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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202836

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202836

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 9 août 2022, le président du tribunal administratif de Paris transmet au tribunal administratif d'Orléans la requête présentée par M. E C en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris, et un mémoire en réplique, enregistré le 10 octobre 2022, M. C, représenté par Me Férielle Kati, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant l'Afghanistan comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation ;

3) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire ;

4) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué n'a pas fait l'objet d'un examen de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire attaquée n'est pas motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnaît le principe du contradictoire ce qui constitue un vice de procédure ;

- la décision du directeur de l'office français de protection des réfugiés et apatrides n'a pas fait l'objet d'une notification régulière ;

- la décision de la cour nationale du droit d'asile n'a pas été lue en audience publique et n'a pas été régulièrement notifiée ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée, n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan né le 14 juin 2000, a déclaré être entré en France le 28 juin 2019 sans pouvoir en justifier. Le 9 juillet 2019, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée le 20 novembre 2020 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 20 juillet 2021 par la cour nationale du droit d'asile. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire prise le 13 octobre 2021 par la préfète du Loiret à laquelle il n'a pas déféré. Le 19 janvier 2022, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par décision du 19 avril 2022, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par l'arrêté attaqué du 1er juillet 2022, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de l'Afghanistan.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 1er juillet 2022 a été signé par M. A B. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2021-07-27-00002 du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 45-2021-197, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Benoit Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et les réquisitions de comptable public. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Aucune disposition légale ou réglementaire n'impose que l'arrêté attaqué vise l'acte de délégation de signature. Dès lors que l'arrêté du 27 juillet 2021, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Au demeurant, la préfète du Loiret produit la copie de l'arrêté du 27 juillet 2021. Par ailleurs, l'arrêté attaqué vise la décision de délégation de signature précitée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

6. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 1er juillet 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation du requérant alors même que l'arrêté ne ferait pas état de la situation actuelle en Afghanistan. Par ailleurs, l'arrêté attaqué n'a pas remis en cause la nationalité afghane qu'il avait déclarée et n'avait, par suite, aucune obligation de déterminer préalablement sa nationalité avant de prendre l'arrêté attaqué.

8. En quatrième lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

9. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

10. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision faisant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger, ou de ce que celui-ci ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du même code, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnu la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, le requérant soutient qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observations sur la mesure attaquée d'autant plus qu'il n'a pas été entendu par la cour nationale du droit d'asile et qu'il n'est pas démontré que la décision de la cour du 20 juillet 2021 lui a été régulièrement notifiée avant de prendre l'arrêté attaqué, qu'il aurait été porté à sa connaissance dans une langue qu'il comprend qu'un rejet de sa demande d'asile initiale emporterait une mesure d'éloignement et que le guide du demandeur d'asile ainsi que l'information prévue à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 lui auraient été remis. Toutefois, il ressort de la décision du 20 juillet 2021 de la cour nationale du droit d'asile qu'il a été entendu au cours de l'audience du 15 juin 2021 au cours de laquelle il a pu présenter les éléments relatifs à sa situation. Par ailleurs, il ressort de la copie du système d'information de l'office français de protection des réfugiés et apatrides relatif à la situation du dossier du requérant, produite par la préfète, que la décision du 20 juillet 2021 de la cour nationale du droit d'asile lui a été notifiée le 26 août 2021. Le requérant n'apporte pas la preuve contraire, qui lui incombe en vertu des dispositions de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de ce que la décision n'aurait pas été notifiée à la date précitée. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 13 octobre 2021 et, par suite, il ne peut, en tout état de cause, sérieusement soutenir qu'il n'était pas informé que le rejet de sa demande d'asile initiale emporterait une mesure d'éloignement. Enfin, la circonstance que le guide du demandeur d'asile ainsi que l'information prévue à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ne lui auraient pas été remis est sans incidence sur son droit à être entendu. Au demeurant, il ne donne aucune précision sur les éléments qu'il entendait soumettre aux services de la préfecture du Loiret autres que ceux qu'il a déjà pu faire valoir lors de sa demande de réexamen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe précité ne peut être accueilli.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. /. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; 2° Lorsque le demandeur : a) a informé l'office du retrait de sa demande d'asile en application de l'article L. 531-36 ; b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; d) fait l'objet d'une décision définitive d'extradition vers un Etat autre que son pays d'origine ou d'une décision de remise sur le fondement d'un mandat d'arrêt européen ou d'une demande de remise par une cour pénale internationale. Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ". Aux termes de l'article R. 532-57 de ce code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ". Aux termes de l'article R. 531-19 du même code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

