vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202919 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CARROGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 août 2022 à 15 h 25, M. B A, représenté par Me Carroger, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel la préfète du Loiret a ordonné son transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile, ainsi que l'arrêté du 5 août 2022 par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter les lundis et mercredis à 8 h 30 au commissariat de Montargis ;
2°) dire que sa demande d'asile sera examinée par les autorités françaises.
Il soutient que :
- l'arrêté de transfert méconnaît les articles 3 et 17-1 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il doit continuer à être soigné en France où son diabète a été découvert et que les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Espagne, pays dans lequel il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, ne sont pas compatibles avec son état de santé ;
- l'arrêté d'assignation à résidence n'est pas justifié dès lors qu'il justifie d'une adresse et présente ainsi une garantie.
Par un mémoire enregistré le 23 août 2022 à 9 h 53, la préfète du Loiret, représentée par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui a fait l'objet d'une suspension aux fins de communication du mémoire en défense de la préfète du Loiret au requérant :
- le rapport de Mme C,
- les observations de M. A qui précise qu'il est resté deux ans en Espagne où sa demande d'asile a été rejetée, qu'il est arrivé en France le 5 mars 2022 où il a été hospitalisé pendant 35 jours et où il souhaite pouvoir continuer à être soigné, et qu'il ne dispose d'aucune attache familiale en France.
La préfète du Loiret n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né en 1998, est entré irrégulièrement en France le 5 mars 2022, selon ses déclarations. Le 30 mai 2022, il a sollicité son admission au titre de l'asile et la consultation du fichier Eurodac ayant fait apparaître qu'il avait déjà présenté une demande d'asile en Espagne, a été placé en procédure dite " Dublin ". Le 11 juillet 2022, les autorités espagnoles, qui avaient été saisies d'une requête aux fins de reprise en charge, ont fait connaître leur accord. Par un arrêté du 4 août 2022, la préfète du Loiret a ordonné le transfert de M. A aux autorités espagnoles. Par un arrêté du 5 août 2022, cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département du Loiret en vue de l'exécution de la mesure de transfert. M. A, qui a saisi le tribunal dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification, le 18 août 2022, de ces deux arrêtés, en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de transfert aux autorités espagnoles :
2. En premier lieu d'une part, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.
3. D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par le chapitre III du règlement (UE) n° 604/2013, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
4. La circonstance qu'à la suite de son arrivée en France M. A a bénéficié d'une prise en charge médicale qui a permis le diagnostic d'un diabète insulino-dépendant pour lequel il suit un traitement médicamenteux, n'est pas de nature à entacher d'erreur manifeste la décision de la préfète du Loiret de ne pas faire usage de la faculté dérogatoire de ne pas procéder au transfert de l'intéressé, celui-ci n'établissant pas, par la production notamment au cours de l'audience d'un certificat du médecin qui le suit, en quoi la prise en charge de sa maladie ne pourrait pas être poursuivie en Espagne. Par ailleurs, M. A n'établit pas non plus que son transfert est impossible du fait de raisons sérieuses de croire qu'il existe en Espagne des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs entraînant un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi que de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
5. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et des débats à l'audience que la décision de transfert attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors que le requérant est entré récemment sur le territoire français et affirme lui-même qu'il ne dispose d'aucune attache familiale en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 août 2022 portant transfert aux autorités espagnoles.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :
7. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable () ". Aux termes de l'article L. 751-5 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 751-2 se présente aux convocations de l'autorité administrative, répondre aux demandes d'information et se rendre aux entretiens prévus dans le cadre de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile ou de l'exécution de la décision de transfert () ". Enfin, aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ".
8. Au regard des dispositions précitées, la seule circonstance, invoquée par le requérant, qu'il " justifie d'une adresse et qu'il s'agit d'une garantie " n'est pas de nature à établir que la décision d'assignation prononcée à son encontre lui imposant de se présenter les lundis et mercredis à 8 h 30 au commissariat de Montargis - et alors que l'existence d'une adresse constitue une garantie de représentation effective propre à prévenir le risque que l'intéressé se soustrait à l'exécution de la décision de transfert -, ne serait pas fondée.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2022 portant assignation à résidence.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation des arrêtés attaqués doivent être rejetées.
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D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2022.
La magistrate désignée,
Hélène C
La greffière,
Florence PINGUET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026