mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2203444 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AARPI HUG & ABOUKHATER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 octobre 2022, M. A D, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 6 septembre 2022 rejetant sa demande en date du 8 juillet 2022 de rétablissement des conditions matérielles d'accueil (CMA) après l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale ;
2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui rétablir le versement de l'allocation de demande d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la compétence de la signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation qui révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tenant en l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité car aucun entretien n'a été réalisé par l'OFII ;
- elle est entachée d'une erreur de droit car le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil fondé uniquement sur la non-présentation aux autorités pendant la procédure Dublin exclut toutes possibilités de rétablissement des conditions matérielles à tous les demandeurs d'asile qui ont été placés en fuite et est ainsi contraire aux objectifs de la directive 2013/33/UE qui prévoit que les conditions matérielles d'accueil ne peuvent être retirées que pour des cas exceptionnels et dûment motivés et que de telles sanctions doivent respecter le principe de proportionnalité ;
- aucun manquement ne peut lui être reproché car il a toujours respecté ses obligations ; en tout état de cause, il appartient à l'OFII d'établir la réalité des manquements commis et de justifier des motifs pour lesquels le versement de l'allocation est suspendu ;
- le refus de rétablir les conditions matérielles d'accueil pour non présentation aux autorités pendant le temps de la procédure Dublin ne respecte pas le principe de proportionnalité et de dignité humaine prévus par la directive, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à sa dignité car, contraint de dormir, par terre, dehors, il a de sérieux problèmes de santé à cause de ses conditions de vie depuis deux ans et cet état de santé et de vulnérabilité aurait dû être pris en considération par l'OFII ;
- ce refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil porte directement atteinte au droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- les conclusions à fin d'injonction ne sauraient porter sur une période autre que celle comprise entre le 6 septembre 2022 et le 31 mars 2023 car le requérant a demandé le rétablissement des CMA le 6 septembre 2022 et, par décision 30 janvier 2023 notifiée le 2 février 2023, la CNDA lui a reconnu le statut de réfugié.
M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive (UE) n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant afghan né le 24 mai 1993, a présenté une demande d'asile le 30 janvier 2018, demande placée sous procédure Dublin. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées. Par arrêté du 6 juillet 2018, le préfet du Cher a décidé de son transfert vers la Belgique, Etat-membre responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par jugement n° 1802561 du 17 juillet 2018, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa requête tendant à l'annulation de l'arrêté de transfert. En vue de l'exécution de cet arrêté, un vol à destination de Bruxelles a été prévu le 24 juillet 2018 mais l'intéressé a refusé d'embarquer et a été déclaré en fuite. l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), constatant un manquement à ses obligations, a décidé de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Cette décision n'a pas été contestée. À l'expiration de son délai de transfert, il s'est de nouveau présenté en préfecture, où sa demande d'asile a été enregistrée en procédure Dublin le 27 septembre 2019 puis requalifiée en procédure normale le 3 août 2020. Il a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil le 8 juillet 2022. Par décision du 6 septembre 2022, dont il demande l'annulation, l'OFII lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C B, directrice territoriale de l'OFII à Orléans, qui bénéficiait aux termes d'une décision du 1er septembre 2021, régulièrement publiée, d'une délégation de signature du directeur général de l'OFII pour ce faire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, la décision en litige mentionne l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et l'article L. 551-16 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ainsi que la décision du Conseil d'État n° 428530 du 31 juillet 2019 dont elle fait application et rappelle que le requérant a accepté les conditions matérielles d'accueil pour lui-même le 30 janvier 2020. Elle précise que le requérant a fait l'objet d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté ses obligations de se présenter aux autorités. La décision indique enfin que l'OFII a examiné ses besoins et sa situation familiale et personnelle. Elle est ainsi suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni d'aucune pièce du dossier que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant.
5. En quatrième lieu, si le requérant excipe de l'inconventionnalité de dispositions du droit interne français au regard des objectifs et dispositions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, tels qu'interprétés par la Cour de justice de l'Union européenne, au motif qu'elles ne garantiraient pas un niveau de vie digne à tous les demandeurs d'asile et en toutes circonstances. Toutefois, le retrait ou la suspension des conditions matérielles d'accueil en vertu des dispositions nationales applicables n'interdit ni même n'empêche au demandeur d'asile d'en solliciter le rétablissement en faisant valoir tout élément relatif à sa situation personnelle, l'OFII étant alors tenu de les prendre en compte. Il ne ressort en outre d'aucune disposition que la suspension, le retrait ou le refus des conditions matérielles d'accueil ferait en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Dès lors, l'exception d'inconventionnalité soulevée par le requérant n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil prise à son encontre. Le moyen doit donc être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du CESEDA : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Il résulte de ces dispositions que l'OFII n'est tenu de procéder à un entretien de vulnérabilité qu'à la suite de la présentation d'une demande d'asile et non à chaque étape de la procédure la décision.
7. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le requérant a effectivement bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors du dépôt de sa demande d'asile, d'autre part, qu'il n'établit ni même n'allègue avoir alors fait part de besoins particuliers en matière d'accueil, enfin, que cet entretien n'a pas mis en avant de vulnérabilité particulière du requérant. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant, qui ne soutient ni même n'allègue avoir transmis à l'OFII des éléments que ce dernier n'aurait pas pris en considération, n'a apporté à l'OFII aucun élément au moment de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil qui démontrerait qu'il présentait une vulnérabilité particulière et que, sollicité, le médecin coordonnateur de la zone Ouest a rendu un avis médical le 3 août 2022 concluant à un niveau 1, sans caractère d'urgence. Le moyen tiré d'un vice de procédure doit dès lors être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du CESEDA : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. / L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".
9. Ainsi qu'il a été dit au point 1, l'OFII, constatant un manquement du requérant à ses obligations, a décidé de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Cette décision n'a pas été contestée. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a apporté au soutien de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil aucun élément à l'OFII permettant de justifier le non-respect de ses obligations. De même il n'établit pas qu'il présenterait une vulnérabilité qui justifierait un rétablissement des conditions matérielles d'accueil, alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 7, le médecin coordonnateur de la zone Ouest a rendu un avis médical le 3 août 2022 concluant à un niveau 1, sans caractère d'urgence. Par suite, c'est sans erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation que l'OFII a pris la décision de refus de rétablissement en litige.
10. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil porte atteinte à son droit à la dignité, il ressort des pièces du dossier que, né le 24 mai 1993, il était à la date de la décision en litige âgé de vingt-neuf ans, célibataire et sans charge de famille sur le territoire, ne faisait état d'aucun problème de santé particulier, n'avance aucune considération de nature à établir une situation de vulnérabilité caractérisée, alors, d'une part, que sa situation doit être examinée au regard des raisons pour lesquelles il a été mis fin à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, d'autre part, que la circonstance tirée de ce que la France soit devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile ne suffit pas à lui rétablir automatiquement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Enfin, il n'établit pas qu'il n'aurait pas accès aux dispositifs cités au point 5. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait le principe de dignité de la personne humaine et de ce qu'elle porterait atteinte au droit d'asile doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'il présente au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Best-de Gand, première conseillère,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
L'assesseure la plus ancienne,
Armelle BEST-DE GAND
Le greffier,
Vincent DUNET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026