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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203411

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203411

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP ROBILIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2022 et un mémoire enregistré le 4 octobre 2022, Mme B C épouse E, représentée par Me Robiliard, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée de de quitter le territoire français sans délai et l'a assignée à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an au moins portant la mention salarié ou vie privée et familiale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet de Loir-et-Cher a refusé de prendre en compte un nouvel élément de sa demande alors qu'il lui en avait pourtant laissé la possibilité ; la décision est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur quant à la portée de la demande de titre de séjour ;

- elle a vécu en France aux côtés de son père, lequel y vivait depuis l'âge de 14 ans, et l'a assisté jusqu'à son décès ; son mari a entamé une procédure de divorce de sorte qu'elle ne peut reconstruire sa vie privée et familiale avec son mari et ses enfants en Algérie ; la décision porte atteinte au droit protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique:

- le rapport de M. D,

- et les observations de Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, épouse E, ressortissante algérienne née le 12 avril 1982, est entrée sur le territoire français le 24 août 2017 munie d'un visa Schengen C de court séjour valable du 11 mai 2017 au 5 novembre 2017, accompagnée de ses trois enfants âgés respectivement de neuf ans, six ans et trois ans. Elle a bénéficié d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " délivré en avril 2019. Le 12 mars 2020, Mme E a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Sa demande a été rejetée par arrêté du 16 septembre 2020 du préfet de Loir-et-Cher. La requête dirigée contre cette dernière décision a été rejetée par un jugement du 15 avril 2022 du présent tribunal. Elle s'est maintenue sur le territoire et a de nouveau sollicité la délivrance d'un certificat de résidence. Par l'arrêté attaqué du 29 septembre 2022, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et l'a obligée à quitter sans délai le territoire et l'a assignée à résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour refus de titre de séjour :

2. Lorsque l'étranger saisit la juridiction de conclusions contre une décision de refus de titre de séjour assortie d'une OQTF qui n'a pas été contestée antérieurement et contre laquelle les délais de recours ne sont pas expirés, il appartient au magistrat désigné en application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, de renvoyer à la formation compétente les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et, en tant qu'elles s'y rattachent, des conclusions accessoires à fin d'injonction, ainsi que les conclusions relatives aux frais de l'instance, et de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et sur la décision fixant le pays de destination ainsi que, en tant qu'elles s'y rattachent, sur les conclusions accessoires à fin d'injonction.

3. En l'espèce, le refus de titre de séjour dont, dans le cadre de la présente instance, Mme E demande l'annulation, a été pris en même temps que l'obligation de quitter le territoire français sans délai le 29 septembre 2022 et a été contesté dans le délai de recours de quarante-huit heures prévu au II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour prendre l'obligation de quitter le territoire français dont la contestation, en raison de l'assignation à résidence qui a été prise à l'encontre de l'intéressé, relève du magistrat désigné en vertu de l'article R. 776-14 du code de justice administrative, l'autorité préfectorale s'est fondée sur les 3° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Eu égard à cette circonstance, il appartient à la formation collégiale de ce tribunal, en vertu des dispositions combinées des articles R. 776-1, R. 776-2 (I), R. 776-10, R. 776-13 et R. 776-17 du code de justice administrative, de connaître des conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant contre le refus de titre de séjour. Ces conclusions doivent en conséquence lui être renvoyées, ainsi que les conclusions à fin d'injonction accessoires qui leur sont accessoires et les conclusions relatives aux frais de l'instance.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. Eu égard aux termes de sa requête et de ses écritures en réplique, Mme E doit être regardée comme contestant par la voie de l'exception, le rejet de sa demande de titre de séjour.

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 433-1 du code de l'entrée te du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. ". En l'espèce, la requérante soutient que l'agent de la préfecture qui l'a reçue le 29 septembre 2022 a refusé de prendre une promesse d'embauche afin de compléter son dossier alors que le courrier de convocation du 20 septembre 2022 lui en laissait la possibilité. Cependant, la requérante ne justifie par aucune des pièces qu'elle produit de la réalité de ce refus allégué alors que le préfet produit en défense copie de la promesse d'embauche enregistré le 30 septembre 2022 à la préfecture de Loir-et-Cher soit le lendemain du rendez-vous. Le moyen tiré du vice de procédure est écarté. En conséquence, le moyen tiré de ce que le préfet n'a pas correctement analyser la demande de renouvellement de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Il résulte des dispositions précitées au point 3 que la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien est subordonnée à la présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative. La présentation d'un tel contrat constitue donc une condition de fond. Si la requérante soutient qu'elle dispose d'une promesse d'embauche en qualité de secrétaire médicale rédigée par un pédiatre, elle ne justifie cependant pas d'un contrat de travail visé ou d'une demande d'autorisation de travail ainsi que le fait valoir en défense le préfet. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation au regard de sa situation professionnelle, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen doit en tout état de cause être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

8. Il ressort des pièces du dossier et des débats à l'audience que Mme E est venue s'installer en France en 2017, en compagnie de ses trois premiers enfants, afin de ne plus vivre aux côtés de son mari et afin de s'occuper de son père, souffrant, lequel est décédé en 2020. La requérante soutient également sans être contredite ne pas être retournée voir son mari en Algérie depuis l'année 2019. Il ressort également des pièces du dossier que le mari de la requérante a introduit une demande de divorce en juin 2022. Mme E soutient en outre ne plus disposer d'aucune attache familiale en Algérie et affirme disposer d'attaches familiales en France. Il ressort également des débats à l'audience que la requérante qui a produit une promesse d'embauche en CDD en qualité de secrétaire médicale, dispose de son logement et reçoit une aide matérielle de sa famille établie en France. Enfin, il ressort des pièces du dossier que les enfants scolarisés de la requérante poursuivent un parcours scolaire remarqué et font preuve d'une volonté d'intégration et de réussite.

9. Cependant, la requérante entrée en France à l'âge de 35 ans en 2017 en compagnie de ses trois premiers enfants ne justifie pas par les pièces qu'elle produit de l'existence de liens personnels et familiaux en France suffisamment anciens stables et durables à la date de la décision attaquée de nature à établir que la décision portant refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. De plus, ledit arrêté n'a pas pour objet de séparer les enfants de A E de leur mère. Ils pourront l'accompagner en Algérie pour y poursuivre leur scolarité et y retrouver leur père qui y réside toujours. Par suite le moyen tiré d'une erreur de droit de fait et d'appréciation doit être écarté.

10. Il suit de là que Mme E n'est pas fondée à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la mesure d'éloignement prise à son encontre et n'est donc pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire sans délai prise à son encontre, ni, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement, à l'encontre de laquelle il ne soulève aucun moyen propre.

En ce qui concerne la mesure d'assignation à résidence :

11. Alors même qu'elle sollicite l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2022 en toutes ses dispositions, la requérante n'articule aucun moyen à l'encontre de cette décision. Les conclusions sont rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de destination et l'assignant à résidence. Ses conclusions dirigées contre ces décisions doivent dès lors être rejetées, ainsi que, en tant qu'elles s'y rapportent, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

D E C I D E :

Article 1 : Les conclusions de Mme E dirigées contre le refus de titre de séjour en date du 29 septembre 2022, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent, et les conclusions relatives aux frais de l'instance sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et de la décision portant assignation à résidence et obligation de pointage prises à l'encontre de Mme E sont rejetées, ainsi que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte dont elles sont assorties.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse E et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Sébastien VIEVILLE

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet de Loir et Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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