplacement de parking, de la position du portail d'entrée, pour une surface de plancher créée de 44 m².

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. A la date d'affichage en mairie de la demande de permis de construire modificatif, le recours de M. et Mme A contre le permis de construire initial délivré le 30 décembre 2020 avait été définitivement rejeté par une ordonnance prise sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative le 21 septembre 2021 qui n'a pas fait l'objet d'un pourvoi en cassation. Par suite, le permis initial du 30 décembre 2020 est devenu définitif et l'intérêt à agir des requérants doit s'apprécier au regard de la portée des seules modifications autorisées par le permis de construire modificatif.

5. Pour contester le permis de construire modificatif délivré le 3 juin 2022, M. et Mme A se prévalent de leur qualité de voisins immédiats du terrain d'assiette du projet et font valoir qu'ils ont une vue sur le terrain, qui présente un dénivelé vers le Nord, que l'agrandissement de l'atelier va aggraver les vues et prolonger les nuisances du chantier en cours. L'objet des modifications porte principalement sur l'atelier, dont la surface de plancher est agrandie de 44 m² et qui est orienté dans un sens différent. Toutefois, la seule augmentation de la surface plancher de l'atelier ne saurait justifier l'intérêt à agir des requérants alors que la modification de l'orientation de l'atelier avec un faîtage dans le sens Nord Est/Sud Ouest aura pour effet, compte tenu de l'emplacement de la parcelle des requérants et de leur maison, laquelle est au demeurant située à une distance d'environ 200 mètres du terrain d'assiette du projet, de diminuer l'impact visuel de la construction depuis leur propriété. En outre, les autres modifications prévues par le permis litigieux, lesquelles portent sur la création d'une réserve incendie de 851 m3 d'une hauteur de 1,50 mètres, la modification de l'emplacement du parking et de la haie bocagère située au Sud, ne confèrent pas davantage d'intérêt à agir aux requérants, lesquels ne s'en prévalent au demeurant pas. S'ils se prévalent en revanche de l'ampleur des deux hangars agricoles, cette circonstance n'est pas utilement invocable dès lors que l'objet du permis de construire modificatif ne porte pas sur la construction de ces hangars, qui est autorisée par le permis de construire initial. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants doit être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint Lubin de la Haye qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

8. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme A le versement, à la commune de Saint Lubin de la Haye, d'une part, et à la SCEA Ceres et au groupement foncier agricole de la Moulinière, d'autre part, de la somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront solidairement à la commune de Saint Lubin de la Haye la somme globale de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les requérants verseront solidairement à la SCEA Ceres et au groupement foncier agricole de la Moulinière la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme A, à la commune de Saint Lubin de la Haye, à la SCEA Ceres et au groupement foncier agricole de la Moulinière.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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