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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203294

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203294

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCPA SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 20 septembre 2022 et 10 octobre 2024, Mme A C, représentée par Me Monti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 1er juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance d'imputabilité au service de sa maladie ;

2°) d'enjoindre au président dudit conseil de réexaminer sa situation ;

3°) d'ordonner si besoin une mesure d'expertise médicale afin de procéder à un examen médical de la requérante pour dire si ses pathologies sont en lien avec ses difficultés fonctionnelles à comprendre ou utiliser l'outil informatique, dire s'il existe un lien entre ses pathologies et son emploi, déterminer le taux d'incapacité causé par l'affection dont elle souffre ;

4°) de mettre à la charge du conseil départemental d'Eure-et-Loir une somme de 5.000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient dans le dernier état de ses écritures que :

- elle renonce au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure faute pour le comité médical départemental de s'être prononcé sur la condition des 25 % d'incapacité permanente partielle (IPP) ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le comité médical n'a pas respecté le décret n° 2016-756 du 7 juin 2016 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa pathologie est imputable au service ;

- elle est victime de harcèlement moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2024, le conseil départemental d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C la somme de 3.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que le moyen n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 10 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée le 28 octobre 2024 à 12 heures.

Un mémoire en duplique produit par le conseil départemental d'Eure-et-Loir a été enregistré le 25 octobre 2024, sans être toutefois communiqué.

Vu :

- l'ordonnance n° 2203294 du 2 février 2023 par laquelle le juge des référés du présent tribunal a rejeté sa demande d'expertise ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2016-756 du 7 juin 2016 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Lombard, rapporteur public,

- et les observations de Me Maroudin-Viramadé, représentant le département d'Eure-et-Loir.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjointe technique principale de 1ère classe, exerce les fonctions d'assistante administrative auprès des services du conseil départemental d'Eure-et-Loir depuis le 1er décembre 1987 et occupe le poste de secrétaire depuis le 1er janvier 2007. Par un courrier du 30 septembre 2021, notifié le 1er octobre 2021, elle a formulé une demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie dont elle souffre consistant en des troubles anxieux protéiformes. Après avis défavorable du 17 mai 2022 du conseil médical des agents de la fonction publique territoriale d'Eure-et-Loir, le président du conseil départemental d'Eure-et-Loir a refusé par une décision du 1er juin 2022 de reconnaître comme étant imputable au service sa pathologie. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, si Mme C soutient qu'on ne peut lui reprocher de ne pas justifier de 25 % d'IPP dès lors que le conseil médical des agents de la fonction publique territoriale d'Eure-et-Loir saisi de sa demande d'imputabilité ne s'est pas prononcé sur cette condition, cet élément est sans incidence sur la régularité de la procédure puisqu'il s'est fondé sur l'absence de lien direct et essentiel entre la pathologie faisant l'objet de sa saisine avec le service. Ce moyen doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme C ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions du décret du 7 juin 2016 relatif à l'amélioration de la reconnaissance des pathologies psychiques comme maladies professionnelles et du fonctionnement des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles. Ce moyen inopérant doit dès lors être écarté.

4. En troisième lieu, selon l'article 37-2 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, modifié par le décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à l'autorité territoriale une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. () ". Selon l'article 37-8 du même décret : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par la commission de réforme compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite ". Aux termes de l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. ". L'article 37-9 du même décret dispose : " Au terme de l'instruction, l'autorité territoriale se prononce sur l'imputabilité au service et, le cas échéant, place le fonctionnaire en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la durée de l'arrêt de travail. () ".

5. Aux termes de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau./ Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions./ Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ".

6. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien essentiel et direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

7. Il appartient au juge pour qualifier le lien direct et essentiel entre ses conditions de travail et le développement de la maladie en cause de rechercher l'existence d'un contexte pathogène sur son lieu de travail.

8. A l'appui de sa requête, Mme C souligne son absence d'antécédent médical et psychiatrique et fait valoir que la dégradation de son état de santé est consécutive aux agissements commis par sa nouvelle direction à son encontre. Elle indique avoir fait l'objet, à partir de l'année 2019, d'une forte pression quant à son incapacité à appréhender le fonctionnement des outils informatiques.

9. D'une part, depuis le 25 août 2021, Mme C a été maintenue en arrêt maladie en raison d'un état anxieux. Elle produit notamment deux arrêts maladies mentionnant " état anxieux +++++ conflits au travail avec sa cheffe " " arrêt de travail, depuis le 25 août 2021, est consécutif de ses conditions de travail " ainsi que plusieurs courriers médicaux indiquant que ses troubles ont débuté par la demande de maitrise des outils informatiques par sa hiérarchie. Toutefois, ces certificats ne constituent pas une preuve utile à l'appui du moyen soulevé dès lors que ces certificats se bornent à reprendre les seules allégations de Mme C.

