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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202708

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202708

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantRUFFIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2022, M. B D et Mme A C, représentés par Me Ruffié, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2022 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a délivré à la SARL Avenir Biogaz un permis de construire modificatif pour une unité de méthanisation sur le territoire de la commune d'Illiers-Combray ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le permis de construire modificatif du 12 mai 2022 constitue un permis nouveau et se substitue à l'arrêté du 10 décembre 2020 avec lequel il forme un tout indivisible ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet et insuffisant ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 423-55 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 311-1 et D. 311-18 du code rural et de la pêche maritime ;

- il méconnaît les dispositions de l'article A9 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- à supposer que le permis tacite du 12 mai 2022 soit un permis de construire modificatif, il est entaché de vices propres tenant à la méconnaissance de l'article R. 423-55 du code de l'urbanisme, à l'insuffisance du dossier, à la méconnaissance de l'article A9 du règlement du PLUi et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la SARL Avenir Biogaz pour laquelle il n'a pas été produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tissier-Lotz, substituant Me Ruffié et représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 mai 2020, la SARL Avenir Biogaz a déposé une demande de permis de construire pour la construction d'une unité de méthanisation sur un terrain situé lieudit Le Gros Buisson sur le territoire de la commune d'Illiers-Combray (Eure-et-Loir). Par un arrêté du 10 décembre 2020, la préfète d'Eure-et-Loir a délivré le permis de construire. Le 12 février 2022, la société Avenir Biogaz a déposé une demande de permis de construire modificatif portant sur la suppression du post digesteur et l'agrandissement des digesteurs, la modification de la taille et de l'aspect du hangar, de la poche digestat, de la plateforme digestat et du bureau, la suppression de l'accès depuis le chemin rural 77, la réorganisation des silos et le déplacement de la plateforme de lavage. Un permis de construire tacite est né trois mois plus tard et a été notifié à la société le 8 juin 2022. Par la requête ci-dessus analysée, les requérants demandent l'annulation de l'arrêté du permis de construire né le 12 mai 2022.

2. D'une part, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, et dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Lorsque le dossier qui lui est présenté ne répond pas à ces conditions, la demande doit être regardée comme une demande nouvelle de permis de construire.

3. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire initial a été délivré pour la construction d'une unité de méthanisation. Le permis de construire modificatif sollicité porte sur la suppression du post digesteur et l'agrandissement des digesteurs, la modification de la taille et de l'aspect du hangar, de la poche digestat, de la plateforme digestat et du bureau, la suppression de l'accès depuis le chemin rural 77, la réorganisation des silos et le déplacement de la plateforme de lavage. De telles modifications, qui portent sur des travaux autorisés par le permis de construire de 2020, qui n'étaient pas achevés, ont un impact limité sur l'aspect extérieur de l'unité de méthanisation et ne remettent pas en cause sa conception générale. Elles ne peuvent par suite être regardées comme apportant au projet initial un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à soutenir que le permis de construire modificatif né le 12 mai 2022 devrait en réalité être regardé comme un nouveau permis de construire.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.

6. En l'espèce, M. D et Mme C qui n'ont pas contesté le permis de construire initial, se bornent à invoquer leur proximité avec le projet de construction, l'impact olfactif et sonore du projet ainsi que son impact visuel et le passage de véhicules, sans établir que les modifications apportées au permis initial par le permis de construire modificatif, seul en litige, seraient de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien. Ainsi, s'ils font valoir des nuisances sonores, olfactives, visuelles et l'augmentation du trafic routier, ces circonstances ne résultent aucunement du permis de construire modificatif. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet d'Eure-et-Loir et tirée de l'absence d'intérêt à agir des requérants doit être accueillie.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme A C, au préfet d'Eure-et-Loir et à la société Avenir Biogaz.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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