lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203170 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ROULET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022 à 16 heures 27 minutes, M. A B, représenté par Me Roulet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2022, notifié le 13 septembre 2022 à 10 h 45 minutes, par lequel la préfète du Loiret a ordonné son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'arrêté du 29 août 2022, notifié le 13 septembre 2022 à 10 h 45, l'assignant à résidence, dans le département d'Eure-et-Loir, pour une durée de 45 jours renouvelable, à compter de la notification de cet arrêté ;
2°) d'enjoindre au préfet d'examiner sa demande d'asile et, dans cette attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée, la somme de 1200 euros à verser à son conseil.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté ordonnant son transfert aux autorités espagnoles n'est pas établie ;
- la consultation du fichier Eurodac, la saisine des autorités espagnoles ainsi que leur décision d'acceptation de reprise en charge ne sont pas davantage établies ;
- la décision ordonnant son transfert méconnaît les article 4 et 5 du règlement CE n° 604/2013 ;
- elle méconnaît également les dispositions de l'article 18 du règlement CE n° 2725/2000 ;
- elle méconnaît l'article L.571-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des éléments de sa situation personnelle ;
- le transfert vers l'Espagne ne peut être engagé dès lors que ce pays connaît de graves défaillances systémiques, ce qui aurait dû conduire le préfet à faire application de l'article 17 du règlement CE n° 604/2013 ;
- la compétence du signataire de l'arrêté prononçant son assignation à résidence n'est pas établie.
Par un mémoire enregistré le 15 septembre 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le règlement UE n° 2725/2000 du 11 septembre 2000 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées aux articles l'article R.777-3 et R 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Roulet représentant M. B, laquelle a indiqué abandonner les moyens relatifs à la compétence de l'auteur de l'acte et ce, pour les deux arrêtés contestés, ainsi que le moyen tiré de l'absence de consultation du fichier Eurodac et de recueil de l'accord des autorités espagnoles, les moyens relatifs à la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement CE n° 604/2013 mais maintenir l'ensemble des autres moyens de sa requête, insistant plus spécialement sur les défaillances systémiques rencontrées par l'Espagne et sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.-571-2. M B a précisé rencontrer des problèmes de santé et être suivi au centre hospitalier régional d'Orléans mais ne pas avoir de traitement médicamenteux, ajoutant que son retour en Espagne le priverait de cette prise en charge médicale.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien, né le 31 décembre 1997, alias A B né le 1er janvier 2003 est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France et y séjourne sans être muni des documents et visa exigés par les textes en vigueur. La consultation du fichier " Eurodac " a fait apparaître qu'il a franchi irrégulièrement la frontière espagnole dans les douze mois précédant le dépôt de sa demande d'asile, ce qui a conduit les services de la préfecture du Loiret à lui remettre, le 9 juin 2022, une attestation de demande d'asile en procédure Dublin. Saisies d'une demande de reprise en charge, les autorités espagnoles ont fait connaître leur accord le 29 juillet 2022. Par deux arrêtés intervenus le 26 et le 29 août 2022, la préfète du Loiret a ordonné son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et prononcé son assignation à résidence dans le département d'Eure-et-Loir.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président " ; qu'aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
4. En premier lieu, le règlement (CE) n° 2725/2000 du Conseil du 11 décembre 2000 a été abrogé par le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, qui l'a remplacé. En invoquant les dispositions de l'article 18 du règlement du 11 décembre 2000, M. B doit être regardé comme ayant entendu invoquer les dispositions de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013. Toutefois, l'obligation d'information prévue par cet article a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés. Par suite, la méconnaissance de cette obligation ne peut en tout état de cause être utilement invoquée à l'encontre de la décision de transfert en litige.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (..). Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative./ Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend./(.) ".
6. Les conditions de notification d'une décision administrative étant dépourvues d'incidence sur la légalité de cette décision, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué n'aurait pas été notifié régulièrement à M. B, en l'absence de mention de la possibilité d'avertir son consulat, est inopérant à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre cet arrêté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Clauses discrétionnaires / 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".
8. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.
9. M B fait état de l'existence de défaillances affectant les conditions d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile en Espagne. Toutefois, les documents à caractère général qu'il produit à l'appui de ses allégations ne permettent pas de tenir pour établi que sa propre demande d'asile serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités espagnoles dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que l'Espagne est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De plus, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, sans membre de famille en France, est arrivé sur le territoire français en juin 2022, soit depuis très peu de temps, après avoir résidé près de six mois en Espagne. S'il indique souffrir d'une affection hépatique grave et produit une copie des analyses de sang effectuées depuis son arrivée sur le territoire , indiquant avoir été mieux traité en France, où il bénéfice d'un toit et d'un suivi médical, qu'en Espagne, il ne fait mention d'aucun traitement médicamenteux nécessité par son état et n'établit pas que celui-ci serait incompatible avec un transfert vers l'Espagne ou qu'il ne pourra y bénéficier d'un suivi médical adapté, comparable à celui dont il bénéficie en France. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. En outre, il n'établit pas davantage qu'en ne mettant pas en œuvre la clause dérogatoire prévue au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 la préfète du Loiret aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée, y compris les conclusions en injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Loiret.
Copie en sera adressée, pour information, à Me Roulet.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Hélène C
Le greffier,
Florence PINGUET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026