12. Le requérant soutient que l'arrêté est entaché d'un vice de procédure qui résulte du défaut de notification régulière de la décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. La préfète du Loiret produit la copie du système d'information de l'office français de protection des réfugiés et apatrides relatif à la situation du dossier du requérant qui mentionne que la décision du 19 avril 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant la demande de réexamen de la demande d'asile du requérant a été notifiée le 9 mai 2022 à l'adresse à laquelle le requérant avait élu domicile lors de sa demande d'asile. Le requérant n'apporte pas la preuve contraire, qui lui incombe en vertu des dispositions précitées de l'article R. 531-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de ce que la décision n'aurait pas été notifiée à la date précitée, laquelle est antérieure à celle de l'arrêté attaqué du 1er juillet 2022. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire a été prise sur le fondement des dispositions du d) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la circonstance que la décision du 20 juillet 2021 de la cour nationale du droit d'asile n'aurait pas été lue en audience publique, ce qui est contredit par les mentions de la décision de la cour, et que cette décision n'aurait pas été régulièrement notifiée, ce qui est également contredit par les pièces du dossier, est sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire. Dans ces conditions, en application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Loiret était en droit de prendre l'arrêté attaqué dès lors que le requérant ne bénéficiait plus du droit de séjourner en France.

13. Enfin, le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle en faisant valoir qu'il est de nationalité afghane, que l'exécution de cette décision aurait pour effet de le renvoyer en Afghanistan, pays affecté par un conflit armé de haute intensité affectant aveuglément les populations civiles, et ne lui permettra pas d'aller au terme de sa procédure d'asile actuellement en cours devant la cour nationale du droit d'asile et que la décision vise à le renvoyer en Afghanistan en violation des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il est entré très récemment en France. Il ne conteste pas être célibataire et sans charges de famille. En outre, l'obligation de quitter le territoire n'a pas pour objet de fixer le pays de destination de l'étranger, lequel est déterminé par une décision distincte. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut être accueilli.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi mentionne la nationalité de M. C, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, elle est suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation du requérant.

16. Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. Le requérant soutient qu'il craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine en faisant valoir que les autorités afghanes actuelles persécutent les personnes occidentalisées comme lui et que ces autorités imposent des règles contraignantes aux femmes. Toutefois, ces considérations d'ordre général, qui concernent essentiellement les femmes, sont insuffisantes pour établir qu'il serait personnellement exposé à des risques de la part des autorités afghanes en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, les documents qu'il produit, correspondant à ceux qu'il a joints à sa demande de réexamen, sont insuffisants, eu égard à leur contenu, pour établir la réalité de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine. D'ailleurs, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile ainsi qu'il a été dit au point 1 ci-dessus. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté du 1er juillet 2022 :

18. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger () peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision () soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Selon l'article L. 752-11 du même code : " () le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

19. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. A l'appui de ses conclusions à fins de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.

20. Le requérant soutient qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été jugée recevable et qui présente un caractère sérieux tant au regard de la question de sa nationalité que de son parcours allégué selon lequel il est un ressortissant afghan ayant vécu une majeure partie de sa vie en Iran. Il invoque également des éléments liés à son occidentalisation depuis son arrivée en France et indique qu'il a mentionné tout au long de son entretien à l'office français de protection des réfugiés et apatrides s'être distancié de l'idéologie des talibans. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 17, il n'apporte aucun élément à l'appui de sa demande qui seraient susceptibles de créer un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 avril 2022. Dès lors, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise le 1er juillet 2022 à l'encontre de M. C dans l'attente que la Cour nationale du droit d'asile se prononce sur le bien-fondé de sa demande de protection.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel D

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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