vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203002 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | KOUKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 29 août 2022, le 24 septembre 2022, le 16 octobre 2022, le 4 octobre 2023, le 29 octobre 2023, le 14 novembre 2023 et le 4 septembre 2024, Mme A D, représentée par Me Kouka, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé de même que l'avis rendu par le collège de médecins ;
- la préfète s'est placée en situation de compétence liée ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreur de fait et méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le traitement que nécessite son état de santé n'est pas disponible dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;
- elle est illégale dès lors que sa situation justifie qu'elle se voit délivrer de plein droit un titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et ne tient pas compte de sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 28 septembre 2023, la préfète du Loiret suggère de reconnaître à l'Office français de l'immigration et de l'intégration la qualité d'observateur dans la présente instance afin qu'il soumette à l'appréciation du tribunal les élements sur la base desquels le collège de médecins a rendu son avis.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lardennois,
- et les observations de Me Kouka, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante tunisienne née le 24 juillet 1990, est entrée sur le territoire français le 25 septembre 2010. Elle s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " régulièrement renouvelé, puis à partir de janvier 2018, elle a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade. Le 2 mars 2021, elle a sollicité auprès des services de la préfecture du Loiret le renouvellement de son titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 2 août 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de destination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui doit être regardée comme ayant levé le secret médical en faisant état de sa pathologie, souffre d'une ostéonécrose de la tête fémorale gauche. Elle se prévaut de ce qu'elle est toujours suivie pour cette pathologie et dans l'attente d'un nouveau traitement conservateur par forage et greffe de moelle osseuse auquel elle ne pourra pas avoir accès dans son pays d'origine, la Tunisie. Si par son avis du 22 juin 2021, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il a aussi considéré qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Toutefois, la requérante produit deux certificats médicaux établis, pour le premier par le docteur B, médecin spécialiste en chirurgie orthopédique, en traumatologie du sport et arthroscopie, le 22 septembre 2022, et pour le second, par le docteur C, spécialiste en chirurgie orthopédique et traumatologique, le 23 septembre 2022, attestant de l'indisponibilité en Tunisie de la technique chirurgicale de ponction-concentration-réinjection (dite PCR) dont bénéficie la requérante confirmant de précédentes attestations établies les 16 avril 2017, 22 avril 2017, 4 mai 2017 et 13 septembre 2018 par divers spécialistes en chirurgie orthopédique et traumatologique tunisiens. Dans ces conditions, alors que d'une part, par deux précédents avis du 26 février 2019 et du 10 juin 2020, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, saisi de la même pathologie de la requérante, avait considéré que l'intéressée ne pouvait pas bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié, et d'autre part, la préfète du Loiret, en ne produisant pas de mémoire en défense, ne remet pas en cause l'indisponibilité dans le pays d'origine de Mme D d'un traitement approprié à son état de santé, en estimant que la requérante pourrait bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié et en refusant, en conséquence, de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étranger malade, la préfète du Loiret a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 2 août 2022 de la préfète du Loiret portant refus de renouvellement de titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. La présente décision implique nécessairement que la préfète du Loiret délivre à Mme D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de délivrer à l'intéressée un tel titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de la munir dans l'attente d'un récépissé l'autorisant à travailler.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2 août 2022 de la préfète du Loiret est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à Mme D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale", et de la munir dans l'attente d'un récépissé l'autorisant à travailler.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète du Loiret.
Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
Stéphane LARDENNOIS
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026