mercredi 26 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202742 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | SELARL ETHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 et 11 août 2022, M. G D, représenté par la Selarl Ethis Avocats, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 1er août 2022 de la préfète d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant la Libye comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une période d'un an ;
2) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas suffisamment motivée, méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle manque de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est illégale ;
- la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, méconnaît les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et manque de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est illégale ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et manque de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est illégale.
La requête a été communiquée à la préfète d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire.
M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Gentilhomme, avocat de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissante libyen né le 19 janvier 1988, est entré en France le 30 septembre 2012 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour d'une durée d'un an. Le 2 octobre 2017, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " afin de suivre un doctorat en génie mécanique. Le préfet d'Indre-et-Loire lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " pour la période du 20 octobre 2017 au 19 octobre 2018 laquelle a été renouvelée pour la période du 20 octobre 2018 au 19 juillet 2019. Le 16 décembre 2019, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié ". Le préfet d'Indre-et-Loire lui a délivré une carte de séjour pour la période du 20 octobre 2019 au 19 octobre 2020. Le 2 janvier 2021, le requérant a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par décision du 23 juillet 2021, l'office français de l'immigration et de l'intégration a clos son dossier faute d'envoi de son dossier par l'intéressé. Le 31 juillet 2022, il a été interpellé par les services de police d'Indre-et-Loire et placé en garde à vue pour des faits d'extorsion aggravée et séquestration. Par l'arrêté attaqué du 1er août 2022, la préfète d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de la Libye et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Nadia Seghier, secrétaire générale de la préfecture d'Indre-et-Loire. Par arrêté du 21 mai 2021, publié le 21 mai 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme B A, préfète d'Indre-et-Loire, a donné délégation à Mme C E à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département ou de l'exercice des pouvoirs de police administrative, générale ou spéciale, de la préfète, y compris : / les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'obligation de quitter le territoire attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 1er août 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les motifs et éléments de fait propres à la situation personnelle et familiale du requérant à raison desquels la préfète
d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine et notamment que l'intéressé ne justifie d'aucune démarche afin de régulariser sa situation sur le territoire français et qu'il s'y maintient dès lors en situation irrégulière. Ainsi, même si elle ne comporte pas l'ensemble des éléments, notamment récents, relatifs à la situation de l'intéressé, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ".
6. Le requérant soutient qu'il vit en France depuis près de dix ans et se trouve sur le territoire européen depuis plus de dix ans. Toutefois, il est entré en France le 30 septembre 2012, soit moins de dix ans avant l'arrêté attaqué du 1er août 2022. Par ailleurs, il a été titulaire d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant pendant son séjour. Enfin, il résulte des dispositions précitées que seule la durée de séjour en France doit être retenue pour apprécier si un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être accueilli.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'obligation de quitter le territoire n'a pas pour objet de fixer le pays de destination de l'étranger, lequel est déterminé par une décision distincte. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour en Libye est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire.
8. Enfin, le requérant soutient, à titre subsidiaire, que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en faisant valoir qu'il est arrivé en Europe en 2005 et en France en 2011 puis 2012, qu'il n'a jamais quitté le pays depuis cette date et s'y est particulièrement bien intégré en obtenant ses diplômes et en exerçant en tant qu'enseignant au sein d'une institution universitaire française et qu'il dispose également de sa seule famille en France en la personne de sa sœur. Toutefois, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après l'expiration de son dernier titre de séjour en 2019 sans engager de démarches en vue de régulariser sa situation. Il est célibataire et sans enfant. Il ne conteste pas n'avoir aucune ressource et être sans domicile fixe. Il n'établit pas ne plus avoir de liens familiaux dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le moyen de la requérante tiré de ce que la décision refusant un délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente ne peut être accueilli.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et
L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". En l'espèce, l'arrêté attaqué vise, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle les dispositions des 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-2 et celles des 3°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 et mentionne que le requérant est dépourvu de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il a déclaré être sans domicile fixe et personnel mais vivre habituellement chez un ami à Saint-Pierre-des-Corps. Ainsi, la décision refusant un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
12. Le requérant soutient qu'aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il existe trois motifs permettant de refuser un délai de départ volontaire, qu'il n'est nullement établi qu'il entrerait dans l'un des trois motifs, qu'il n'entre pas dans les cas des 1° et 2° de cet article et que la préfète n'explique pas en quoi il existerait un risque de soustraction de sa part et se borne à rappeler les termes notamment des 3° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il n'a jamais déclaré son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire, qu'il ne s'est jamais soustrait à une quelconque mesure d'éloignement, qu'il dispose d'un passeport et que même s'il n'a pas de domicile personnel, il demeure actuellement chez un ami. Toutefois, la préfète a indiqué, dans l'arrêté attaqué, que le requérant est dépourvu de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il a déclaré être sans domicile fixe et personnel mais vivre habituellement chez un ami à Saint-Pierre-des-Corps puis a rappelé les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code. Compte tenu des motifs précités, la décision de refus d'un délai de départ volontaire doit être regardée comme ayant été prise sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 et de celles du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant produit une copie de son passeport, la durée de validité de ce passeport est expirée depuis le 11 août 2017. Par ailleurs, il ne conteste pas qu'il n'a pas de domicile fixe. Par suite, les motifs précités suffisaient pour considérer qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes et qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision d'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet. Dans ces conditions et même s'il ne rentrait pas dans les autres cas permettant à la préfète de refuser un délai de départ volontaire, la préfète n'a pas commis d'erreur de droit et d'appréciation en ne lui accordant pas de délai de départ volontaire.