10. D'autre part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni n'est établie par Mme C qui supporte la charge de preuve, que son employeur aurait volontairement ou non exercé notamment toute forme de violences, sollicité une charge de travail excessive, exercé une pression du temps ou réalisé des demandes contradictoires comme le soutient la requérante. Au contraire, les écritures et pièces produites démontrent que le département d'Eure-et-Loir a proposé un accompagnement à Mme C dès l'année 2019 avec la mise en place d'évaluations trimestrielles, d'objectifs à long terme, de plusieurs formations sur des outils métiers tels que Word, Excel, Webdelib ou encore Pass formation. La requérante ne conteste pas avoir également réalisé, sur proposition de sa hiérarchie, un module " stresse et l'émotion dans le contexte professionnel " en 2021 et avoir mis volontairement fin au processus de formation le 4 juin 2021. Si elle indique que la dernière formation réalisée, Pass formation, n'avait aucun lien avec ses fonctions, elle n'en justifie nullement, alors qu'elle soutient elle-même ne pas réussir à suivre l'évolution des outils informatiques qu'exigent ses fonctions d'assistante administrative. Il ressort de plus des pièces du dossier qu'à la suite de cet incident du 4 juin 2021, Mme C a sollicité une mobilité interne demandant que ses contraintes géographiques et informatiques soient prises en compte. Si un stage de six mois en qualité d'agent polyvalent des collèges lui a été proposé, l'intéressée y a mis fin quatre jours après sa prise de poste en indiquant dans son mail du 18 novembre 2021 que les tâches confiées de nettoyage n'avaient pas été prévues dans cette proportion et que les horaires proposés pour débuter son emploi, 7 h 30 puis 9 h 30, tout comme les horaires de fin de journée, ne lui convenaient pas en l'absence de modalités de transports adaptées. Lors de l'instruction de sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service, le médecin expert, mandaté par le comité médical départemental d'Eure-et-Loir, a conclu que l'anxiété de Mme C était liée " à une incompétence professionnelle dont elle a conscience, [qui] peut être dû[e] à un trouble des apprentissages de type dyspraxie, ayant entrainé un conflit avec sa hiérarchie ". Le comité médical départemental d'Eure-et-Loir a rendu un avis défavorable le 17 mai 2022 quant à l'imputabilité de la maladie de Mme C au service. L'expertise non contradictoire réalisée le 24 mai 2023 dont le médecin conclut à un reclassement sur un poste aménagé, ne permet pas de remettre en cause l'appréciation du département. Enfin, à supposer que Mme C soit atteinte de troubles cognitifs, une telle circonstance de nature personnelle ne permet pas d'y voir un lien avec le service, mais au contraire une circonstance qui serait susceptible de détacher la pathologie du service.

11. Dans ces conditions, si Mme C entretenait des relations difficiles depuis le changement de direction comme le relatent plusieurs documents médicaux tout en subissant les évolutions de son poste, ces difficultés ne révèlent pas des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause et ce, alors même que l'intéressée ne présentait pas d'état pathologique préexistant. Par suite, le lien de causalité entre les conditions de travail de Mme C et sa maladie n'est pas avéré.

12. Par ailleurs, et en tout état de cause, Mme C n'apporte élément ni n'allègue qu'elle souffrirait d'une IPP supérieure à 25 % en raison de sa pathologie. Aussi le refus est-il fondé pour ce seul motif.

13. En quatrième lieu, si Mme C soutient qu'elle aurait été victime de faits de harcèlement moral dès 2019 par sa nouvelle direction, elle n'apporte aucun élément de nature à faire présumer l'existence de ce harcèlement. Au contraire, il ressort des pièces du dossier que le département a accompagné Mme C dans son apprentissage des outils métiers ainsi que dans son reclassement.

14. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce et sans qu'il y ait besoin de prescrire avant dire droit une mesure d'expertise, il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er juin 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département d'Eure-et-Loir, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme C une somme de 500 euros à verser au département d'Eure-et-Loir au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme C versera la somme de 500 euros au département d'Eure-et-Loir en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Samuel Deliancourt, président,

M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,

Mme Aurore Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

La rapporteure,

Aurore B

Le président,

Samuel DELIANCOURT La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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