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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202745

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202745

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP PETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2022, Mme A C représentée par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Gabon ou tout pays dans lequel elle est légalement admissible comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour et de travail sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé ;

- la préfète d'Indre-et-Loire s'est cru, à tort, liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- en refusant de lui accorder un titre de séjour à titre humanitaire, la préfète a commis une erreur de droit ;

- l'arrêté méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique, autorisée par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensée, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante gabonaise née le 2 avril 1971, a déclaré être entrée régulièrement en France le 23 septembre 2017. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 30 novembre 2017 et sa demande a été rejetée le 9 janvier 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. La requérante a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 3 mai 2019. Elle a sollicité son admission au séjour le 7 décembre 2021 en tant qu'étrangère malade. Par un arrêté du 17 mai 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays d'origine, la Gabon, ou tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible, comme pays de renvoi. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. En l'espèce, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que Mme C peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. Pour contredire cet avis, Mme C fait valoir qu'elle souffre de diabète insulino-dépendant, d'une cardiopathie vasculaire et d'hypertension artérielle et affirme que son pays d'origine, à savoir le Gabon, n'est pas en mesure de traiter sa pathologie chronique du fait de l'indisponibilité de son traitement. Toutefois, en se bornant à produire une lettre d'un médecin généraliste l'adressant à un confrère et un compte rendu de consultation en cardiologie, d'une part, ainsi qu'un résumé de thèse relatif à la perception de l'hôpital public et l'offre de soin de santé au Gabon, d'autre part, la requérante ne produit aucun élément de nature à démontrer l'impossibilité d'accès effectif aux traitements nécessités par son état de santé dans son pays d'origine. Ainsi, la requérante n'établit pas, par les éléments qu'elle apporte, que la préfète d'Indre-et-Loire aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation ni qu'elle aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade ".

5. En deuxième lieu, il ne résulte pas des termes de la décision attaquée que la requérante ait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que la préfète d'Indre-et-Loire ait examiné sa situation au regard de ces dispositions, ce dont elle n'était pas tenue. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement soutenir que la préfète d'Indre-et-Loire aurait commis une erreur de droit en ne lui délivrant pas un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté comme étant inopérant.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète d'Indre-et-Loire se serait cru en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour refuser à Mme C la délivrance du titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen est, par suite, écarté.

7. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué rappelle les circonstances de l'entrée et du séjour sur le territoire français de Mme C. Il y est exposé sa situation personnelle et familiale, notamment son divorce et sa résidence chez sa fille majeure. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète ne se serait pas livrée à un examen sérieux et particulier de sa demande. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. La requérante fait valoir qu'elle craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine. Elle affirme être rejetée par sa famille et avoir été battue par son père jusqu'à l'âge de quarante-six ans, le tout associé à des épisodes traumatiques. Elle fait également valoir que sa vie est menacée au Gabon où elle craint d'être assassinée, notamment dans le cadre de trafics d'organes. Toutefois, la requérante ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité de ses craintes. Au demeurant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile et sa demande de réexamen. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations précitées de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme C soutient être arrivée depuis plus de cinq ans en France où se trouve désormais sa vie administrative et médicale. Toutefois, aucune pièce du dossier n'établit l'existence de liens personnels et familiaux intenses, stables et anciens de la requérante en France. Si elle conteste disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine, alors même qu'elle y a vécu pendant quarante-sept ans, elle n'établit pas davantage y être dépourvue de tout lien. Dans ces conditions, la préfète d'Indre-et-Loire pouvait considérer, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, que Mme C ne justifiait pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dès lors, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage porté une atteinte grave à la situation personnelle et familiale de la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023

Le rapporteur,

Virgile B

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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