vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202933 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCPA SEBAN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 août 2022 et le 17 mars 2023, le préfet du Cher demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la délibération du 8 avril 2022 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Bourges Plus a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en ce qui concerne les dispositions de son règlement portant sur l'implantation des éoliennes sur son territoire.
Il soutient que :
- le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'il interdit les éoliennes de façon absolue dans toutes les zones U, AU et N et dans tous les cônes de vues de la cathédrale de Bourges quelle que soit la zone méconnaît les dispositions des articles L. 151-19 et L. 151-23 du code de l'urbanisme et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du caractère disproportionné des prescriptions en matière d'implantations d'éoliennes ;
- cette interdiction générale s'appuie sur une cartographie des cônes de vues non définitive et sans portée réglementaire qui ne peut dès lors s'opposer aux projets éoliens ;
- l'article A-2 du règlement du PLUi en ce qu'il prévoit une règle générale de distance d'éloignement des éoliennes supérieure à la distance minimale fixée par l'article L. 515-44 du code de l'environnement est illégal en ce qu'il apporte une contrainte supplémentaire non prévue par les textes sans justification objective et non motivée en fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, la communauté d'agglomération Bourges Plus, représentée par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du préfet du Cher la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le préfet du Cher ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pajot,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Baron, représentant la communauté d'agglomération Bourges Plus.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 8 avril 2022, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Bourges Plus a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal. Elle a introduit, au sein de l'ensemble des zones urbaines, à urbaniser et naturelle, une interdiction d'implantations d'éoliennes. L'article A2 du règlement, régissant le secteur agricole, a fixé des conditions d'implantation pour les installations d'éoliennes en obligeant une implantation en dehors des cônes de vue vers la cathédrale de Bourges et à plus de 1 000 mètres des habitations et des limites des zones UA, UA, UB, UD, UN, 1AUd et 2AU pour les éoliennes dont le mât mesure plus de 30 mètres de haut.
2. En premier lieu, l'interdiction de l'implantation des éoliennes en zones U, AU et N, lesquelles représentent une surface de 36% du territoire couvert par le plan local d'urbanisme intercommunal n'est pas disproportionnée, compte tenu des motifs de sécurité publique d'une part et de qualité des espaces naturels, d'autre part, qui découlent de la définition même de ces zones.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les quartiers, îlots, immeubles, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation ".
4. Cet article, issu de l'ancien article L. 123-1-5 du code de l'urbanisme, permet au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, instituer un cône de vue ou identifier un secteur en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de ce cône de vue ou de ce secteur, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l'objectif recherché. Une interdiction de toute construction ne peut être imposée que s'il s'agit du seul moyen permettant d'atteindre l'objectif poursuivi.
5. Il ressort des pièces du dossier notamment du projet d'aménagement et de développement durable ainsi que du rapport de présentation, la nécessité de préserver les vues sur la cathédrale de Bourges compte tenu de son caractère exceptionnel. Si le rapport de présentation du PLUi encourage la production d'énergie renouvelable sur le territoire et autorise les installations d'éoliennes, sous certaines conditions, en zone A, il affirme également la contrainte liée à la présence sur le territoire de la cathédrale de Bourges, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, laquelle impose de prendre des mesures pour préserver les vues sur la cathédrale tout en tenant compte des enjeux de covisibilité. Le rapport de présentation précise également : " Dans le même esprit, la collectivité entend préserver les autres monuments historiques de l'impact d'une éolienne industrielle. Enfin, pour éviter la concentration de mats sur les seuls espaces restant au risque de détériorer le cadre de vie des habitants et le cadre paysager de la Champagne Berrichonne, le règlement introduit une interdiction d'implantation à moins de 1000 mètres d'habitations ou des limites d'une zone d'urbanisation future ". En outre, le projet d'aménagement et de développement durables identifie au sein de l'axe " Poursuivre la transition écologique et énergétique du territoire, pour un environnement préservé et un cadre de vie de qualité " un point 6 qui tend à contribuer au bien-être des habitants et à la lutte contre le changement climatique en menant le développement des projets éoliens dans le respect des contraintes liées notamment aux cônes de vue de la cathédrale de Bourges (patrimoine UNESCO). Les objectifs de la zone A répondent dès lors à la volonté des auteurs du PLUi de préserver les vues depuis/vers la cathédrale de Bourges. A cet effet, les dispositions de l'article A2 du règlement du PLUi prévoient que sont autorisées au sein de la zone A (hors des secteurs couverts par la trame de zone humide et des secteurs Ap) : " Les installations d'éoliennes, à condition qu'elles soient implantées : en dehors des cônes de vue vers la cathédrale de Bourges définis en annexe 4 du règlement ; à plus de 1 000m des habitations et des limites des zones UA, UB, UC, UD, UN, 1AUd et 2AU, pour les éoliennes dont le mât mesure plus de 30 m de haut. "
6. D'une part, l'article A2 du règlement du PLU renvoie à une cartographie des cônes de vue définie en annexe 4. Il résulte de la lecture même des dispositions précitées de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, lesquelles entrent dans le champ d'application de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, que le préfet du Cher n'est pas fondé à soutenir que la cartographie des cônes de vues associée à cet article A2, serait dépourvue de portée réglementaire, la circonstance que cette carte soit sujette à évolution étant sans incidence sur son opposabilité.
