jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 septembre 2022 et le 10 février 2023, M. B A, représenté par Me Annoot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- il est entaché d'erreurs de fait en ce qu'il est mentionné, d'une part, qu'il a produit un contrat à durée indéterminée en date du 3 février 2019 alors qu'il a également produit un contrat ayant débuté le 28 novembre 2018 et, d'autre part, qu'il ne justifie pas d'une rémunération au moins égale au SMIC ; ces erreurs ont été déterminantes dans le cadre d'appréciation de sa demande ;
- il est entaché d'inexactitude matérielle en ce qu'il est mentionné qu'il ne démontre pas une réelle volonté d'intégration, ni de respect des principes fondamentaux et des lois de la République ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour.
Par un mémoire enregistré le 1er février 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 22 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal, signé à Dakar le 23 septembre 2006 et l'avenant à cet accord signé à Dakar le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Joos,
- et les observations de Me Annot, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 2 mars 1974, est entré en France le 20 février 2015 muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 16 février 2015 au 17 mars 2015. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'issue de ce délai. Le préfet du Loiret, par un arrêté du 30 juin 2020, lui a fait obligation de quitter ce territoire. Le 22 novembre 2021, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 septembre 2022, dont il demande l'annulation, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. En premier lieu, si M. A soutient que la préfète du Loiret a entaché sa décision d'erreur de fait en indiquant qu'il a produit à l'appui de sa demande un contrat de travail à durée indéterminée en date du 3 février 2019 alors qu'il produisait également un contrat se rapportant à la période antérieure ayant débuté le 28 novembre 2018, aucun des éléments qu'il produit n'est de nature à établir que la préfète aurait pris une décision différente si elle n'avait commis une telle erreur, à la supposer établie. Dès lors, le moyen doit être écarté.
3. Ensuite, s'il ressort des pièces du dossier que M. A percevait un revenu d'activité égal au SMIC à la date de la décision attaquée, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur de fait en indiquant le 15 septembre 2022 qu'il ne justifiait pas d'une rémunération au moins égale au SMIC, puisqu'alors même que son bulletin de paie de septembre 2022 révélerait la perception au titre de ce mois d'un revenu égal au salaire minimum, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a présenté des bulletins de paie mentionnant un montant strictement inférieur et n'a donc pas justifié de ce salaire minimal.
4. Enfin, si M. A soutient que la préfète du Loiret a indiqué à tort aux termes de son arrêté qu'" il ne démontre pas une réelle volonté d'intégration ni de respect des principes fondamentaux et des lois de la République française " après avoir relevé que, dans son acte de mariage, il a déclaré " opter pour la polygamie ", il ressort des pièces du dossier que cette déclaration a effectivement été portée sur l'extrait d'acte de mariage du 9 janvier 2017 produit par le requérant et qu'aucune autre pièce du dossier ne révèle sa renonciation à cette option. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur de fait en déduisant de cette constatation que M. A ne justifie pas d'une réelle volonté d'intégration, ni du respect des principes fondamentaux et des lois de la République française.
5. En second lieu, aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008 : " () Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : / - soit la mention " salarié " s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention " vie privée et familiale " s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
6. Les stipulations du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 du code précité. Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un ressortissant étranger qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Dans ce cas, l'autorité administrative est tenue d'examiner, sous le contrôle du juge, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'intéressé ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
7. D'une part, M. A fait valoir qu'il réside en France depuis plus de sept ans. Toutefois, s'il ressort, d'abord, des pièces du dossier qu'il est entré régulièrement sur ce territoire le 20 février 2015 muni d'un visa de court séjour valable jusqu'au 17 mars 2015, il s'y est maintenu irrégulièrement à l'issue de ce délai et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 30 juin 2020, qu'il n'a pas exécutée. Par ailleurs, à la date de l'arrêté en litige, il n'allègue ni n'établit entretenir des liens personnels ou familiaux en France, alors qu'il ne conteste pas disposer d'attaches familiales intenses dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans et où résident notamment toujours son épouse et ses enfants respectivement nés le 15 novembre 2008, le 25 juin 2010, le 5 octobre 2011 et le 20 novembre 2013. Enfin, le requérant ne justifie pas d'une intégration particulière en France. Dans ces conditions, la préfète du Loiret a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que M. A ne faisait état d'aucune circonstance humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel justifiant la régularisation de sa situation par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
8. D'autre part, M. A se prévaut d'une insertion professionnelle, ancienne, stable et durable en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si le requérant travaille à temps complet depuis le 28 novembre 2018 et à la suite d'une formation d'une journée sur l'hygiène alimentaire, en tant qu'équipier polyvalent en restauration rapide, métier susceptible d'être regardé comme figurant sur la liste de l'annexe IV de l'accord franco-sénégalais susvisé et relevant d'un secteur en tension, et a conclu un contrat à durée indéterminée en cette qualité à cette même date pour une rémunération faiblement supérieure au SMIC, cette circonstance, eu égard à l'absence de qualification particulière de l'intéressé ainsi qu'à la durée de son séjour en France et à l'ancienneté de son contrat de travail, pour la poursuite duquel au demeurant le service de la main d'œuvre a émis un avis défavorable le 18 juillet 2022, ne suffit pas à caractériser un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions, que la préfète du Loiret a pu refuser de régulariser la situation de M. A par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. Il résulte de ce qui est dit aux points 2 à 8 que l'illégalité du refus de séjour opposé à M. A n'est pas établie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale. Ce moyen unique doit donc être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2022 présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
M. Joos, premier conseiller,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.
Le rapporteur,
Emmanuel JOOS
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Lucie BARRUET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026