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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203228

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203228

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL FREDERIC ALQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2022, M. C, représenté par Me Alquier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa demande de titre dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour ce dernier et lui-même de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- à défaut de transmission de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il est fondé à se prévaloir de vices de procédure au regard des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a commis une erreur de droit en se croyant liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé ;

- la préfète à méconnu son intérêt supérieur en matière de continuité des soins ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-1 ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire porte atteinte à sa vie privée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique, autorisée par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensée, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant angolais né le 20 juin 1988, est entré irrégulièrement en France le 28 août 2019 accompagné de sa concubine et de ses deux premières filles. Après que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 septembre 2021, il a sollicité le 27 octobre suivant la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 14 juin 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays d'origine, l'Angola, ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, comme pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

3. Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le collège de médecins du service médical de l' Office français de l'immigration et de l'intégration désigné afin d'émettre un avis doit préciser : " a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. () ".

4. D'une part, le requérant se prévaut de ce que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas produit, ce qui ne permet pas de vérifier la régularité de la procédure suivie en amont du refus de délivrance du titre de séjour, au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, l'avis médical du 18 février 2022, qui a été communiqué en cours d'instance, comporte la date, le nom, la qualité et la signature des trois médecins qui en sont les auteurs ainsi que l'identification du médecin rapporteur. Il ressort de cet avis que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé sur l'intégralité de la situation médicale de l'intéressé, en apportant les précisions sur son état de santé exigées par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité. Il a ainsi indiqué que cet état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que M. A peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel il peut voyager sans risque. Cet avis étant de nature à permettre à la préfète de prendre une décision de façon éclairée quant à la nécessité de délivrer un titre de séjour au requérant, ce dernier n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la consultation du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait entachée de vices de procédure.

5. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. En l'espèce, M. A, qui a levé le secret médical, fait valoir qu'il souffre d'un syndrome traumatique sévère depuis des années. Il décrit des troubles de l'humeur, des cauchemars répétitifs, ainsi que des crises de panique et des reviviscences de souvenirs traumatiques vécus en Angola et soutient ressentir, parfois, des envies suicidaires. Il ajoute qu'il a été victime en 2020 d'une agression par arme blanche à l'origine d'un syndrome douloureux du membre supérieur gauche, associé à des réveils nocturnes et une paresthésie en lien avec la lésion du nerf cubital. Il soutient être sous traitement médicamenteux et bénéficier d'un suivi par un psychologue clinicien ainsi que d'une prise en charge psychothérapeutique au sein du centre médico-psychologique du centre hospitalier régional universitaire de Tours. Il fait valoir que du fait d'un manque de personnel qualifié et de l'indisponibilité de certains médicaments en Angola, sa pathologie chronique ne pourra pas être traitée dans son pays d'origine, où, en outre, la mise en œuvre d'une psychothérapie n'est envisageable que par la consultation de médecins privés, dont le coût est élevé et la liste d'attente très longue. Pour justifier ses allégations, et contredire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 18 février 2022, le requérant se prévaut de certificats médicaux datés des 11 août 2021, 23 juin et 24 juin 2022, tous établis en France par un médecin généraliste et deux psychiatres, se bornant à attester que l'intéressé décrit une tristesse de l'humeur importante associée à une symptomatologie post-traumatique sévère, nécessitant sa prise en charge dans une structure de santé plus performante que celles se trouvant en Angola. Le requérant se prévaut également d'un certificat médical du 21 octobre 2021 établi à Tours, attestant d'un début de lésion du tunnel cubital, jugée cependant comme non-pathologique par le médecin l'ayant rédigé. Toutefois, aucun des éléments produits par le requérant n'est de nature à établir l'impossibilité qu'il invoque de bénéficier d'un accès effectif, dans son pays d'origine, aux traitements nécessités par son état de santé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise la préfète d'Indre-et-Loire en refusant de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade " doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu son intérêt supérieur en matière de droit à la continuité des soins.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète d'Indre-et-Loire se serait cru en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour refuser à M. A le renouvellement du titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen est, par suite, écarté.

8. En troisième lieu, les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables à la situation de M. A qui ne peut, dès lors, utilement s'en prévaloir.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. Si M. A fait valoir que l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions précitées, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article ni que la préfète d'Indre-et-Loire aurait examiné la situation de l'intéressé au regard de ces dispositions, ce qu'elle n'était en aucun cas tenue de faire. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour est inopérant. En tout état de cause, les éléments de la situation de M. A mentionnés au point précédent ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. M. A, présent en France depuis le mois d'août 2019, soit un peu moins de trois ans au moment de l'édiction de la décision attaquée, fait valoir qu'il vit en concubinage avec une ressortissante angolaise et leurs trois enfants mineurs, dont le dernier est né en France en 2021. Il se prévaut de la scolarisation en France de ses deux premières filles et de la participation active de l'une d'elles aux entrainements et aux compétitions sportives de l'association des majorettes de Tours. Toutefois, le requérant ne produit aucun autre élément de nature à établir la réalité, l'ancienneté et l'intensité de relations amicales ou familiales sur le territoire français, en dehors de son foyer, alors qu'il ne conteste pas ne pas être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine où résident toujours ses parents, son frère et sa sœur et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Ainsi, alors qu'il est constant que sa concubine se trouve également en situation irrégulière et qu'il n'est pas démontré que les enfants du couple ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Angola, le requérant n'établit pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans ce pays et ne justifie donc pas de l'impossibilité d'y poursuivre sa vie privée et familiale. En outre, si M. A, qui soutient ne plus être apte à travailler depuis son agression, se prévaut de sa bonne maitrise du français et d'une activité en qualité de bénévole au sein d'une association, ces circonstances, au demeurant non établies, ne suffisent pas à justifier d'une particulière insertion dans la société française. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que de celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

Patricia B

L'assesseure la plus ancienne,

Pauline BERNARD

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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