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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202875

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202875

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202875
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET MATTHIEU CONQUY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 août 2022, M. A B, représenté par Me Conquy, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler ; subsidiairement, d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de l'instruction de sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la préfète du Loiret n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit et de fait et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 dès lors qu'il justifie à la fois être entré régulièrement sur le territoire français et d'une vie commune avec son épouse ;

- il méconnaît son droit au respect d'une vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 2 mai 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle sollicite de la juridiction, s'agissant de l'entrée irrégulière du requérant sur le territoire français, de substituer aux motifs tirés de l'absence de visa et de ce que le passeport de M. B ne supportait aucun cachet ceux tirés du fait qu'à la date de son entrée en France, l'intéressé n'établissait pas disposer de moyens de subsistance suffisants tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans son pays de provenance ou qu'il aurait pu légalement acquérir ces moyens conformément aux stipulations du 1. de l'article 5 de la convention d'application de l'accord de Schengen

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lardennois,

- et les observations de Me Conquy, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 22 février 1977, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 22 juillet 2021. Le 15 avril 2022, à la suite de son mariage avec une ressortissante française le 29 janvier 2022, il a sollicité des services de la préfecture du Loiret la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par l'arrêté attaqué du 19 juillet 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 423-1, L. 423-2 et L. 611-1 (3°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Il rappelle, avec un degré de précision suffisant, la situation administrative, matrimoniale, familiale et personnelle de M. B. Ainsi, l'arrêté en cause énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent au requérant de connaître sa base légale, ainsi que ses motifs. La circonstance que cet arrêté oppose au requérant une absence de visa ou de cachet sur son passeport, est, en tout état de cause, sans incidence sur la régularité de sa motivation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le requérant soutient que sa demande n'a pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux de la part de la préfète du Loiret au motif qu'elle aurait à tort considéré qu'il est entré de manière irrégulière sur le territoire français dès lors qu'il ne justifiait d'aucun visa ni d'aucun cachet sur son passeport, alors qu'il est entré muni d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles valable du 5 novembre 2020 au 17 juin 2025. Toutefois, d'une part, il n'est pas contesté que le requérant ne justifiait d'aucun visa, ni d'aucun cachet apposé sur son passeport et d'autre part, il n'établit pas qu'il a produit, comme il l'allègue, le titre de séjour qui lui a été délivré par les autorités espagnoles lors de sa demande de titre de séjour formulée auprès des services de la préfecture du Loiret. Dès lors, si la préfète du Loiret s'est fondée sur les seules circonstances que le passeport de l'intéressé n'était revêtu d'aucun visa ni d'aucun cachet pour considérer qu'il était entré de manière irrégulière sur le territoire français, cette motivation n'est pas de nature à elle-seule à caractériser un défaut d'examen particulier de la demande de titre de séjour formée par le requérant dès lors qu'il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse que la préfète, qui fait état des éléments de faits propre à la situation de l'intéressé, n'aurait pas procédé à un examen approfondi, objectif et individualisé de la demande du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à un étranger marié avec une ressortissante de nationalité française n'est dispensée de la production d'un visa de long séjour qu'à la triple condition que le mariage ait été célébré en France, que l'étranger justifie d'une vie commune et effective de six mois en France et qu'il soit entré régulièrement sur le territoire français.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement () ". Selon les termes de l'article L. 313-1 du même code : " Tout étranger qui déclare vouloir séjourner en France pour une durée n'excédant pas trois mois dans le cadre d'une visite familiale ou privée doit présenter un justificatif d'hébergement qui prend la forme d'une attestation d'accueil, signée par la personne qui se propose d'assurer le logement de l'étranger, ou son représentant légal. Cette attestation est validée par l'autorité administrative, et constitue le document prévu par la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 pour justifier les conditions de séjour dans le cas d'une visite familiale ou privée ".

7. En outre, aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois au maximum sur le territoire des autres Parties Contractantes, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de la Partie Contractante concernée () ". En vertu de l'article 6 du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016, lequel a repris l'article 5 de cette convention : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes: / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants: / i) sa durée de validité est supérieure d'au moins trois mois à la date à laquelle le demandeur a prévu de quitter le territoire des États membres. Toutefois, en cas d'urgence dûment justifiée, il peut être dérogé à cette obligation; / ii) il a été délivré depuis moins de dix ans ; () / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; () / e) ne pas être considéré comme constituant une menace pour l'ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales de l'un des États membres et, en particulier, ne pas avoir fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans les bases de données nationales des États membres pour ces mêmes motifs () ".

8. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B, la préfète du Loiret s'est fondée sur le fait que l'intéressé, marié le 29 janvier 2022 à une ressortissante française, ne remplissait ni les conditions prévues à l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à défaut de détenir un visa de long séjour, ni celles de l'article L. 423-2 du même code à défaut d'entrée régulière sur le territoire française en l'absence de visa ou de cachet apposé à son passeport.

9. M. B, qui n'était pas muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises, fait valoir qu'il est entré de manière régulière sur le territoire français muni d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles valable du 5 novembre 2020 au 17 juin 2025. Toutefois, si les stipulations précitées de l'article 21 de la convention d'application des accords de Schengen autorisent un étranger titulaire d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes à circuler librement sur le territoire des autres Parties Contractantes pendant une période de trois mois, le requérant ne justifie par aucune des pièces du dossier qu'à la date de son entrée sur le territoire français, il disposait de moyens de subsistance suffisants ou était en mesure d'acquérir légalement ces moyens au sens de l'article 6 précité du règlement (UE) 2016/399. Ne remplissant pas cette condition pour qu'un ressortissant d'un pays tiers titulaire d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes à l'accord de Schengen puisse circuler librement sur le territoire des autres Parties Contractantes, M. B ne pouvait dès lors prétendre, comme le fait valoir la préfète, être entré régulièrement sur le territoire français et solliciter un titre de séjour en application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. M. B, qui par les seules productions à la fois d'une promesse d'embauche établie postérieurement à la date de la décision attaquée et d'attestations peu circonstanciées ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française, se borne à faire valoir qu'il a épousé en janvier 2022 une ressortissante dont il a reconnu de manière anticipée l'enfant qu'elle porte. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français plus de huit mois avant d'entreprendre des démarches aux fins de régulariser sa situation. En outre, s'il se prévaut d'une vie commune avec son épouse depuis le mois d'octobre 2021, les pièces jointes à l'appui de ses allégations ne permettent pas d'en attester. Par ailleurs, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie, n'étant arrivé en France qu'à l'âge de quarante-quatre ans, et où il ne conteste pas que réside sa mère. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen.

12. Pour les mêmes motifs que ceux cités au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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