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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203051

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203051

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Toubale, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 juillet 2022 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher d'examiner sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- cette décision méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables, sa demande d'asile ayant été déposée à une date antérieure à leur entrée en vigueur ;

- en tout état de cause, la preuve de la formalité de l'obligation d'information prévue à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas rapportée par l'administration.

Par une ordonnance du 15 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixé au 13 juillet 2023.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée par une décision du 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;

- le décret n° 2019-151 du 28 février 2019 ;

- le décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Toullec.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant du Bangladesh, né le 5 août 1995, a déposé, le 11 mai 2018, une demande d'asile qui a été rejetée. Il déclare avoir présenté, le 15 avril 2022, une demande de régularisation de sa situation en se prévalant de la présence régulière de ses parents sur le territoire français ainsi que de sa bonne insertion professionnelle. A la suite d'une relance de sa demande par l'intermédiaire de l'association Emmaüs le 1er juillet 2022, le préfet de Loir-et-Cher a répondu, par un mail du 11 juillet 2022, qu'en application des articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne pouvait déposer une nouvelle demande de titre de séjour au-delà du délai de deux mois suivant le dépôt de sa demande d'asile. Par cette décision, le préfet a ainsi refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. A, qui, par la présente requête, en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions () ".

3. La décision contestée du 11 juillet 2022 ne comporte ni la signature ni la mention du prénom, du nom et de la qualité de son auteur. Elle ne comporte que les initiales " MCN ", ce qui ne permet pas l'identification du signataire. Aucune autre mention du courriel ne permet d'identifier la personne qui en est l'auteur. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de forme en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'auteur de la décision, " MCN ", dispose d'une délégation de signature régulière à l'effet de signer les décisions refusant l'enregistrement de demandes de titre de séjour. Par suite, le requérant est également fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'incompétence.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date du dépôt de la demande d'asile de M. A : " Lorsqu'une demande d'asile a été définitivement rejetée, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour doit justifier, pour obtenir ce titre, qu'il remplit l'ensemble des conditions prévues par le présent code ".

6. La loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie a modifié l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui disposait, dans sa rédaction applicable jusqu'au 1er mai 2021 que : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 511-4, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent article ". Par ailleurs, le décret du 28 février 2019, pris pour l'application de la loi du 10 septembre 2018 a créé l'article D. 311-3-2 du même code, qui dispose que : " Pour l'application de l'article L. 311-6, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné au 11° de l'article L. 311-11, ce délai est porté à trois mois ". Il ressort du IV de l'article 71 que l'article L. 311-6 entre en vigueur le 1er mars 2019 et s'applique aux demandes d'asile qui lui sont postérieures. Les articles L. 311-6 et D. 311-3-2 ont été repris à droit constant par les articles L. 431-2 et D. 431-7 par l'ordonnance du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par le décret du même jour portant partie réglementaire du même code.

7. En se fondant sur les articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A, au motif de son caractère tardif, alors que sa demande d'asile avait été déposée le 11 mai 2018 soit antérieurement à l'entrée en vigueur de la loi du 10 septembre 2018 qui a instauré l'obligation d'informer le demandeur d'asile de la possibilité de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement que l'asile et enserré cette demande, sous réserve de circonstances nouvelles, dans un délai de deux mois, porté à trois mois lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour pour raisons de santé, le préfet de Loir-et-Cher a commis une erreur de droit, ainsi que le soutient le requérant.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le dernier moyen de la requête, que la décision du 11 juillet 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La présente décision implique nécessairement que le préfet de Loir-et-Cher enregistre la demande de titre de séjour de M. A, sous réserve du caractère complet du dossier de demande. Par suite, il y a lieu, sous cette réserve, d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher d'enregistrer cette demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 juillet 2022 du préfet de Loir-et-Cher est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A, sous réserve du caractère complet du dossier de demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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