jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202720 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BLIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet 2022 et 27 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Blin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne comporte la mention d'aucun élément de fait ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, alors qu'il est présent sur le territoire depuis plus de 10 ans ;
- le refus de l'admettre au séjour alors qu'il remplit les conditions posées par l'article L. 435-1 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, l'existence de motifs exceptionnels étant caractérisée ;
- l'illégalité du refus de séjour qui lui est opposé prive de base légale la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- les dispositions de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été respectées ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 6 octobre 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué expose les éléments personnels relatifs à la situation de l'intéressé ;
- l'intéressé ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour salarié en l'absence de contrat de travail visé par les autorités administratives ;
- alors que l'ensemble de sa famille réside au Pakistan, il ne peut se prévaloir d'une atteinte à sa vie privée et familiale, ni de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les conditions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas remplies, la situation de l'intéressé ne présentant pas de caractère exceptionnel ;
- alors qu'il n'établit pas sa présence continue sur le territoire pendant plus de 10 ans, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour n'est pas fondé ;
- l'intéressé ayant déclaré parler le français, il ne peut se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Defranc-Dousset a été entendus au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M A B, ressortissant pakistanais, né le 18 janvier 1988, est selon ses déclarations entrée en France le 2 septembre 2011. Il a présenté une demande d'admission au séjour au titre de l'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 29 novembre 2013 à la suite de laquelle il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de Seine-Saint-Denis le 20 novembre 2014 à laquelle il n'a pas déféré. Le 8 mars 2018, il a présenté auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir une demande d'admission exceptionnelle au séjour, sur laquelle les services de l'unité territoriale de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi ont émis un avis défavorable. Par un arrêté du 9 août 2018, le préfet lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le tribunal administratif saisi d'une demande d'annulation de cet arrêté a rejeté sa requête par un jugement du 5 février 2019. M B s'est maintenu sur le territoire et a présenté le 2 novembre 2020 une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour en se prévalant d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de commis de cuisine. Par un arrêté du 17 juin 2022, dont il demande l'annulation, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français.
2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il a été fait application, expose de manière détaillée la situation personnelle du requérant, rappelant ses dates et conditions d'entrée sur le territoire, les différentes demandes formulées et les réponses apportées au titre de sa demande d'asile et au titre de ses demandes de titres de séjour, les recours formulés par le requérant et les décisions rendues par le tribunal administratif saisi, la nature de sa demande, les pièces qui y étaient jointes, mentionne l'avis rendu par le service de la main d'œuvre étrangère et expose les éléments de la situation personnelle du requérant dont la femme et les deux enfants résident au Pakistan ainsi que les éléments pris en compte pour lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité et fonder l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige ni d'aucune pièce du dossier que la préfète d'Eure-et-Loir n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, à le supposer soulevé, le moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
5. D'une part, le requérant soutient qu'il est présent sur le territoire depuis plus de dix ans et que par suite l'avis de la commission du titre de séjour aurait dû être recueilli. Toutefois, s'il soutient être entré en France le 2 septembre 2011 et y résider depuis cette date, la préfète fait valoir, sans contredit, qu'il dispose d'un titre de séjour italien valable du 3 avril 2017 au 1er juillet 2019 et qu'il est entré pour la dernière fois en France le 22 juin 2019 en produisant un billet d'avion Naples/Paris. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant justifie résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Dès lors, le moyen tiré d'un vice de procédure tenant en l'absence de saisine de la commission de séjour doit être écarté.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour le contrat conclu avec l'établissement de restauration rapide " Food Corner " le 3 octobre 2016, pour une durée mensuelle de 43,33 heures pour assurer les fonctions de commis de cuisine ainsi que les avenants à ce contrat conclus en février, mars et avril 2018 portant sa durée mensuelle de travail à 75 heures, puis 136 heures et 151,67 heures. Au 1er novembre 2022, il a été nommé chef d'équipe et sa durée de travail a été portée à 39 heures par semaine pour un salaire horaire de 13,2893 euros. Le service de la main d'œuvre étrangère, saisi par la préfète, a émis un avis favorable sur cette demande le 10 novembre 2021. Toutefois, la préfète fait valoir que ce même service précédemment saisi avait émis un avis défavorable, alors que la durée du contrat et le salaire n'étaient pas conformes à l'offre d'emploi proposée par ce même établissement, lequel dans le même temps présentait une autre demande d'autorisation de travail pour un étranger également en situation irrégulière. La seule circonstance que les métiers de la restauration nécessitant peu ou pas de qualification sont regardés comme des métiers en tension ne suffit pas pour établir que la situation du requérant constitue un motif exceptionnel alors en outre que son épouse et ses enfants ainsi que sa famille résident toujours au Pakistan. Par suite, la préfète a pu sans erreur manifeste dans l'appréciation des éléments de la situation de l'intéressé opposer un refus sur sa demande de régularisation sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit aux points précédents, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. En conséquence, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II. ". Si le requérant soutient que les dispositions de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dès lors qu'il n'a pas obtenu la copie de l'arrêté contesté en Hindi, langue du Pakistan, il ressort des pièces du dossier que lors du dépôt de sa demande de titre de séjour l'intéressé a déclaré parler le français, le pakistanais et l'anglais. Le moyen doit donc être écarté.
9. En dernier lieu, si le requérant se prévaut de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'établit aucunement l'existence de liens familiaux ou amicaux sur le territoire. En outre et alors, ainsi qu'il a été dit au point 6, que son épouse et ses enfants résident au Pakistan où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans, il n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen doit donc être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Best-De Gand, première conseillère,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
La rapporteure,
Hélène DEFRANC-DOUSSET
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026