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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203299

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203299

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBULAJIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées respectivement les 22 et 27 septembre 2022, 31 octobre 2022, 2 novembre 2022 et 9 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, subsidiairement, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris à la suite d'une procédure irrégulière, les deux avis émis par l'office français de l'immigration et de l'intégration ne permettant pas de s'assurer du respect des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'absence du médecin rapporteur au sein du collège des médecins ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de ses enfants ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 janvier 2023 à midi.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lombard.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 11 mai 1993 à Brazzaville et ressortissante de la République du Congo, est entrée en France le 10 août 2014. Après deux refus de titre de séjour sollicités sur des motifs différents et intervenus en 2017 et 2020, elle a demandé de nouveau au préfet de Loir-et-Cher en 2021 la délivrance d'un titre de séjour, en raison de l'état de santé de ses enfants jumeaux mineurs. Par un arrêté du 13 juillet 2022, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. L'intéressée demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ".

4. Si la requérante s'appuie sur l'absence de production des deux avis du 18 mai 2022 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il ressort des pièces du dossier que ces avis ont été produits par le préfet dans son mémoire en défense et qu'ils ne font pas apparaître que le médecin rapporteur aurait siégé au sein du collège qui a rendu ces avis. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, qui n'a pas été développé à la suite de la production du préfet, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. À ce titre, il mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les éléments de faits relatifs à la situation personnelle et administrative de Mme A. Dès lors, il est suffisamment motivé, même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont la requérante entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort de cette motivation ainsi que des autres pièces du dossier qu'avant de prendre l'arrêté contesté, le préfet de Loir-et-Cher s'est livré à un examen circonstancié de la situation de la requérante à l'aune des informations portées à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressée doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. En se prévalant de ces stipulations, la requérante soutient que ses deux enfants mineurs, âgés de presque 7 ans à la date de l'arrêté attaqué et présentant des troubles cognitifs et retards de développement ainsi qu'une difficulté à s'adapter à un nouvel environnement, ne peuvent bénéficier d'une prise en charge médicale pluridisciplinaire, ni d'une scolarité adaptée à leur autisme en République du Congo. Toutefois, dans deux ses avis rendus, le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration estime que l'éventuel défaut de prise en charge médicale de ces enfants ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et la requérante n'établit pas, par les seuls certificats, attestations et pièces qu'elle produit, que le défaut de prise en charge des deux enfants devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que l'offre de soins en République du Congo ne permettrait pas leur prise en charge médicale ou une scolarité adaptées. Par suite, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni ne peut être regardé comme entaché d'erreur manifeste d'appréciation de la situation des enfants de la requérante.

9. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, présente sur le territoire français depuis l'année 2014, ne justifie pas d'éléments particuliers d'intégration. Hormis ses deux enfants mineurs, elle n'établit pas entretenir des relations stables et intenses avec des personnes y séjournant régulièrement, ni être dépourvue d'attache dans son pays d'origine. Si elle se prévaut de la présence de ses enfants malades, il n'est pas établi, ainsi qu'il a été dit au point 8, que ces derniers ne puissent bénéficier de soins adaptés en République du Congo ni que la cellule familiale ne puisse se reconstituer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté en litige n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni ne peut être regardé comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté la demande d'admission au séjour de Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requérante doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. La requérante étant, dans la présente instance, la partie perdante, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,

M. Lombard, premier conseiller, rapporteur,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le rapporteur,

A. LOMBARD

Le président,

B. GUÉVEL

Le greffier,

B. VESIN

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203299

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