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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203084

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203084

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 7 septembre 2022, le 11 octobre 2022 et les 2, 5, 9 et 22 décembre 2022, M. B A conteste l'arrêté du 18 août 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

M. A fait valoir que :

- la préfecture a mis plus d'un an à instruire sa demande de titre de séjour ;

- la préfecture ne lui a laissé que deux semaines pour contester l'arrêté, alors que le délai normal est d'un mois ;

- la préfecture lui oppose un défaut de visa, alors qu'il s'est acquitté de 150 euros de timbres fiscaux ;

- son dossier aurait dû passer devant la commission du titre de séjour ;

- il doit passer des examens en octobre et décembre 2022, pour terminer sa formation et trouver un emploi en lien avec sa qualification ;

- il souhaite l'annulation de l'arrêté attaqué dans le cadre du dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale ", qui lui permettra d'éviter la radiation de son entreprise ;

- dans trois mois il entrera dans le cadre de la circulaire Valls ; l'obligation de quitter le territoire français fera obstacle à ce qu'il fasse reconnaître ses droits même après cinq années de présence sur le territoire français ;

- à l'automne 2022, il a été reçu à l'examen du BTS " négociation et digitalisation de la relation client " ;

- le 5 décembre 2022, il a eu un entretien qui a abouti à une promesse d'embauche verbale ;

- il souhaite s'intégrer en France.

Par un mémoire enregistré le 5 décembre 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors, d'une part, qu'elle tend à ce que le tribunal administratif délivre un titre de séjour au requérant, ce qu'il ne lui appartient pas de faire, d'autre part, qu'elle ne comporte aucun moyen ;

- à titre subsidiaire, M. A ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française, que ce soit sur le plan personnel ou sur le plan professionnel ; en revanche le requérant, célibataire sans enfant à charge, se maintient irrégulièrement sur le territoire français malgré deux précédentes mesures d'éloignement, alors que tous les membres de sa famille résident au Mali où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans au moins ; l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ne fait pas obstacle à ce qu'il puisse obtenir l'autorisation de revenir en France pour se présenter à un examen auquel il prétend depuis plus de deux ans être candidat.

Des mémoires présentés par M. A ont été enregistrés le 30 décembre 2022, les 6, 8, 12 mars 2023, les 6 et 10 avril 2023, après la clôture de l'instruction fixée au 29 décembre 2022 à 12 heures par une ordonnance du 9 décembre 2022.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du 15 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes, signée à Bamako le 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dorlencourt,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 25 août 1993, est entré irrégulièrement en France le 5 mars 2018 selon ses déclarations. Après avoir, le 19 juillet 2019, sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, il a fait l'objet le 25 juillet 2020 d'un arrêté du préfet du Loiret portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 14 janvier 2020, le tribunal a rejeté le recours de M. A à l'encontre de cet arrêté. L'intéressé s'est maintenu sur le territoire français et a, le 24 août 2020, présenté une nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 26 janvier 2021, le préfet du Loiret, de nouveau, a refusé de lui délivrer ce titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le recours formé par M. A contre ce nouvel arrêté a été rejeté par un jugement du 3 mai 2021 du tribunal. Le 11 juin 2021, M. A a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 août 2022, la préfète du Loiret a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, si M. A fait valoir que les services de la préfecture ont mis plus d'un an à instruire sa demande, une telle circonstance n'est pas de nature à entacher d'illégalité l'arrêté pris à l'issue de cette instruction. De même, la mention erronée figurant, s'agissant du délai de recours, dans la notice d'information jointe à l'arrêté attaqué est sans influence sur la légalité de cet arrêté.

3. En deuxième lieu, la préfète du Loiret, avant d'examiner la demande de titre de séjour de M. A sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a relevé que l'intéressé ne justifiait pas de la détention du visa de long séjour exigé par l'article 6 de la convention franco-malienne du 26 septembre 1994. En se bornant à faire valoir qu'il s'est acquitté de 150 euros en timbre fiscaux à l'occasion de ses demandes successives de titre de séjour, le requérant ne conteste pas utilement la circonstance ainsi mentionnée par l'arrêté attaqué.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

5. D'une part, M. A, qui ainsi qu'il a été dit ci-dessus a déclaré être entré en France au mois de mars 2018, ne justifie pas, ni même n'allègue, résider en France habituellement depuis plus de dix ans. Par suite, la préfète du Loiret n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

6. D'autre part, M. A fait valoir qu'il est bien intégré en France et qu'il doit rester sur le territoire français pour, tout à la fois, terminer sa formation et trouver un emploi en lien avec sa qualification, mais également poursuivre le développement de l'entreprise qu'il a créée.

7. Toutefois, si M. A produit des documents relatifs à la création, sous le nom commercial " Kanis Informatique ", d'une activité de " ventes, services après-vente et associés dans la téléphonie mobile et informatique. Proposition de formations en bureautique et autre ", il ne justifie pas de l'exercice effectif de cette activité, pas plus que de celle de " commerce et réparation de motocycles " qu'il a également déclarée. Par ailleurs, si M. A indique qu'il était, à la date de l'arrêté attaqué, en cours d'obtention d'un brevet de technicien supérieur " négociation et digitalisation de la relation client " par validation des acquis de l'expérience, et qu'il a obtenu cette validation au mois de novembre 2022, il ressort des pièces produites par la préfète du Loiret que l'intéressé avait déjà été convoqué à deux reprises, le 1er juin 2021 et le 27 avril 2022, pour passer cet examen. Dans ces conditions, et alors même que M. A bénéficierait de promesses d'embauche en France, sa situation ne caractérise pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète du Loiret a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de ces dispositions.

8. Enfin, M. A ne peut utilement invoquer les dispositions de la circulaire NOR N°INTK1229185C du 28 novembre 2012, qui est dépourvue de toute valeur réglementaire.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 août 2022 attaqué. Sa requête doit par suite être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la préfète du Loiret.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

Hélène LE TOULLEC

Le président-rapporteur,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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