mercredi 1 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203277 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
I Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022 sous le numéro 2203277, Mme E D, représentée par Me F, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Loiret a rejeté le recours dirigé contre la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales du Loiret a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active de 10 842,72 euros ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer cet indu ;
3°) d'enjoindre au département du Loiret de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du département du Loiret une somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative à payer à Me F.
Elle soutient que :
- la décision méconnaît les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est signée par une autorité incompétente ;
- elle n'a pas été informée de la mise en œuvre de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- elle a été privée de la garantie constituée par la saisine de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales ;
- le recouvrement de l'indu a été effectué en méconnaissance de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision n'est pas motivée ; elle n'a pas bénéficié d'un entretien avec le signataire de la décision, ni reçu communication des conclusions du contrôle de sa situation ; les stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
- elle a régulièrement déclaré l'ensemble de ses revenus ;
- elle se prévaut du droit à l'erreur de l'article L.123-1 du code des relations entre le public et l'administration ; elle est de bonne foi et la caisse d'allocations familiales a méconnu son devoir d'information des allocataires ;
- à titre subsidiaire, elle demande un délai de paiement ou une remise gracieuse de sa dette.
Par un mémoire enregistré le 21 décembre 2022, le département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II- Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022 sous le numéro 2203278, Mme E D, représentée par Mme F, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Loiret a rejeté le recours dirigé contre la décision du 18 mai 2022 de la caisse d'allocations familiales mettant à sa charge un indu d'aide personnelle au logement de 3 972 euros ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer cet indu ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Loiret de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Loiret une somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative à payer à Me F.
Elle soutient que :
- elle soulève des moyens identiques à ceux exposés dans la requête n° 2203277 et soutient en outre que :
- la décision implicite méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la preuve de l'assermentation de l'agent chargé du contrôle n'est pas rapportée ;
- un décompte précis de la créance n'est pas produit ;
- aucun prélèvement ne peut être effectué si le bien-fondé de l'indu est contesté (cassation, 2ème chambre civile, n° 20-21.534 du 23 juin 2022).
Par un mémoire enregistré le 27 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
III- Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022 sous le numéro 2203280, Mme E D, représentée par Me F, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 mai 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Loiret a mis à sa charge un indu d'aide exceptionnelle de solidarité de 150 euros ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer cet indu ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Loiret une somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative à payer à Me F.
Elle soutient que :
- elle se réfère aux moyens soulevés dans la requête 2203277 et soutient en outre que :
- la décision ne comporte ni le nom ni le prénom du signataire.
Par un mémoire enregistré le 28 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
IV- Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022 sous le numéro 2203282, Mme E D, représentée par Me F, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 mai 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Loiret a mis à sa charge un indu de prime exceptionnelle de 152,45 euros au titre de
l'année 2020 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer cet indu ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Loiret une somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative à payer à Me F.
Elle soutient que :
- elle se réfère aux moyens soulevés dans la requête 2203277 et soutient en outre que :
- la décision ne comporte ni le nom ni le prénom de son auteur.
Par un mémoire enregistré le 27 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
V- Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022 sous le numéro 2203283, Mme E D, représentée par Me F, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 mai 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Loiret a mis à sa charge un indu de prime exceptionnelle de 152,45 euros au titre de
l'année 2021 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer cet indu ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Loiret une somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative à payer à Me F.
Elle soutient que :
- elle se réfère aux moyens soulevés dans la requête 2203277 et soutient en outre que :
- la décision ne comporte ni le nom ni le prénom de son auteur.
Par un mémoire enregistré le 27 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 19 août 2022 et du 21 octobre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2203277, 2203278, 2203280, 2203282 et 2203283 sont relatives à la situation du même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin de statuer par un même jugement.