13. En quatrième lieu, la décision de refus d'un délai de départ volontaire n'a pas pour objet de fixer le pays de destination de l'étranger, lequel est déterminé par une décision distincte. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour en Libye est inopérant à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire.
14. Enfin, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, la décision de refus d'un délai de départ volontaire manque de base légale et doit être annulée.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
15. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le moyen du requérant tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente ne peut être accueilli.
16. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi mentionne que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision ne contrevient pas, notamment, aux dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée.
17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. Le requérant soutient qu'il vit en France depuis près de dix ans et qu'un retour en Libye, qui n'est pas un pays sûr, entraine un risque pour sa personne. Toutefois, il n'apporte aucun élément précis de nature à établir qu'il ferait personnellement l'objet de persécutions de la part des autorités libyennes en cas de retour dans ce pays. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète d'Indre-et-Loire a méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. Enfin, il résulte ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, la décision fixant le pays de renvoi manque de base légale et doit être annulée.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence de son auteur.
21. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
22. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
23. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
24. En l'espèce, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée du 1er août 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à l'interdiction de retour sur le territoire et mentionne que compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, à savoir une présence sur le territoire français depuis dix ans, justifiant d'une entrée régulière et en s'y maintenant irrégulièrement, n'entretenant aucun lien ancien et intense avec la France, constituant une menace pour l'ordre public et n'ayant pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, la durée d'interdiction d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale.
25. Le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée en faisant valoir que la décision ne fait pas apparaître les éléments de faits propres à sa situation personnelle et que la préfète se borne à évoquer des considérations générales. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète a rappelé les conditions d'entrée et de séjour du requérant ainsi que sa situation familiale et qu'il avait fait l'objet d'une interpellation et d'une garde à vue le 31 juillet 2022 pour des faits d'extorsion aggravée et séquestration. Par ailleurs, l'arrêté répond à l'ensemble des quatre critères définis à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète n'avait pas à préciser si le requérant justifiait ou non de circonstances humanitaires. Ainsi, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
26. Le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation et, à titre subsidiaire, qu'elle est disproportionnée en faisant valoir qu'il est en France depuis dix ans, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il a démontré une parfaite intégration en obtenant de nombreux diplômes et en travaillant pour l'université d'Orléans et que la situation politique et humanitaire en Libye justifie, à
elle-seule, qu'il ne soit pas édicté d'interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, même s'il est entré régulièrement en France en 2012, il s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de son dernier titre de séjour et n'a pas cherché à régulariser sa situation. Par ailleurs, il est célibataire et sans enfant, sans ressources et n'allègue pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine. En outre, il a été interpellé et placé en garde à vue le 31 juillet 2022 pour des faits d'extorsion aggravée et séquestration. En rappelant ces éléments de fait dans son arrêté pour justifier sa décision, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas pris une mesure disproportionnée en prononçant une interdiction de retour du requérant sur le territoire français d'une durée d'un an.
27. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 18, le moyen du requérant tiré de ce que la décision d'interdiction du territoire méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, en tout état de cause, être accueilli.
28. Enfin, il résulte ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français manque de base légale et doit être annulée.
29. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G D et à la préfète d'Indre-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel F
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026