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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202767

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202767

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202767
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSCP STOVEN PINCZON DU SEL STOVEN-BLANCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2022, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 16 septembre et 3 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Pinczon Du Sel, de la SCP Stoven Pinczon Du Sel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de son permis de conduire mauritanien contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa demande est recevable dès lors qu'il a adressé un recours gracieux le 3 mars 2022 resté sans réponse ;

- la décision attaquée procède d'une dénaturation des faits et est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le document qu'il a remis en vue de l'échange est authentique, ainsi qu'il ressort de deux certificats émanant des autorités mauritaniennes qu'il produit, datés des 26 juillet et 20 octobre 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, le préfet de la

Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Loisy, magistrat désigné,

- les observations de Me Pinczon Du Sel, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant mauritanien, a déposé le 8 février 2021 une demande d'échange de son permis de conduire mauritanien, délivré le 20 mars 2016, contre un permis français. Par décision du 26 janvier 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande au motif que ce document était une contrefaçon. M. C a effectué un recours gracieux contre ce refus le 9 mars 2022. Sa demande est restée sans réponse. M. C doit ainsi être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 26 janvier 2022 ainsi que du refus implicite opposé à son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. / Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. " Aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen: " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. / C. - Si l'authenticité du titre de conduite est établie, celui-ci peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions.

/ D. - Néanmoins, quand bien même l'authenticité du titre de conduite est établie, l'autorité administrative compétente peut, avant de se prononcer sur la demande d'échange, en cas de doute selon les informations dont elle dispose, consulter l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. La demande auprès des autorités étrangères est transmise, sous couvert du ministre chargé des affaires étrangères, service de la valise diplomatique, au consulat de France compétent qui la transmet aux autorités compétentes et avise l'autorité administrative compétente de la date de cette transmission. La demande peut être adressée également par courriel soit aux autorités consulaires françaises, soit lorsque les circonstances le permettent, directement aux autorités compétentes de l'Etat de délivrance.

/ E.- Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. ".

3. Il résulte de ces dispositions que si l'authenticité du permis de conduire présenté à l'échange lui apparaît douteuse, le préfet saisit le service compétent qui procède alors à son analyse pour déterminer ou non son authenticité. L'échange ne peut pas avoir lieu si le caractère frauduleux du permis de conduire présenté à l'échange a été confirmé. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours contentieux contre une décision refusant l'échange pour défaut d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'authenticité du permis de conduire mauritanien présenté par M. C, à savoir un permis de conduire délivré le 20 mars 2016 sous le n° 344626, étant apparue douteuse, le préfet de la Loire-Atlantique, en application des dispositions précitées, a procédé à la consultation de la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité, rattachée à la direction centrale de la police aux frontières. Ce service a estimé, dans son rapport établi le 13 janvier 2022, que l'analyse technique du document permettait d'établir qu'il s'agissait d'une contrefaçon, ce qu'a au demeurant confirmé un rapport complémentaire établi le 9 août 2022. Ce service a en particulier relevé qu'au recto comme au verso du document, le fond d'impression et les mentions pré-imprimées étaient réalisés en impression toner au lieu d'être réalisés en impression offset, que par ailleurs, au verso, sur le volet central, la numérotation fiduciaire a été réalisée en impression toner au lieu d'être réalisée en impression typographique. Le requérant soutient qu'il n'a jamais contrevenu à l'authenticité du permis de conduire qu'il a produit dans le cadre de sa demande d'échange. Il produit à cet égard, des permis de conduire mauritaniens, l'un édité le 20 mars 2016, sous le n° 344626, avec en date de délivrance le 20/03/2016, l'autre édité le 24 mars 2016, sous le même numéro, avec en date de délivrance le 24/03/2016, le dernier réédité le 25 juillet 2022, sous le même numéro, avec en date de délivrance le 24/03/2016. Il produit par ailleurs trois attestations établies à l'entête du ministère de l'équipement et des transports de Mauritanie, datées des 25 juillet, 26 juillet et 20 octobre 2022. La première certifie que " que le permis de conduire N° 344626 catégorie (B) en date du 24/03/2016, établi à Nouakchott au nom de C Mohamed Vadel (), est conforme à nos registres et n'a jamais fait l'objet de suspension, de retrait ou d'annulation () ". La seconde certifie " que le permis de conduire N° 344626 catégorie (B) en date du 24/03/2016 au lieu du 20/03/2016 erronée initialement, établi à Nouakchott au nom de C Mohamed Vadel (), est conforme à nos registres et n'a jamais fait l'objet de suspension, de retrait ou d'annulation () ". La dernière certifie " que le permis de conduire N° 344626 catégorie (B) délivré le 18/02/2020 avec la date d'obtention 20/03/2016 puis celui de 25/07/2022 avec la date d'obtention 24/03/2016 à Mr. C Mohamed Vadel (), pour donner suite à des demandes de duplicata et correction, ont bien été fabriqué, imprimé, établit et signé par le bureau des transports Terrestres, qu'il s'agit de documents authentiques ". Toutefois, ces documents, que le requérant s'est procuré par lui-même sans que, compte tenu des conclusions du service spécialisé mentionné à l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié, l'autorité préfectorale ait été tenue de saisir le service de la valise diplomatique mentionné dans ce même article, ne suffisent pas à remettre en cause les anomalies décelées lors du permis présenté en vue de l'échange. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une dénaturation des faits ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 26 janvier 2022 et du refus implicite opposé à son recours gracieux, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Paule A

Le greffier

Roger MBELANI La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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