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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202705

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202705

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantREMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de la présidente du 18 juillet 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a renvoyé au tribunal administratif d'Orléans la requête de M. C B.

Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 juillet 2021, le 26 novembre 2021, le 3 juin 2022, le 19 juillet 2022, des pièces complémentaires enregistrées le 13 septembre 2022, et des pièces complémentaires déposées le 12 novembre 2022, le 26 mai 2023, le 17 juillet 2023, le 9 décembre 2023 et le 15 mai 2024, M. C B, représenté par Me Rémy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le ministre des armées l'a placé en congé de longue durée pour maladie pour une deuxième période de six mois en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de son affection ainsi que la décision du 21 mai 2021 par laquelle la commission des recours des militaires a rejeté son recours dirigé contre la décision du 25 janvier 2021 ;

2°) d'ordonner une expertise médicale.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- il a déposé plainte avec constitution de partie civile au titre du préjudice subi et de ses répercussions sur la dégradation de son état de santé au motif du harcèlement moral exercé sur sa personne par l'échelon hiérarchique administratif décisionnaire ;

- sans attendre le résultat d'une enquête de commandement et sans procéder à des investigations, le commandement local a pris plusieurs sanctions à caractère disciplinaire à son encontre, bafouant ainsi le principe de la présomption d'innocence ;

- l'article 2 de la décision du 21 mai 2021 de la commission des recours des militaires est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle fait référence à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite qui ne s'applique pas à son statut ;

- la décision du 25 janvier 2021 est entachée d'une erreur de droit dès lors que le refus de l'administration militaire de reconnaître l'imputabilité au service de son affection ne s'appuie pas sur un avis médical, ce qui ôte toute pertinence à l'argumentation de la commission des recours des militaires ;

- la décision du 21 mai 2021 est entachée d'une erreur d'appréciation des faits dès lors que la commission des recours des militaires ne reconnaît pas de lien de causalité entre la pathologie qui l'affecte et les événements survenus dans l'exercice de sa profession.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 juillet 2022 et le 5 mars 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 29 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code des pensions civiles et militaires ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- l'instruction n° 201189/DEF/SGA/DFP/FM/1 du 2 octobre 2006 ;

- l'instruction n° 117/DEF/DCSSA/AST/TEC/MDA du 14 janvier 2008 ;

- l'instruction SGA/DRH-MD/SR-RH/FM1 du 7 avril 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Keiflin,

- les conclusions de M. Joos, rapporteur public,

- et les observations de Me Rémy, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, militaire au grade de major, exerce au sein de l'armée de l'air et de l'espace dans le domaine de spécialité " musicien de l'air " les fonctions de sous-chef de musique. Il a été affecté le 1er septembre 2016 au sein de la musique des forces aériennes de la base aérienne 106 de Bordeaux-Mérignac. Au cours de l'année 2019, il a été désigné par onze membres du personnel féminin de la base aérienne comme ayant tenu des propos et des comportements déplacés à leur égard. En novembre 2019, une enquête a été initiée par l'inspection de l'armée de l'air et de l'espace qui a rendu un rapport le 7 février 2020. Dans ce contexte, il a été détaché à compter du 19 décembre 2019 au sein du bureau interface du soutien maîtrise de l'activité (Bisma). Il a été placé en congé de maladie à compter du 18 décembre 2019 et, par une décision du 9 octobre 2020 modifiant une décision initiale du 2 octobre 2020, a été placé en congé de longue durée pour maladie (CLDM) pour une première période de six mois, du 24 juin 2020 au 23 décembre 2020 inclus. Par une décision du 25 janvier 2021, il a été placé en congé de longue durée pour maladie pour une deuxième période de six mois, du 24 décembre 2020 au 23 juin 2021 inclus. Le 29 janvier 2021, M. B a formé un recours devant la commission des recours des militaires contre la décision du 25 janvier 2021 au motif que l'affection ouvrant droit à cette deuxième période de congé n'est pas imputable au service. Par une décision du 21 mai 2021, la commission a rejeté son recours. Le placement en CLDM a ensuite été renouvelé par des décisions successives, une huitième période lui ayant été accordée du 24 décembre 2023 au 23 juin 2024 inclus. Par sa requête, M. B demande l'annulation de la décision du 25 janvier 2021 en tant qu'elle mentionne que l'affection ouvrant droit à la deuxième période de congé n'est pas liée au service ainsi que la décision du 21 mai 2021 par laquelle la commission des recours des militaires a rejeté son recours dirigé contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / () ".

3. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui.

4. Si M. B soutient que l'affection au titre de laquelle il a été placé en congé de longue durée pour maladie résulte de faits de harcèlement moral qu'il a subis en réunion, il ne fait pas état d'éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement en soutenant qu'avoir été informé par le commandant de la base à la fin novembre 2019 qu'une partie du personnel féminin avait effectué à son encontre des signalements au motif de propos à caractère sexiste, le commandement local a, sans attendre le résultat d'une enquête de commandement ni procédé à des investigations, pris plusieurs " sanctions " à son encontre, en l'occurrence une humiliation publique devant l'ensemble de son unité, l'annulation de sa participation à une opération extérieure en Jordanie programmée à Noël 2019, l'ordre de mise pour emploi au bureau interface du soutien maîtrise de l'activité (Bisma) à titre conservatoire, une demande de mutation hors garnison formulée au mois de novembre 2019 et la révision à la baisse de deux niveaux de notation du millésime 2020. En outre, le requérant n'avance pas d'éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son endroit en soutenant qu'une opération de décrédibilisation émanant d'une partie du personnel a débuté dès son arrivée dans l'unité dans un contexte particulier d'affectation puisque son prédécesseur, après une décision de justice, a été maintenu sur le poste pendant une année supplémentaire et que cet état de fait l'a conduit avec le commandant d'unité à déposer une main courante auprès de la brigade de gendarmerie de l'air locale pour la tenue de propos diffamatoires à leur encontre.

5. En second lieu, le ministre des armées fait valoir que le rapport d'enquête conclut que " certains propos du major envers le personnel féminin sont jugés inadaptés par les plaignantes. Bien que le major les nie pour la majorité d'entre eux - il reconnaît uniquement les phrases dites en public (). Toutefois, seule l'enquête judiciaire en cours pourra conforter ou non les accusations portées à l'encontre du major et qualifier les éventuelles infractions commises. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que si les attestations produites ne relèvent pas de propos ou de comportement déplacés de la part du requérant envers le personnel féminin dans le cadre de l'exercice de ses fonctions, elles ne concernent toutefois essentiellement que la période antérieure à son affectation en septembre 2016 à la base aérienne de Bordeaux-Mérignac, et ne peuvent, en tout état de cause, pas constituer des éléments de nature à établir l'existence d'agissements répétés à son encontre ayant eu pour effet de dégrader ses conditions de travail et ne peuvent davantage être regardés comme étant la cause de sa pathologie. La circonstance que l'intéressé a déposé, le 28 mai 2020, une plainte en diffamation avec constitution de partie civile, suivie d'une enquête confiée à la gendarmerie de l'air, et qu'il a déposé une seconde plainte, le 22 juin 2022, pour harcèlement à l'encontre de trois personnels féminins de son unité pour des faits remontant au mois de décembre 2019, alors même qu'aucune décision de justice n'a été rendue à ce jour, est sans incidence sur le caractère de harcèlement moral des faits allégués par le requérant. Par ailleurs, la circonstance que l'enquête de commandement ait été menée sans aucune confrontation avec les plaignantes, tandis qu'elles n'ont pas fait part en amont de leurs éventuels griefs à l'encontre de M. B auprès des instances de concertation locale et n'ont pas recouru au droit de saisine de l'inspecteur de l'armée de l'air présent lors de l'audit de l'unité en juin 2019 et que l'un des trois officiers ayant mené l'enquête aurait été convaincu d'une collusion manifeste de la hiérarchie locale à l'égard du major B, n'est pas davantage de nature à démontrer l'existence d'un harcèlement moral à son encontre. Au demeurant, le fait que le manque de loyauté de la référente mixité de la base lui ait été préjudiciable dès lors que des accusations non fondées portées par un capitaine à l'encontre du commandant d'unité et de lui-même ont été dissimulées est également sans incidence sur la qualification de harcèlement moral. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la dégradation de son état de santé résulte d'une situation de harcèlement moral à son encontre.

7. Il ressort également des pièces du dossier que si le commandant de la base aérienne 106 a décidé de détacher M. B à compter du 19 décembre 2019 à titre conservatoire au sein du bureau interface du soutien maîtrise de l'activité (Bisma), cette seule circonstance, qui était justifiée par le climat au sein de l'unité, est toutefois insuffisante pour établir l'existence d'une sanction disciplinaire déguisée à son encontre. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un lien entre la dégradation des conditions de travail de l'intéressé et une situation de harcèlement moral ou le prononcé de " sanctions " prises à son encontre en violation du principe de la présomption d'innocence doit être écarté.

