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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203298

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203298

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203298
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, M. E A, représenté par Me Héloïse Roulet, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la République de Guinée comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, a été prise par une autorité incompétente, n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour, n'est pas motivée, n'a pas été précédé d'un examen approfondi de sa situation et aurait dû prévoir un délai supplémentaire compte tenu de son état de santé ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, a été prise par une autorité incompétente, n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour, n'est pas motivée et méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- les observations de Me Roulet, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de la République de Guinée né le 1er juillet 1990, a été interpellé le 7 septembre 2022 par les services de la police aux frontières d'Orléans. Il a déclaré être entré en France le 1er avril 2016 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Dans le cadre de la procédure Dublin, l'Italie a donné son accord à la réadmission du requérant par décision implicite du 21 septembre 2016. N'ayant pas été transféré dans le délai légal, la demande d'asile de l'intéressé a été instruite dans le cadre de la procédure normale. Sa demande a été rejetée par une décision du 12 février 2018 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiée le 23 février 2018. Le requérant n'a pas contesté cette décision devant la cour nationale du droit d'asile. Le 22 octobre 2018, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée par une décision du 29 octobre 2018 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 2 avril 2019 par la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 28 mai 2019, le préfet du Loiret l'a obligé à quitter le territoire, mesure à laquelle il n'a pas déféré. Le 8 juillet 2021, le requérant a présenté une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 15 juillet 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiée le 29 juillet 2021. Par un arrêté du 3 novembre 2021, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire. Le requérant s'étant maintenu sur le territoire français, par l'arrêté attaqué du 7 septembre 2022, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République du Guinée.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 7 septembre 2022 a été signé par M. B C. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2021-07-27-00002 du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 45-2021-197, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Benoit Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et les réquisitions de comptable public. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Aucune disposition légale ou réglementaire n'impose que l'arrêté attaqué vise l'acte de délégation de signature. Dès lors que l'arrêté du 27 juillet 2021, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Par ailleurs, l'arrêté attaqué vise la décision de délégation de signature précitée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

6. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 7 septembre 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le requérant se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'il réside habituellement sur le territoire français depuis plus de six années, qu'il a tissé des liens affectifs au sein de sa communauté, qu'il a pu exercer temporairement une activité professionnelle, qu'il justifie d'une bonne insertion sur le territoire français et qu'il souffre d'une hépatite B pour laquelle il a bénéficié d'un suivi au centre hospitalier régional universitaire d'Orléans. Toutefois, il est entré irrégulièrement en France en 2016 après avoir vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans dans son pays d'origine. Par ailleurs, il s'est maintenu sur le territoire français malgré les décisions administratives et juridictionnelle dont il a été fait état au point 1. Il ne conteste pas être divorcé et avoir trois enfants résidant dans son pays d'origine. Il n'établit pas avoir un emploi. Il n'établit pas davantage, ni même n'allègue, avoir des liens familiaux intenses, stables et continus en France. Il ne justifie pas ne pas pouvoir être soigné dans son pays d'origine pour sa pathologie. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions d'entrée en France de l'intéressé et du caractère relativement récent de son séjour, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 du même code : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ne peut être accueilli.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours a été prise par une autorité incompétente ;

11. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour, elle ne donne aucune précision sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui auraient été méconnues.

12. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la préfète du Loiret n'a pas motivé sa décision fixant le délai de départ volontaire et a, ainsi, méconnu les dispositions citées au point 8 du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ne sont applicables que dans le cas où l'obligation de quitter le territoire est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code précité. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire a été prise sur le fondement des 1° et 4° de cet article L. 611-1. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire est inopérant.

13. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'a pas été procédé à un examen approfondi de la situation du requérant avant de prendre sa décision fixant le délai de départ volontaire.

14. Enfin, le requérant soutient que la préfète aurait dû prévoir un délai supplémentaire compte tenu de son état de santé. Toutefois, il n'apporte aucun élément à l'appui de son allégation. Par suite, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant le délai de départ volontaire à trente jours.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ne peut être accueilli.

16. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux point 4 et au point 11, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente et qu'elle aurait dû être précédée de la saisine de la commission du titre de séjour.

17. En troisième lieu, l'arrêté vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision qui lui est opposée ne contrevient pas, notamment, aux dispositions de l'article 3 de la convention précitée. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

18. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si le requérant invoque ces stipulations, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il craint pour sa sécurité et sa vie en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il serait soumis à des traitements inhumains ou dégradants. Par ailleurs, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Loiret a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel D

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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