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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203198

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203198

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 septembre 2022 et le 1er août 2023, M. B A, représenté par Me Cariou, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le bénéfice de la protection temporaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant ou au titre de la vie privée et familiale dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans cette attente, de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même condition d'astreinte, un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il n'est pas établi que l'agent lui ayant notifié l'arrêté litigieux ait été habilité pour notifier ce type d'acte ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et en refusant d'examiner sa demande d'asile, ainsi que ses demandes de titre de séjour en qualité d'étudiant ou au titre de la vie privée et familiale, le préfet n'a pas répondu à tous les moyens de fait et de droit invoqués au soutien de sa demande de titre de séjour entachant ainsi sa décision d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a méconnu son droit au bénéfice de la protection temporaire ;

- c'est à tort que le préfet a refusé de l'autoriser à déposer une demande d'asile ;

- l'arrêté contesté méconnaît le principe d'égalité devant la loi ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à destination de l'Algérie ou de l'Ukraine est abusive et disproportionnée.

Par un mémoire enregistré le 26 octobre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;

- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 18 mai 1995, est, selon ses déclarations entré sur le territoire français le 1er mars 2022 afin de solliciter, en application de l'article L. 581-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice de la protection temporaire en tant que détenteur d'une carte temporaire de résidence délivrée par les autorités ukrainiennes. Par l'arrêté attaqué du 2 juin 2022, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Pour refuser à M. A le bénéfice de la protection temporaire, le préfet a estimé que l'intéressé " ne saurait valablement soutenir ne pas être en mesure de rentrer dans son pays d'origine, l'Algérie, dans des conditions sûres et durables ". En l'absence de toutes considérations de fait propres à la situation de M. A, la décision du préfet de Loir-et-Cher n'est pas suffisamment précise et ne permet pas de connaître les raisons qui ont conduit le préfet à estimer que le requérant pouvait rentrer dans son pays d'origine dans des conditions sûres et durables. Par suite, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et à demander, pour ce motif, son annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation, l'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de protection temporaire présentée par M. A soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

5. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Cariou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Cariou d'une somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 juin 2022 du préfet de Loir-et-Cher est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de procéder au réexamen de la demande de protection temporaire de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Cariou en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Cariou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Blois.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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