8. M. B soutient que la décision du 25 janvier 2021 par laquelle son employeur l'a placé en congé de longue durée pour maladie pour une deuxième période de six mois et a maintenu le refus de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie peut être analysée comme purement arbitraire en l'absence d'élément médical, dès lors que l'avis technique du 3 septembre 2020 émanant de l'inspection du service de santé des armées ainsi que les certificats de visite établis par un médecin des armées n'ont pas permis d'établir l'existence d'un lien au service.

9. Il ressort des pièces du dossier qu'au terme de ses droits à congé pour maladie ordinaire, M. B a été placé en congé de longue durée pour maladie par une décision du 2 octobre 2020 retirée par une décision du 9 octobre 2020 pour une première période de six mois du 24 juin 2020 jusqu'au 23 décembre 2020, avec l'indication que l'affection ouvrant droit à congé n'est pas survenue du fait ou à l'occasion de l'exercice des fonctions. Il ressort également des pièces du dossier que le médecin général inspecteur A de l'inspection de service de santé pour l'armée de l'air et de l'espace a rendu un avis technique le 3 septembre 2020 en se prononçant, d'une part, sur la concordance entre l'affection du requérant et son placement en congé de longue durée pour maladie, et d'autre part, sur l'absence de lien potentiel entre l'affection et l'exercice des fonctions. La circonstance que l'avis de l'inspection du service de santé aux armées n'a pas été sollicité compte tenu du contexte particulier de l'urgence sanitaire, alors qu'un certificat médical a été établi le 23 décembre 2020 par un médecin au sein du 12ème centre médical des armées, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au motif que la décision du 25 janvier 2021 prononçant le renouvellement du CLDM du requérant pour une deuxième période de six mois ne s'appuierait sur aucun élément médical doit être écarté.

10. M. B ne saurait utilement se prévaloir de la référence erronée à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite dès lors que celui-ci s'applique au personnel militaire. Par suite, le moyen tiré du vice de forme dont serait entachée la décision de la commission de recours des militaires du 21 mai 2021 doit être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 4138-12 du code de la défense dans sa rédaction applicable au litige : " Le congé de longue durée pour maladie est attribué, après épuisement des droits de congé de maladie ou des droits du congé du blessé prévus aux articles L. 4138-3 et L. 4138-3-1, pour les affections dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. Lorsque l'affection survient du fait ou à l'occasion de l'exercice des fonctions ou à la suite de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, ce congé est d'une durée maximale de huit ans. () Dans les autres cas, ce congé est d'une durée maximale de cinq ans et le militaire de carrière perçoit, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat, sa rémunération pendant trois ans, puis une rémunération réduite de moitié les deux années qui suivent. () ". Aux termes de l'article R. 4138-3 du même code : " () Lorsque la durée des congés de maladie est, pendant une période de douze mois consécutifs, supérieure à six mois, le militaire qui ne peut pas reprendre ses fonctions est placé, selon l'affection présentée, en congé de longue durée pour maladie ou en congé de longue maladie dans les conditions prévues aux articles R. 4138-47 à R. 4138-58. () ". Aux termes de l'article R. 4138-47 du même code : " Le congé de longue durée pour maladie est la situation du militaire, qui est placé, au terme de ses droits à congé de maladie ou de ses droits à congé du blessé, dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions pour l'une des affections suivantes : 1° Affections cancéreuses ; 2° Déficit immunitaire grave et acquis ; 3° Troubles mentaux et du comportement présentant une évolution prolongée et dont le retentissement professionnel ou le traitement sont incompatibles avec le service. " Aux termes de l'article R. 4138-48 du même code : " Le congé de longue durée pour maladie est attribué, sur demande ou d'office, dans les conditions fixées à l'article L. 4138-12, par décision du ministre de la défense, ou du ministre de l'intérieur pour les militaires de la gendarmerie nationale, sur le fondement d'un certificat médical établi par un médecin des armées, par périodes de six mois renouvelables. " Aux termes de l'article R. 4138-49 du même code : " La décision mentionnée à l'article R. 4138-48 précise si l'affection ouvrant droit à congé de longue durée pour maladie est survenue ou non du fait ou à l'occasion de l'exercice des fonctions ou à la suite de l'une des causes exceptionnelles prévues par les dispositions de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite. (). ".