7. D'autre part, il ressort de la lecture de cette carte que les cônes de vue ne recouvrent pas l'entièreté du territoire couvert par le PLUi de sorte que le préfet ne peut soutenir qu'il résulte des dispositions de l'article A2 du PLUi une interdiction générale et absolue d'implantations d'éoliennes sur le territoire intercommunal. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été dit au point 5 que cette carte a été élaborée par la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement de la région Centre dans l'objectif de préserver les vues sur la cathédrale de Bourges. Si le préfet du Cher soutient que d'autres moyens moins contraignants que l'interdiction générale d'implantation d'éoliennes étaient envisageables, il ne résulte toutefois pas de la lecture du règlement du PLUi une interdiction générale d'implantation des éoliennes, mais une limitation de l'implantation laquelle est assujettie en zone A aux deux conditions précédemment exposées au sein de l'article A2. Par ailleurs, ces prescriptions sont justifiées par les caractéristiques particulières des éoliennes, lesquelles présentent une hauteur significative. Par suite, le moyen tiré de ce que la localisation des cônes de vues et les prescriptions applicables dans leur périmètre seraient disproportionnées par rapport au but recherché de préservation du patrimoine et ne permettraient pas d'atteindre les objectifs poursuivis par la commune en matière de protection paysagère doit être écarté. Il s'en suit que la commune n'a pas méconnu ces dispositions en créant des cônes de vue sur le territoire de la commune et en imposant des prescriptions associées à ces cônes de vue.
8. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 515-44 du code de l'environnement, dans sa version applicable au litige : " () La délivrance de l'autorisation d'exploiter est subordonnée au respect d'une distance d'éloignement entre les installations et les constructions à usage d'habitation, les immeubles habités et les zones destinées à l'habitation définies dans les documents d'urbanisme en vigueur au 13 juillet 2010 et ayant encore cette destination dans les documents d'urbanisme en vigueur, cette distance étant, appréciée au regard de l'étude d'impact prévue à l'article L. 122-1. Elle est au minimum fixée à 500 mètres "
9. Il ressort de la lecture des dispositions précitées de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Bourges Plus qu'en sus de la condition d'implantation des éoliennes liée aux cônes de vues vers la cathédrale de Bourges, une autre condition cumulative a été prévue par les auteurs du PLUi. Cette condition impose de respecter une distance d'éloignement de plus de 1 000m des habitations et des limites des zones à urbaniser, pour les éoliennes dont le mât mesure plus de 30m de haut. S'il ressort du rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal que cette règle a été édictée dans le but d'éviter la concentration de mats sur les seuls espaces restant afin de ne pas détériorer le cadre de vie des habitants et le cadre paysager de la Champagne Berrichonne, ces seules considérations ne permettent pas de justifier qu'une interdiction générale d'implantation supérieure à la distance minimum d'éloignement fixée par les dispositions de l'article L. 515-44 du code de l'environnement (500 mètres) soit fixée sans autre justification objective tenant au caractère des lieux, et ce alors que cet objectif de préservation du cadre de vie pourra être pris en compte au moment, le cas échéant, de l'autorisation d'exploiter en tenant compte de la concentration potentiellement trop importante de mats sur le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la règle d'implantation des éoliennes prévue au sein de l'article A2 du règlement du PLUi tenant à la distance d'éloignement à plus de 1 000m des habitations et des zones à urbaniser doit être accueilli.
Sur les frais liés au litige :
10. La préfecture du Cher n'a pas la qualité de partie perdante à la présente instance au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées sur ce fondement par la communauté d'agglomération Bourges Plus doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 8 avril 2022 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Bourges Plus a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal est annulée en tant qu'en son article A2 il impose une implantation des éoliennes à une distance de plus de 1 000m des habitations et des limites des zones à urbaniser pour les éoliennes dont le mât mesure plus de 30m de haut.
Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Bourges Plus au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet du Cher et à la communauté d'agglomération de Bourges Plus.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
M. Jaosidy, premier conseiller,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
La rapporteure,
Anne-Laure PAJOT
La présidente,
Anne-Laure DELAMARRELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026