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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202978

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202978

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202978
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2022, M. B A, représenté par Me Blin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 15 janvier 2003, est entré irrégulièrement en France le 11 février 2019 et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du Var le 26 février 2019. Il a été transféré aux services de l'aide sociale à l'enfance des Hauts-de-Seine en avril 2019 avant d'être transféré aux services de l'aide sociale à l'enfance d'Eure-et-Loir en décembre 2020. Le 14 janvier 2021, il a déposé auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 juin 2022 dont il demande l'annulation, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans et qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Le préfet, disposant d'un large pouvoir d'appréciation, doit ensuite prendre en compte la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Saisi d'un recours contre une décision de refus, il appartient seulement au juge administratif de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'il a portée.

4. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, la préfète d'Eure-et-Loir s'est fondée sur le caractère incohérent de son parcours en indiquant que l'intéressé, après avoir suivi une année de formation en CAP " restauration " a signé un contrat d'apprentissage en juillet 2021 pour un CAP maçonnerie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé n'était pas inscrit dans une formation préparant à un diplôme de restauration mais a suivi un stage de découverte dans ce domaine lorsqu'il était pris en charge par l'aide sociale à l'enfance des Hauts-de-Seine. Depuis son arrivée en Eure-et-Loir l'intéressé a été placé en classe DEA (dispositif élèves allophones). Au vu de ses résultats scolaires, il a fait l'objet d'un avis très favorable des enseignants pour préparer un CAP. Ayant effectué durant l'année plusieurs stages de maçonnerie, il a signé le 20 septembre 2021 un contrat d'apprentissage avec la société qu'il l'a accueilli en vue de préparer son CAP de maçonnerie. Il se révèle bon apprenti et est bien intégré à l'équipe. Parallèlement, en janvier 2022 il a signé un contrat jeune majeur avec de département d'Eure-et-Loir. Le rapport établi par les services sociaux en vue du renouvellement de son contrat jeune majeur souligne le potentiel du jeune homme, son investissement, son implication dans sa scolarité et dans son projet professionnel et ses très bonnes relations aux autres, et émet un avis favorable à ce renouvellement. Si ce même rapport indique que le requérant appelle sa mère une fois par an, cette circonstance ne suffit pas à établir l'intensité de ses liens avec sa famille demeurée dans son pays d'origine.

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 4 qu'alors qu'il est établi que le requérant suivait une formation professionnelle qualifiante depuis au moins six mois à la date de sa demande de titre, qu'il a acquis une maitrise satisfaisante de la langue française et par son comportement met tout en œuvre pour s'intégrer dans la société française, le refus de titre de séjour opposé par la préfète d'Eure-et-Loir est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de l'ensemble de sa situation.

6. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler la décision portant refus de titre de séjour opposé à M. A ainsi que, par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, compte tenu de la nature du motif d'annulation retenu, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de faits, qu'il soit enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer un titre de séjour " salarié " à M. A, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Blin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blin de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète d'Eure-et Loir du 22 juin 2022 relatif à la situation de M. A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer un titre de séjour " salarié " à M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Blin la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète d'Eure-et-Loir.

Copie en sera adressée pour information à Me Blin.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Quillévéré, président,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

Le président,

Guy QUILLEVERELa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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