12. Aux termes de l'article 8.1 de l'instruction du 2 octobre 2006 : " Le congé de longue durée pour maladie est attribué par le ministre (direction du personnel militaire ou autorité déléguée), après avis de l'inspecteur du service de santé de l'armée concernée ". Aux termes de l'article 3.3 de l'instruction du 14 janvier 2008 : " L'inspecteur du service de santé des armées (SSA) des forces armées concerné doit émettre un avis technique sur la concordance entre l'affection dont le militaire est porteur et le congé proposé. Il valide l'existence d'un lien potentiel entre l'affection nécessitant un congé de non activité et l'exercice des fonctions [] ". Aux termes de l'article 3.6 de la même instruction : " L'avis de l'inspecteur doit également porter sur le lien possible entre l'apparition de l'affection et l'exercice des fonctions. En conséquence tout document permettant d'établir ou d'infirmer l'existence de ce lien lui sera communiqué ". Aux termes de l'article 9.2 de l'instruction du 7 avril 2020 : " la décision de renouvellement du congé de longue maladie () est prise, au vu du certificat médico-administratif, sans l'avis d'un inspecteur du service de santé des armées sauf si le renouvellement intervient après une reprise de service. ".

13. Une maladie contractée par un militaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct mais non nécessairement exclusif avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel du militaire ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

14. Préalablement à la décision attaquée, M. B s'était vu octroyer une première période de congé de longue durée pour maladie, sans que sa maladie ne soit reconnue imputable au service. Pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service de l'affection de M. B pour la période considérée, du 24 juin 2020 au 23 décembre 2020 inclus, le ministre des armées s'est fondé sur l'avis technique de l'inspecteur du service de santé des armées du 3 septembre 2020 qui s'est montré favorable " à la mise en CLDM pour une première période d'une durée de six mois à l'issue de ses droits à congé maladie en cours " tout en considérant " qu'il n'existe pas de lien potentiel entre l'affection nécessitant un congé de non activité et l'exercice des fonctions ". En outre, la décision de placement en CLDM pour une deuxième période, du 24 décembre 2020 au 23 juin 2021, dont M. B demande l'annulation, fondée sur un certificat de visite médicale du 23 décembre 2020, ne reconnaît pas davantage l'existence d'un lien entre l'affection au titre de laquelle il a été placé en congé de longue durée et le service.

15. M. B soutient que l'affection au titre de laquelle il a été placé en congé de longue durée pour maladie trouve son origine dans une situation de souffrance au travail ressentie comme un harcèlement moral suite à un signalement et une enquête de commandement diligentée en novembre 2019 à son encontre. Il soutient également que son dossier médical et ses notations qui retracent l'ensemble de son parcours professionnel au sein des armées pendant près de quarante ans attestent, d'une part, qu'avant cette situation, il ne souffrait d'aucun antécédent médical sur le plan psychique ou psychologique, et, d'autre part, que son parcours professionnel a été exemplaire au vu de ses qualités militaires et humaines unanimement remarquées.

16. Il est constant que M. B ne souffre d'aucun antécédent médical pour un syndrome anxiodépressif. Toutefois il ressort des pièces du dossier que si les certificats médicaux établis à la demande du requérant font état de l'existence d'un lien entre son état anxiodépressif réactionnel depuis décembre 2019 et la dégradation de ses conditions de travail, ils se bornent à restituer les affirmations du requérant quant à ses difficultés professionnelles sans détailler les événements et les circonstances professionnelles ayant causé cette pathologie. De même, les certificats médicaux établis par le service de santé des armées relatent l'apparition de cet état suite à une enquête de commandement à raison de signalements pour des faits de harcèlement, mais ne se prononce pas sur le lien présumé de sa pathologie avec le service.

17. Dans ces conditions, quand bien même M. B a exercé ses fonctions dans un climat délétère au sein de son unité, les difficultés professionnelles, très peu étayées, ne révèlent pas des conditions de travail de nature à susciter le développement de l'affection en cause et ce, quand bien même l'intéressé ne présentait pas d'état pathologique préexistant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état anxiodépressif réactionnel serait en lien direct avec les conditions de travail de M. B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant dire droit une expertise, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Keiflin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure,

Laura KEIFLIN

Le président,

Benoist GUEVEL

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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