2. Par une décision du 18 mai 2022, la caisse d'allocations familiales du Loiret a informé Mme D d'un indu de revenu de solidarité active de 10 842,72 euros au titre de la période du 1er juin 2020 au 28 février 2022, d'aide personnelle au logement de 3 972 euros au titre de la période du 1er septembre 2020 au 28 février 2022 et de prime de solidarité de 150 euros au titre du mois de novembre 2022. Le recours préalable formé par la requérante contre l'indu de revenu de solidarité active a été rejeté par une décision du président du conseil départemental du Loiret du 7 juillet 2022. Le recours du 2 juin 2022 dirigé contre l'indu d'aide personnelle au logement a été rejeté par une décision implicite de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales. Par des décisions du 21 mai 2022, la caisse d'allocations familiales du Loiret a informé Mme D de deux indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 et 2021 de 152,45 euros.
3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année, d'aide personnelle au logement ou de prime de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige
En ce qui concerne les indus de prime exceptionnelle de fin d'année et de prime de solidarité :
4. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ". Les décisions du 21 mai 2022 notifiant l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 et 2021 ne comportent pas la signature de leur auteur, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Loiret. La décision du 18 mai 2022, en tant qu'elle notifie à Mme D un indu de prime de solidarité, ne comporte pas le nom et le prénom et la qualité de la personne ayant signé cette décision pour le directeur de la caisse d'allocations familiales. Mme D est fondée, pour ce motif à demander l'annulation de ces décisions. Toutefois, dès lors qu'aucun autre motif n'est susceptible de fonder l'annulation de ces décisions, il demeure loisible à l'administration de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Il suit de là que Mme D est fondée à demander la décharge de l'obligation de payer ces indus, sauf à ce que la caisse d'allocations familiales du Loiret reprenne une nouvelle décision dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
S'agissant des indus d'aide personnelle au logement et de revenu de solidarité active :
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée du 7 juillet 2022 du président du conseil départemental du Loiret a été prise au vu des résultats du contrôle réalisé par un agent assermenté de la CAF avec des informations fournies par les services fiscaux et les fiches de paie de la requérante et non sur le fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande, ne peut qu'être écarté comme inopérant.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que par un arrêté du 30 juin 2022 régulièrement publié, le président du conseil départemental du Loiret a délégué à M. B C, responsable du Service RSA et retour à l'emploi, la signature des réponses aux courriers relatifs aux recours administratifs. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
7. En troisième lieu, si Mme D soutient qu'elle n'a pas été informée, avant la mise en recouvrement des indus, de l'exercice par la caisse d'allocations familiales du droit de communication prévu à l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, il résulte de l'instruction que les indus litigieux sont fondés sur la comparaison entre, d'une part, les déclarations de ressources souscrites par la requérante, les fiches de paie transmises par Mme D et les informations fournies par les services fiscaux sur le fondement de l'article L. 114-14 du code de la sécurité sociale d'autre part. La lettre de la caisse d'allocations familiales du Loiret du 15 janvier 2022 intitulée " contrôle des ressources et situation " informe la requérante que les services fiscaux ont transmis les ressources de l'année 2020. Le moyen doit dès lors être écarté. L'exigence résultant de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale auquel renvoie l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles, selon laquelle les vérifications et enquêtes administratives diligentées pour les contrôles relatifs au revenu de solidarité active doivent être effectuées par des agents assermentés et agréés, ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'une décision de récupération d'indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité ou d'aide exceptionnelle de fin d'année prise au seul vu d'une comparaison des déclarations faites par l'allocataire avec les informations transmises par l'administration des impôts, conformément aux dispositions de l'article L. 114-14 du code de la sécurité sociale.
8. En quatrième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration (CRPA). Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
9. La décision du président du conseil départemental du Loiret du 7 juillet 2022 cite les articles R. 262-37 et R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, précise que la requérante n'avait mentionné aucun revenu sur ses déclarations trimestrielles de ressources de mars 2020 à novembre 2021 et que le rapprochement des fichiers annuels avec les informations transmises par les services fiscaux a établi qu'elle était salariée depuis mars 2020 et que Mme D reste redevable d'un trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 10 842,72 euros (solde actuel 5 693,47 euros). Cette décision est suffisamment motivée.
