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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202870

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202870

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSELARL ETHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2022, M. E A, représenté par la Selarl Ethis Avocats, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2022 de la préfète d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la Russie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une période d'un an ;

2) d'enjoindre à la préfète d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée, méconnaît les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et manque de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est illégale ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée, méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et manque de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire est illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Gentilhomme, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe né le 9 septembre 1978, a déclaré être entré en France le 15 septembre 2017 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 17 octobre 2017, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. L'examen de sa demande a fait apparaître qu'il avait séjourné en Pologne. Après la procédure Dublin, le préfet du Loiret a décidé de reclasser sa demande en procédure normale. Sa demande a été rejetée par une décision du 26 août 2019 puis le 21 septembre 2020 par la cour nationale du droit d'asile. Le 7 octobre 2020, il a obtenu une convocation pour le 8 octobre 2020 à la préfecture du Loiret en vue de demander le réexamen de sa demande d'asile. Il ne s'est pas rendu à ce rendez-vous. Le 21 octobre 2020, il a déposé une demande de réexamen qui a été rejetée pour irrecevabilité le 16 novembre 2020 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du 17 décembre 2020, la préfète d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Le 9 décembre 2020, l'intéressé a présenté une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de la préfecture du Loiret qui a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile. Le 25 janvier 2021, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de réexamen pour irrecevabilité. Cette décision a été confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 26 mai 2021. Le 15 septembre 2021, le requérant a été interpellé par les services de police d'Indre-et-Loire pour vérification de son droit au séjour. Le même jour, la préfète

d'Indre-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et le 29 octobre 2021 a renouvelé la durée de cette assignation à résidence. Par un jugement n° 2103290 du 22 septembre 2021, le magistrat désigné par le président de ce tribunal administratif a rejeté son recours formé contre l'arrêté du 15 septembre 2021. Le 17 janvier 2022, le requérant a sollicité à nouveau le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée, selon la procédure accélérée, par une décision du 14 février 2022 pour irrecevabilité. Le 25 avril 2022, l'intéressé a présenté une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été rejetée, selon la procédure accélérée et pour irrecevabilité, par une décision du 27 mai 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par l'arrêté attaqué du 11 juillet 2022, la préfète d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la Russie et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

3. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 11 juillet 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les motifs et éléments de fait propres à la situation personnelle et familiale du requérant à raison desquels la préfète

d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, même si elle ne comporte pas l'ensemble des éléments, notamment récents, relatifs à la situation de l'intéressé, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il vit en concubinage avec Mme F D, ressortissante russe, qu'ils viennent d'avoir un enfant ensemble née le 11 mai 2022 et que la quasi-intégralité de sa famille vit en France en situation régulière, notamment sa mère et son frère. Toutefois, il est entré récemment en France et s'est maintenu sur le territoire français irrégulièrement malgré les décisions administratives et juridictionnelles citées au point 1. Par ailleurs, Mme D fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire prise par le préfet des Alpes-Maritimes le 4 juillet 2022. Par suite, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale composé de lui-même, de sa compagne et de sa fille se reconstitue en Russie dès lors que sa demande d'asile a été rejetée. Si sa mère et son frère résident régulièrement en France en tant que réfugiés politiques depuis 2011, le requérant ne les a rejoints qu'en 2017 et a donc vécu séparés de sa mère et de son frère pendant six années. Enfin, il a indiqué lors de son audition par les services de police qu'il avait une sœur résidant dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, l'obligation de quitter le territoire ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

6. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi mentionne que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision ne contrevient pas, notamment, aux dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Le requérant soutient qu'il est un ressortissant russe d'origine tchétchène, qu'il a formé une demande d'asile et quatre demandes de réexamen de sa situation, qu'il est évident que sa vie et sa liberté sont particulièrement menacées en cas de retour dans son pays d'origine, que le contexte existant en Russie-Tchétchénie devait être particulièrement pris en compte par la préfète, que même s'il n'a pas obtenu le statut de réfugié, cela n'implique pas qu'il n'existe aucun risque pour lui dans son pays d'origine et qu'il doit être pris en compte que sa mère et son frère bénéficient du statut de réfugié. Il produit une attestation du 21 septembre 2016 du chef d'un établissement pénitentiaire russe, une convocation du service du ministère de l'intérieur du district de Védéno en date du 3 décembre 2020 et des attestations de sa tante résidant à Saint-Avertin en date du 19 novembre 2019 et de M. B A en date du 14 août 2020. Toutefois, eu égard à leur contenu et à leur origine, ces documents sont insuffisants pour établir l'existence des risques qu'il prétend encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, la circonstance que sa mère et son frère ont obtenu le statut de réfugié n'est pas, par

elle-même, de nature à établir l'existence de ces risques. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète d'Indre-et-Loire a méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Enfin, il résulte ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, la décision fixant le pays de renvoi manque de base légale et doit être annulée.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7,

L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

12. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

13. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. En l'espèce, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée du 11 juillet 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration, et notamment les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à l'interdiction de retour sur le territoire et mentionne que compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, à savoir qu'il a déclaré être entré en France le 15 septembre 2017 après avoir vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente-neuf ans, qu'il n'établissait pas avoir l'intégralité de ses attaches familiales en France malgré la présence de sa mère et d'un frère en situation régulière, que sa concubine est en situation irrégulière sur le territoire français, qu'il a indiqué que sa sœur réside dans son pays d'origine, qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, à savoir un arrêté d'obligation de quitter le territoire en date du 17 décembre 2020 auquel il n'a pas déféré et pour lequel il a expressément indiqué ne pas vouloir s'y conformer, une interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale.

15. En premier lieu, le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée en faisant valoir que la décision ne mentionne aucunement les considérations de faits actualisés concernant sa situation personnelle et ne prend donc aucunement en compte sa situation actualisée. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète a rappelé les conditions d'entrée et de séjour du requérant ainsi que sa situation familiale et qu'il avait fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 17 décembre 2020 qu'il n'a pas respectée. La préfète d'Indre-et-Loire n'était pas tenue de mentionner expressément que la présence de l'intéressé ne représentait pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'elle ne retenait pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision. Ainsi, même si elle ne fait pas état d'éléments récents de la situation de l'intéressé que ce dernier n'établit d'ailleurs pas avoir porté à la connaissance des services préfectoraux, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. En deuxième lieu, le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation et, à titre subsidiaire, qu'elle est disproportionnée en faisant valoir qu'il est en France depuis septembre 2017, soit cinq ans, qu'il a effectué de nombreuses démarches pour se voir reconnaître le statut de réfugié, que sa compagne, sa fille, sa mère et son frère sont à ses côtés en France, qu'il ne représente aucunement une menace pour l'ordre public et que sa situation ne justifie pas qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée à son encontre. Toutefois, il est entré irrégulièrement en France et s'est maintenu sur le territoire français malgré les décisions de rejet de ses demandes d'asile et de réexamen. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale composée de lui-même, de sa compagne et de sa fille se reconstitue dans son pays d'origine et il n'est pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine dans lequel réside sa sœur. En rappelant ces éléments de fait dans son arrêté pour justifier sa décision, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas pris une mesure disproportionnée en prononçant une interdiction de retour du requérant sur le territoire français d'une durée d'un an.

17. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5, le moyen du requérant tiré de ce que la décision d'interdiction du territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.

18. Enfin, il résulte ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français manque de base légale et doit être annulée.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète

d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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