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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202729

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202729

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSELARL FREDERIC ALQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2022, M. D A, représenté par Frédéric Alquier, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 de la préfète d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le Soudan comme pays de destination de sa reconduite ;

2) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire ;

3) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui renouveler le droit au maintien sur le territoire français et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile ;

4) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué porte atteinte à sa demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- un retour dans son pays présenterait des risques trop importants au vu de son parcours au Soudan et de la situation chaotique du pays ;

- la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire est justifiée par les éléments nouveaux importants qu'il a apportés à l'appui de sa demande de réexamen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1963, est entré en France le 3 janvier 2019 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises le 24 décembre 2018. Le 28 mars 2019, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 14 décembre 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 11 mars 2022 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 16 juin 2022, la préfète d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Soudan.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 juin 2022 de la préfète d'Indre-et-Loire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Aux termes de l'article L. 541-1 du code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que par une ordonnance en date du 11 mars 2022, la cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par le requérant contre la décision du 14 décembre 2021 rejetant sa demande d'asile et que cette ordonnance a été notifiée à l'intéressé le 23 mars 2022. Par suite, il ressort des dispositions rappelées au point 2 que la préfète d'Indre-et-Loire était en droit de prendre l'obligation de quitter le territoire contestée dès lors que le requérant ne disposait plus du droit de se maintenir sur le territoire français et même s'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile postérieurement à la date de l'arrêté attaqué dès lors que la légalité de cet arrêté s'apprécie à la date à laquelle il a été prise. Si le requérant soutient que la décision attaquée porte atteinte à sa demande de réexamen, il n'apporte à l'appui de son moyen aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, son moyen ne peut être accueilli.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Le requérant soutient qu'un retour dans son pays d'origine présenterait des risques trop importants au vu de son parcours au Soudan et de la situation chaotique de ce pays. Toutefois, sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. Par ailleurs, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations de nature à établir les craintes alléguées en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 juin 2022 :

6. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger () peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision () soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Selon l'article L. 752-11 du même code : " () le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

7. Le requérant soutient que l'office français de protection des réfugiés et apatrides a commis une erreur d'appréciation sur les éléments nouveaux relatifs aux craintes exposées et évoque des problèmes de traduction sérieux lors du réexamen de son dossier. Toutefois, il ne présente aucun élément sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire. Dès lors, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise le 16 juin 2022 à l'encontre du requérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel B

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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