10. En cinquième lieu, si Mme D soutient qu'elle n'a pas reçu la communication du rapport de contrôle de sa situation, il résulte de l'instruction que les indus résultent, non d'un contrôle de la situation de la requérante, mais d'un recoupement entre les déclarations trimestrielles de ressources, les fichiers des services fiscaux et les fiches de paie transmises par la requérante.
11. En sixième lieu, si Mme D soutient qu'elle a été privée de la garantie constituée par la saisine de la commission de recours de la caisse d'allocations familiales du Loiret, il résulte de l'instruction que la convention de gestion signée le 10 juillet 2020 entre le département du Loiret et la caisse d'allocations familiales du Loiret stipule en son article 5.1 .1 que la CAF et le Département conviennent de ne pas solliciter la commission de recours amiable pour l'examen des recours administratifs préalables. Le moyen doit être écarté.
12. En septième lieu, Mme D soutient que l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnu, de même que les droits de la défense, protégés par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en l'absence de procédure contradictoire préalable, de comparution devant l'auteur de la décision et de communication du rapport d'enquête. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante a formé le recours administratif préalable obligatoire suspensif prévu par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ainsi que le recours prévu à l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation, par lequel elle conteste le motif de l'indu retenu par la caisse d'allocations familiales du Loiret. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et des droits de la défense, protégés par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, manque en fait. Il résulte au demeurant de l'instruction que les prélèvements opérés pour le recouvrement de l'indu de solidarité active ont cessé à compter du recours administratif préalable de la requérante.
13. En neuvième lieu, s'agissant de la décision implicite de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Loiret statuant sur le recours préalable dirigé contre l'indu d'aide personnelle au logement, une telle décision ne méconnaît pas en elle-même les exigences de motivation et d'indications relatives à son auteur dont se prévaut la requérante. Dès lors que celle-ci n'a pas adressé de demande de communication des motifs de cette décision implicite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions de récupération d'indu et de méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent être rejetés. Le moyen selon lequel " aucun décompte de la créance " n'a été produit est inopérant et doit être écarté.
14. En dixième lieu, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 822-4 du code de la construction et de l'habitation : " -Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale. "
15. Il résulte de l'instruction que Mme D n'a fait figurer aucun revenu sur ses déclarations de ressources alors que les fiches de paie transmises par la requérante ainsi que les informations des services fiscaux établissent que la requérante était salariée depuis mars 2020. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'elle avait régulièrement établi ses déclarations trimestrielles. Les avis d'imposition produits au dossier ne sont pas de nature à établir que les décisions d'indus seraient entachées d'erreur de fait.
16. En onzième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ".
17. En l'espèce, Mme D fait valoir son " droit à l'erreur ", en application des dispositions précitées. Toutefois, une décision de récupération d'indu ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la demande de remise gracieuse :
18. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Pour l'examen de ces deux dernières conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.
19. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme D, qui n'a pas déclaré les salaires perçus au cours de la période en litige, et qui ne peut être regardée comme ayant pu légitiment ignorer l'obligation de déclaration de ces ressources, ait agi de bonne foi. La requérante ne peut dès lors demander la remise gracieuse des indus, quelle que soit sa situation financière. Il n'appartient pas au juge administratif d'octroyer des délais de paiement.
20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active et d'aide personnelle au logement. Les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
21. Les dispositions précitées font obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande présentée par Mme D, qui est la partie principalement perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de la caisse d'allocations familiales du Loiret du 18 mai 2022 et du 21 juin 2022 sont annulées en tant qu'elles mettent des indus de prime exceptionnelle de fin d'année et de prime de solidarité à la charge de Mme D.
Article 2 : Mme D est déchargée de l'obligation de payer les indus de prime exceptionnelle de fin d'année et de prime de solidarité, sous réserve de la régularisation du point 4 du présent jugement.
Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, au département du Loiret et à la caisse d'allocations familiales du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.
Le magistrat désigné,
Jean-Luc A
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la préfète du Loiret chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2203277
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026